‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 7 sur 468 · Sir James Jeans, Vhe mystericus universe · texte numérisé non relu

Sir James Jeans, Vhe mystericus universe

se lassaient pas de célébrer la magnificence de la nature, prodigue de ses richesses, les lois infaillibles qui gouvernent le cours des astres et le retour constant des saisons, et cet ordre, comme cette beauté, étaient déjà invoqués par eux, comme ils le furent souvent depuis, pour prouver l'existence d'un Créateur 1, Mais ils s'émerveillaient surtout de la splendeur des cieux illuminés pour une fête éternelle et de l'harmonie inaltérable de leurs révolutions, qui permettait au calcul d'en prédire les mouvements coordonnés durant les siècles futurs. Cette harmonie n'était pas seulement suivant eux^ mécanique, mais aussi musicale 2. La rotation des sphères produisait des accords si suaves, que les instruments qui les rappelaient ici-bas, éveillaient dans l'âme la nostalgie de ce concert enivrant et suscitaient en elle des transports qui relevaient vers les cieux. De même la contemplation des astres étincelants provoquait une émotion profonde, qu'accompagnait un désir intense de s'élancer vers ces dieux lumineux. Saisi d'une extase mystique, leur observateur fervent pensait se transporter au milieu du chœur sacré des étoiles et participer à leur existence éternelle. Mais cette double exaltation, passagère ici-bas, n'est qu'une prélibation des joies qui, la mort venue, seront réservées à la raison affranchie des liens de la matière, lorsqu'elle ira vivre au mi!lieu des constellations et prenant part à leurs évolutions harmonieuses, en comprendra les causes divines et sera en même temps ravie par le concert sublime produit par leurs mouvements perpétuels. Telle était la béatitude qu'une religion astrale réservait à ses élus.

Ainsi, tout semblait exister pour le service et pour la délectation de l'homme en cette vie, pour sa récompense après sa mort. Roi de cette terre, il pouvait se croire le centre d'un monde créé à son intention et subordonné à ses fins *. C'était pour lui que croissaient les plantes, que naissaient les animaux, et que la nature multipliait ses dons, pour lui que tournaient les cieux et que le soleil échauffait et illuminait l'atmosphère. Il n'est pas surprenant qu'égaré par l'enivrement d'une telle puissance, son orgueil lui ait parfois persuadé qu'il était le seul être intelligent de l'univers et que, détrônant les Olympiens, il se soit proclamé fièrement athée (àOsoç). Pour nous, notre terre n'est plus dans l'immensité qu'un grain de sable emporté dans un tourbillon; le pullulement de notre espèce est la multiplication d'animalcules infinitésimaux, la prolifération

1. Cicér., De Divin. ^11, 3^,95 ; cf. Capelle, of. cit., p. 24, Jâger, Aristoteles, 1923, p. 68.

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