XIII. — DISTINCTION. ENTRE L'AME ET L'OMBRE
(Chapitre IV, p. 191).
Nous avons cru autrefois {R. PH., 1920, XLIV, p. 238), que cette « polypsychie » avait été imaginée par les Pythagoriciens d'Alexandrie à limitation de la religion égyptienne, qui connaît plusieurs espèces d'âmes, dont l'une, le kâ, a longtemps été interprétée comme étant « le double » du défunt, opinion qui, abandonnée, a été reprise et appuyée d'arguments nouveaux par }A^ Weynants-Ronday (Les statues vivantes, Bruxelles, 1926). Mais les vers de l'Odyssée qui impliquent la distinction entre l'âme et Veidôlon aoivent avoir été interpolés avant l'époque hellénistique, puisqu'ils sont déjà condamnés par Aristarque. Il semble donc que leur insertion dans la Nékyia homérique est l'œuvre d'un Pythagoricien plus ancien, c'est-à-dire d'une période où une influence égyptienne paraît devoir être exclue. L'idée d'une coexistence dans l'homme de plusieurs âmes ayant des fonctions différentes appartient d'ailleurs à la religion primitive de la Grèce, comme à celle de beaucoup d'autres peuples; cf. Nilsson, Griech. Relig., I, 179 ss. ; Élie Reclus, La survie des ombres, 1908, p. 298 ss. , , , i '
XrV. — LE SAMSARA HINDOU ET LA MÉTEMPSYCOSE.
(Chapitre IV, p. 197).
Sur le développement de la doctrine du samsara, cf. Eric de Henseler, L'âme et le dogme de la transmigration dans les livres sacrés de l'Inde ancienne, 19; Hastings, Enc, s. V. « Transmigration (Indian) », p. 431. Cette doctrine est déjà formulée dans les anciens Upanishads, qu'on date du viii^ au vi» siècle. L'hypothèse d'une origine hindoue de la métempsycose grecque est ancienne (cf. par ex. Sôderblom, La vie future selon le m.azdéisme, p. 58, n. 2). Elle a été soutenue en particulier par L. von Schrôder [Pythagoras und die Inder, 1884), dont Furtwângler (Die Antihen Gemmen, III, p. 262 ss.) adopte les conclusions. Gomperz, repoussant l'opinion d'une création purement hellénique ou d'un emprunt à la Thrace, conclut dans le même sens (Penseurs de la Grèce, tr. fr. I, p. 138 ss.) — Il est certain que les Grecs, à une date qui reste à déterminer, ont connu la métempsycose hindoue et l'ont considérée comme la source de la leur propre. Cf. Philostrate, V. Apoll. III, 19 : Les Indiens l'auraient révélée aux Égyptiens, et Pythagore aux Grecs ; VIII, 7, 15 : « Les Brahmanes ont enseigné la métempsycose et le végétarisme aux gymnosophistes égyptiens, dont Pythagore fut l'élève ».
On peut faire valoir en faveur d'une origine orientale de la doctrine de la métempsycose deux arguments assez convaincants : l'un est qu'elle est toujours restée un dogme pour de nombreuses sectes nées en Mésopotamie et en Syrie. Mystères deMithra : M.M.M.,1) p. 40. — Sectes gnostiques : Basilide, Karpokrate, Pistis Sophia, etc. — Manichéisme ••
NOTES COMPLÉMENTAIRES (p. 230) 409
Flûgel, Mani, p. 349. — Alaouites et Druaes du Liban : R. Dussaud, Les Nosaîrîs, 19) P- ^21 ; Silvestre de Sacy, Religion des Druzes, 1838, p. 1159. Faut-il croire que ce dogme a été emprunté par tous ces cultes au pythagorisme ? Il paraît bien plus probable que l'idée de la transmigration s'est |)ropagée de l'Inde en Babylonie et en Syrie, qui furent, durant toute l'antiquité, en relation avec ce pays. Le second motif qui peut être invoqué est que la métempsycose, dans la tradition grecque, est étroitement liée à la foi en l'immortalité céleste (déjà chez Platon, Ornée, 900, ss.). Or celleci est, selon toute probabilité, d'origine chaldéo-persique [supra, p. 143), il est vraisemblable que la première s'est propagée avec la seconde de l'Asie dans le monde hellénique et qu'elles ont été admises ensemble par les Pythagoriciens. — La transmigration nous offrirait donc une preuve de l'influence de la pensée hindoue sur la philosophie grecque, influence dont nous avons indiqué la possibilité pour un passage de Sénèque (supra, p. 399, N.C. VI) et que nous retrouverons chez Plotin {infra, N.C. XVII, p. 41a).