Cf. infra ch. m
3. Cf. Cléomède, I, 11 ; Festugière, Les thèmes du Songe de Scipion (dans Eranos, XLIV), 1946, p. 372 ss.
douter que la réalité des choses est, par rapport à lui, dJoublement incommensurable, par son immensité comme par son exiguïté. S'ils ont un instant eu l'intuition du système solaire, ils n'ont pas pénétré, ni même entrevue les mystères du ciel stellaire, dont Herschel, au XYIIP siècle, commença de sonder les profondeurs 1. Celles-ci n'éveillaient pas chez eux la pensée troublante d'une étendue prolongée à perte de vue au-delà des plus lointaines nébuleuses que nos instruments puissent atteindre. Le millier d'étoiles du catalogue d'Hipparque ne devint jamais pour eux des milliards et ils ne calculaient pas grâce au spectroscope leur position en myriades d'années-lumière ; trompés par leur magnitude apparente, ils n'avaient aucune idée de leur grandeur ni de leur luminosité véritables. Le ciel pour leur astronomie, comme V oikoum^enè pour leur géographie, étaient des termes dont l'ampleur restait infiniment au-dessous de la réalité, et l'agilité de a raison, comme ils disaient, pouvait les parcourir sans effort en un instant d'une extrémité à l'autre. L'énormité des constellations n'était pas suivant leur estimation aussi écrasante que selon notre science et leurs distances leur suggérait moins qu'à nous l'idée d'un éloignement tel, que leur mesure dépasse la portée de notre imagination et que les chiffres même qui l'expriment ne représentent plus rien de concevable à notre esprit. Le télescope n'avait pas encore peuplé des gouffres que l'œil croyait désertiques d'un fourmillement de mondes succédant aux mondes. En plongeant leurs regards dans l'espace sans bornes, les anciens n'étaient pas saisis du vertige des abîmes, ni écrasés par le sentiment de leur petitesse. Ils ne se sont jamais écriés comme Pascal, méditant sur la disproportion de l'homme avec la nature incommensurable et muette : « Le silence étemel de ces espaces infinis m'effraie », cri d'angoisse dont la résonnance n'a cessé de se prolonger indéfiniment ^ .Récemment encore Jeans s'est ému de l'impression « terrifiante » que nous font tout d'abord éprouver l'immensité de l'univers et ses solitudes glacées, la durée prodigieuse des phénomènes cosmiques, l'indifférence oti même l'hostilité apparentes de la nature à l'égard de nos sentiments, de nos ambitions, de notre idéal de perfection avec ses valeurs spirituelles*.
Ce n'est pas de la crainte ou de l'oppression que le spectacle du cosmos provoquait chez les Grecs et leurs disciples romains mais de l'admiration. Ils ne
1. Cf. Blanchi, I>al sistema solare alV universo sidérale (Rendic. Ist. Lombardo), 1930, p. 20 ss.
2. Pensées, III, 206 (t. II, p. 127, Brunschvigg). Cf. R. Grousset, Bilan de l'histoire (1946), p. 302 ss.