CHAPITRE I, — LES VIEILLES CROYANCES
la verdure de leur feuillage, c'est pour suggérer que ceux qui y sont ensevelis ne périront pas, puisque, s'ils meurent quant au corps, ils vivent quant à l'ârae i.
L'on prendra soin aussi d'embellir de plantations des mêmes végétaux funéraires les abords de la « maison éternelle » qu'habite l'esprit du mort, car celui-ci n'est pas un reclus cloîtré dans une étroite cellule 2. Sans doute était-il ramené vers sa demeure souterraine par la nécessité de se nourrir et de prendre du repos ; mais il pouvait circuler auprès de son logis obscur. C'était surtout aux alentours des tombeaux que la crédulité populaire voyait apparaître les revenants dans la pénombre de la nuit. Seules les • incantations des magiciens, qui commandaient aux dieux et aux morts, pouvaient appesantir sur ces derniers, le poids de la terre et les emprisonner dans l'espace resserré du sépulcre". Ces vieilles croyances expliquent que les survivants aient pensé faire une œuvre agréable aux Mânes de leurs proches en entourant le lieu où ceux-ci reposaient, d'un jardin, rafraîchi par l'ombre épaisse d'arbres touffus, dans lequel s'épanouissaient des fleurs parfumées et mûrissaient des fruits savoureux.
Cette coutume paraît avoir été étrangère à la plus ancienne religion romaine, car les prescriptions du vieux droit pontifical l'excluaient. Elles défendaient de remuer la terre ou d'arracher le gazon sur l'humble tertre consacré aux Mânes en bordure du champ familial*. On donnait, sous l'Empire, aux enclos funéraires, agrémentés de plantations, le nom de cépotaphes (x'/jTCOTC/.tpta) et cette appellation indique suffisamment leur origine hellénique. On a montré que les jardins qui depuis la fin de la République, commencent à former autour de Rome une ceinture verdoyante, se sont développés à l'imitation de ceux de l'Orient s. Surtout il en fut ainsi de ceux qui environnaient les sépulcres et où l'on aimait à faire éclore une profusion de fleurs*^.
Les « paradis » perses, lointains prédécesseurs des parcs romains, étaient une combinaison du jardin de plaisance et du jardin de rapport. Il en fut de même sur une moindre échelle des « cépotaphes », auxquels on trouve parfois appliqué ce même nom de « paradis », qui devait être appelé à xme si haute
I. Rational de Jean Beleth, dans P. L., CCII, œl. 164 ; cf. Stèle d'Antibes, p. 25 ss.
2. Ce qui suit résume les faits exposés dans un mémoire communiqué le 15 déc. 1944 à l'Académie des Inscriptions et qui n'a pas encore pu être publié ; cf. C. R. Ac. Inscr.,