Fustel de Coulangesi Cité ant., 12^ éd. (1888), p
maintes formes de la dévotion qui n'appartiennent pas à l'héritage d'aïeux autochtones, mais sont empruntées à l'Asie et à l'Egypte, où elles étaient des usages pratiqués depuis de longs siècles : ce sont en particulier les offrandes de fleurs, d'aromates, de cierges allumés, dont nous allons tâcher de préciser l'emploi et la signification.
Les Grecs ont fait d'Hypnos et Thanatos deux frères jumeaux, souvent associés dans la littérature et dans l'art i. Lorsque le corps était plongé dans l'insensibilité du sommeil, son âme, pensaient-ils, l'avait quitté passagèrement, tandis qu'après le trépas elle devait s'en séparer définitivement. Quand se propagea la doctrine orientale de la résurrection, elle enseigna que le juste dormait en paix dans sa « maison éternelle » , en attendant la grande revivif ication de l'humanité. L'Orient imagina d'exprimer l'idée du sommeil de la mort en représentant le « gisant » couché sur le couvercle du sarcophage, et ce type sculptural fut vulgarisé en Occident sous l'Empire ' . La même association d'idées établie entre le sommeil et la mort fit adopter l'antique coutume d'inhumer le corps sans cercueil, étendu sur un lit de feuillage ^ Une telle pratique nous reporte à l'époque reculée où l'homme n'avait pas d'autre couche que cette aii^y-ç. Dans leur dernière demeure les défunts reposaient sur des branchages semblables à la jonchée où ils s'étaient assoupis pour se délasser pendant leur vie. On choisissait de préférence, pour cette litière végétale, des essences comme l'olivier, le laurier, le lierre, dont la verdure persistante semblait être le présage ou la garantie d'une survie après le décès. Pendant la morte saison, une puissance mystérieuse les rendait invulnérables à la morsure du gel et sous leur écorce glacée conservait dans leur cœur une chaleur vivifiante ; elle parut apporter la promesse d'une pérennité semblable pour la dépouille refroidie de l'homme. L'usage de déposer des plantes vivaces dans les tombeaux se maintint à Rome et en Gaule, même après la disparition du paganisme * et jusqu'au XIIP siècle les interprètes de la liturgie chrétienne expliquent le vieux rite funéraire comme l'avaient fait les anciens : si l'on met dans le sarcophage ces tiges de laurier ou de lierre, qui conservent à perpétuité