XXVII. — VETEMENTS DES AMES (Chapitre VIII, p
Supra, pp. 293, 355, 358, 364, 378. — La notion à'eidôlon a laissé des traces dans le Zohar, i, 7A (Pauly, t. I, p. 38) : « ...le paradis inférieur où tous les justes accèdent, leurs âmes revêtues d'enveloppes éthérées ayant la ressemblance avec les corps qu'ils possédaient en ce bas monde » 51,38 B (Pauly, 1. 1, p. 236) : « Car dans l'Eden inférieur les âmes sont enveloppées de vêtements dont l'essence correspond au
(1) Cf. aussi Corpus Hermet., 10, 20, avec la note de Cumont (Nock-Festugière, t. I, p. 133) qui renvoie à Rev. de Philol., 1920, pp. 230 ss. sur Lucrèce et le symbolisme pythagoricien des Enfer\s.
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lieu ; les âmes jouissent de ces enveloppes dont elles sont entourées, aussi longtemps que dure leur séjour dans ces palais. Mais dès qu'arrive le moment de monter à une région supérieure, elles sont dépouillées de leur enveloppe ». Ici va apparaître une idée toute différente, qui est celle du vêtement de lumière ou du «corps glorieux» (i); ibid. (p. 237) : « Malgré cette enveloppe, les âmes peuvent voir les formes célestes et contempler la gloire de leur Maître. Dans ce palais les âmes peuvent également contempler la lumière qui se dégage des âmes des convertis qui montent et descendent; chaque fois, avant de monter, ces âmes s'entourent d'une enveloppe de lumière éclatante, mais à peine accessible à l'œil des autres âmes ». De même chez les chrétiens, Aphraate, Demonstr. XXII, De morte et novissimis tem-poribus 11 {Patrol. Syr., t. I, col. 1014) : « In luniine enim habitabunt in mansionibus sanctorum. Textilis vestis non indigebunt ; nam aeterno lumine vestientur ». — Cf. Odes Salom. 11 1".
Ce vêtement de lumière scintille déjà dans les récits de la transfiguration du Christ, Me. 9^ : xaî [Xïxeii,op<DwOr, è'iJiTcpoaOîv aùxtov, xat ta IjjtitTia aùtou èyé^/eiro attXêovxa Xtuxz )a'av, Lc.()^^ : xat È-févETo Iv xîï) upoïE'j^^EffOat aùxèv tô eTooç ttoù -KpoiéTcou txùzou Exepov, xal 6 liJiaxtapç aùxoù Xeuxoi; ÈÇaffTpàirxwv. Mt. 172 ; xal (jiEXE(j.op(ptjf)9Tr) à'jiTtpoffÔEV aùxSjv, xal è'Xajji(j;EV xô Ttpoffwirov aùxoij w; ô rjXio;, xà 8'e ljj.àxia aùxoù i^évzxo Xsuxà Jjç xô tfwç. Ainsi avait-il été dit que dans l'au-delà (Plut. De facie, 82, p. 943 D) les âmes délivrées de leur corps ont l'apparence d'un rayon, àxxTvt xt,v o(j/iv sor/ulat [cf. Et. Syr., p. 106, note 2], ou deviennent semblables aux astres, Da. 12^ 0' : xal ol ffuvtévxeç cpavoutjt wç cpwtJTYjpEç xoù oùpavoO, xat ol xaxtcTj^^'jovxî,; xoùî "ki^ouç (jiou was'. xà aaxpa xoù oùpotvoù etç xov a'a)va xoù alwvoç, ou d'après 6 : xat ol cruviÉvxeç èxXàu,'^o'j3(v w; -^ Xaixitpôxv]!; tou (TX£pE(jL)[ji.axoî, xal âirô xwv Sixafwv xùv TToXXwv (L; ol àjxîpEç ëIç xoùç alwvaî xaî Ext. [Cf. aussi Mt. 13*8 et stcpra, p. 174 et
