Julien, E-pist., 17^6 = Cod. X2heod.^ IX
5. Cf. P. Grimai. Les jardins romains ; Paris, 1943, p. 48 ss., 86 ss.
6. Ainsi un jardin entourait le fanum élevé par Cicéron à sa fille TuUia ; cf. Boyancé, R.E.A., 1944, XLVI, p. 179.
fortune. Le jardin funéraire fut disposé avant tout pour récréer les ombres reléguées dans la lugubre solitude de la tombe et mêler quelque agrément à leur morne survie. Au souci scrupuleux que prennent les vivants d'en fixer l'étendue, d'en préciser le décor, d'en assurer la pérennité, on peut mesurer l'intensité de la conviction que leur ombre prendrait plaisir à s'y délasser. A l'origine, sans doute la croyance commune était-elle simplement que la mort, de quelque façon imprécise, séjournait avec satisfaction dans un lieu charmant, tout émaillé et parfumé de fleurs. Mais des idées adventices approfondirent la signification qu'on attachait à ces plantations, dont la piété des survivants envers l'es trépassés assurait l'entretien. Les jardins dédiés aux dieux Mânes et plus tard aux âmes héroïsées devinrent la figure terrestre du séjour des bienheureux dans l'Hadès. Deux conceptions inconciliables se confondaient souvent dan?, l'esprit des anciens, et ils purent se figurer que les ombres jouissaient dans leurs « paradis » champêtres des mêmes délices qui récréaient les Élus dans les Champs Elysées.
Mais les cépotaphes avaient aussi un but utilitaire et ces fondations combinaient avec un souci religieux un intérêt pratique. Le produit de l'enclos funéraire, assurait le maintien indéfini du culte qu'on y célébrait. Avant tout, il fournissait les fruits, le vin et surtout les fleurs que réclamaient en abondance certaines cérémonies.
Nous venons de voir qu'un vieil usage, qui se perpétua longtemps, voulait que le mort reposât sur une litière de plantes vivaces. Mais il arriva aussi qu'on étendît le corps inhumé sur un lit de fleurs. Comme la jonchée de branchages, cette couche odorante était une imitation, dans la maison étemelle, de celle qui était en usage dans la demeure des vivants, mais au lieu de la simplicité d'une civilisation encore rustique, elle reproduisait la somptuosité d'une culture raffinée.
De même que l'oblation des aliments devait être renouvelée à perpétuité sur la tombe close, pareillement il fallait, aux dates consacrées, joncher de fleurs fraîchement coupées la pierre tumulaire. On ne se contentait pas d'en parsemer la sépulture, on en tressait des couronnes ou des guirlandes qu'on déposait sur le sarcophage ou qu'on fixait sur la stèle portant l'épitaphe *, Ces soins accordés au disparu lui faisaient plaisir, croyait-on, et il en était reconnaissant à ceux qui ne l'oubliaient pas. Mais l'on pensait aussi pouvoir ainsi ranimer le mort et lui rendre une vitalité qui l'avait abandonné.