XXIX. — VISION BEATIFIQUE (Chapitre VIII, p
« Vision béatifique de la splendeur de Dieu... ». De la substitution de rè'pwç à ràyâirr), et surtout du retour au Dieu d'Aristote, Acte pur actuant des puissances, résulte la conception d'une vision béatifique agissant par fascination de Dieu sur les Elus et tendant
à obnubiler en eux toute conscience personnelle. C'est alors le triomphe de l'intellectualisme plotinien {supra, p. 360), qui s'épanouira, plus tard encore, dans le quiétistne, Vahandon {de famiento), des Ammbrados {i). Supra, p. 357: «ceux qui, ayant dépouillé dans leur ascension spirituelle tout ce qui est étranger à Dieu, ont le privilège de contempler ce souverain Bien, qui est au-delà de la beauté, de la vertu et du savoir, ne font plus qu'un avec lui », Enn. I, 7, i (Bréhier, p. 108); V, i, 8 (p. 26); III, g, 9 (p. 176), non pas en ce sens que les deux personnalités contracteraient une union d'amour, mais en ce sens que la personnalité humaine s'évanouirait dans l'Unité divine, disparaîtrait dans l'immensité de l'Un, îmmensum pelagus, suivant l'expression que S. Thomas d'Aquin {S. theol. I, 13, II) emprunte à S. Jean Damascène {De fide orthod., I, 9, PG. 94, col. 836) : oTov Ti irâlayos oùffîai; àiteipov xai àôpiatov. C'est ainsi que tout ce qu'implique à la fois de révérence et de tendresse la contemplation paulinienne (/ Cor. 13 ■'^^) a disparu chez l'Aquinate : S. théol. i, 12, 2 : ita divîna essentia unitur intellectui creato ut întellectum in actu \ Comp. ad fr. Reginaldum, 10^ : Ad hoc igitur quod îpse Deus per essentiam cognoscatur, oportet quod ipse Deus fiât forma întellectus ipsius (l'éd. Vives, 1856, porte ipsum qui n'offre aucun sens) et confungatur ei, non ad unam naturam constituendam, sed slcut specîes intelUgibilis intelligenti ; c'est à dire que l'essence divine informe l'âme comme une matière, l'actue comme une puissance, en sorte que celle-ci n'a plus de vie propre. Et c'est en cette vision fascinatrice que consiste selon S. Thomas d'Aquin la béatitude, ibid. 106 : et quîn ultimum finem hominîs dîcimus beatitudînem, in hoc consista hominîs félicitas sîve beatiiudo, quod Deum videat per essentiam. Nous sommes ici très près du mysticisme intellectualiste plotinien {supra pp. 360 et 384) auquel V. Lossky, l. c. [supra, p. 419] (pp. 63-64) oppose la permanence de la tradition paulinienne : « L'idée même de la béatitude recevra en Occident un accent quelque peu intellectuel, se présentant comme une vision de l'essence de Dieu... Dans la tradition de l'Eglise d'Orient il n'y a pas de place pour une théologie et, encore moins, pour une mystique, de l'essence divine. Pour cette spiritualité la fin dernière, la béatitude du Royaume céleste n'est pas la vision de l'essence, mais avant tout la participation à la vie divine de la sainte Trinité, l'état déifié des « cohéritiers de la nature divine » [77 Petr. i *, Rom. 8 i''], dieux créés après le Dieu incréé, possédant par la grâce tout ce que la sainte Trinité possède par nature ». Et si, en dehors de la théologie orthodoxe et des mystiques augustiniens, nous cherchons à retrouver l'accent des écrits pauliniens, c'est, plutôt qu'aux scolastiques occidentaux, à vm spirituel musulman que nous devrons nous adresser, 'Atiyah Dârânï (ap. Massignon, Essai sur les origines du lexique technique de la mystique musulmane, p. 199) : « Pourquoi tolérerais-Je un châtiment pour ceux qui à la nuit pleine cherchent à Me complaire ? Par Moi-même ! Je l'ai juré :
(1) Sur le dejamiento, cf. J. Baruzi, S. Jean de la Croix, in-80, Paris, 1924, p. 258 avec la note 1. Sur l'union mystique conçue comme absorption en Dieu {ib. p. 262), cf. ibid. p. 261, note 4, la citation de Melchor Cano, Censura... sobre... Carranza : ...pusieron una union permanente sine ullo medio inter Deum et vires animae nostrae, ut forma materiae et anima corpori ». Ce que Cano reproche aux Alumbrados, ce n'est pas de concevoir une union directe, sine ullo medio, entre Dieu et les puissances de l'âme comme entre l'âme et le corps : car c'est précisément ainsi que S. Thomas d'Aquin s'était représenté la Vision béatifique en l'autre monde {infra, 1. 13), mais c'est de concevoir cette union comme pouvant, dès ce monde, exister de façon permanente, una union permanente. Cano ne verrait aucune difficulté à l'union directe, même en ce monde, s'il ne s'agissait que d'un état transitoire comme l'extase aristotélicienne ou plotinienne {supra, pp. 347 et 357),
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lorsqu'ils comparaîtront au Jugement, Je leur découvrirai mon visage miséricordieux (mihl al karlm) afin qu'ils Me contemplent et que Je les contemple » (i) [L. C.].