{>. 301] (2). Mais surtout la transfiguration dès ce monde apparaît dans Ex. 34 2^-^", orsqu' après la grande théophanie Moïse • redescend de la montagne : où/. tIoei ô'xi SeSo- ^acrOa: -f, od/t; ttj ^p 'j[ji.axoç xoù upodiÔTc /u sv x^p XsXsîv aùxôv aùxtû. De cette scène grandiose il est impossible de ne pas rapprocher la théophanie zoroastrienne que rapporte Dion Chrysostome, Or. 36, ch. 40 (dans Mages hellén. t. II, p. 28 [cf. aussi, t. I, p. 29]) : "Ov llÉpaat lÉYO'Jffiv sotoxi aocpix; /.a: Stxaiojjvr,? àTcoywpv'ffavxa tI)v àXXwv /.aO' auxov Èv ôpEi v.r. Çï,v • ETE'.xa à'i>Oï,va'. xô. 0:0; uopôî avwÔE"^ tîo'XXoù xaxaax,ï'v|^3ivxoç, auvEywî te xâEdOau Tbv oùv PaaiXia uav xot? ÈXXoytafiJT'TO'.i; népiT'jûv àcptxvEÏcrOcc. 7cXy,!T'!ov, pouXôfxsvov E'j^aaOat xîjj ÔEqf» • xa! xov àvSpa [== Zoroastre] e^eXOew Èx xoù Tupoî â^raOri. oavivxa Se aùxoîc; "Cktwi 6appETv XEXEÙaai xat Oùffat G'jCTÎaç xivà:;. à; t'Xovxo; eU xov t6t:ov xou ôeoù. De part et d'autre l'illumination est le signe sensible d'une communication de la vie divine.
Ainsi en est-il encore aujourd'hui selon la théorie mystique de l'Eglise orientale. Il est à remarquer en effet que si la mystique occidentale, fondée principalement sur la méditation de la vie de Jésus et r;effort pour s'y conformer, tend à se manifester par la stigmatisation, la mystique orientale au contraire, qui se présente comme une association de plus en plus intime à la vie de la Trinité, se traduit plutôt par la glorification du corps, qui se revêt de lumière [remarque de M^i^ G. Fays"] ; cf. Lossky, /. c. [su-pra, p. 419], p. 213, et tout le ch. 11, pp. 215 à 234). Cette lumière n'est perceptible qu'à ceux qui en sont eux-mêmes pénétrés (pp. 221 et 226 [cf. supra, Zohar, 1. 9]) ;
(1) Cette notion du corps glorieux n'est, pas à confondre — encore qu'elle y soit peut-être apparentée — avec celle du corps de feu, (Jcf)[/.ato; Truptvou Xaêôjjievoç {Corp. Hermet. 10, 16) Nock-Festugière, t. I, p. 121).
(2) Cf. Plut., De Is. et Osir. 21. Sur le tombeau d'Osiris : où [i.6vov Se xo'jxou ol lEpeil XÉyoutnv, àXXà xaî x(ï)v aXXwv ÔEtov, oaot fxrj à.'^i-^vc);zo\. \in\K àtfôapxoi, xà \ù» ffcôfxaxa itap' auxo'.C XEÎaSstt, xafA(5vxa xac BEpairEUEuÔai, xàç 8e <|''Jj(à; èv oùpavif XajjntEiv auxpa.
NOTES COMPLEMENTAIRES (p. 386) 431
pp. 217-218 : « Ce sont les énergies divines, les « rayons de divinité » dont parle Denys rAréopagite (i), vertus créatrices qui pénètrent l'univers et se font connaître, en dehors des créatures, comme la lumière inaccessible dans laquelle habite la Trinité». Cette transfiguration, reflet de celle du Thabor, n'est pourtant pas totalement inconnue du monde occidental : il est raconté dans la Vie de Ruysbroeck^ ch. 15 {Œuvres, t. VI, pp. 295-296) qu'étant un jour demeuré plus longtemps que de coutume dans les bois où il s'était retiré, les religieux allèrent à sa recherche. « TJn frère, qui lui était assez intime, [sMpra, p. 430], remarqua de loin un arbre qui semblait par en haut tout enveloppé d'un rayon de feu. S'approchant alors en silence, il trouva l'homme de Dieu assis sous cet arbre, pncore tout ravi hors de lui par la grande douceur de la ferveur divine. De ceci il apparaît clairement de quelle ferveur intérieure d'esprit et de quelle splendeur il était enflammé en même temps qu'illuminé, alors que le rayonnement en paraissait au dehors d'une façon si manifeste » (2) [L. C.].