CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES
de nouveau à la fin du paganisme. A toutes les époques on peut en relever les traces dans les « Catabases ».
Les raisons les plus diverses furent invoquées pour servir de prétexte aux péripéties de ces romans d'aventures au pays des ombres. Des héros peuvent s'y. rendre comme dans la Nékyia de l'Odyssée pour interroger les morts, ou bien y être poussés par le désir de ramener à la lumière une personne chérie, telles Eurydice et Alceste. Ou encore ils doivent y accomplir un exploit qui fera éclater leur bravoure, comme celui d'Hercule domptant Cerbère', ou enfin, par la révélation supposée de ce qu'ils ont vu dans l'Hadès, ils deviennent les garants de certaines doctrines eschatologiques, comme celles de l'orphisme '". Un autre type de « Catabase » ne met plus en scène des héros de la Fable, mais desi hommei dont une léthargie a fait supposer la mort. Tandis qu'ils gisaient inconscients, leur âme avait quitté leur corps et s'en était allée au séjour des trépassés. Lorsqu'ils revenaient à la vie, ils pouvaient conserver le souvenir de ce qu'ils avaient vu et le raconter. Le mythe d'Er dans la République de Platon ^ est l'exemple le plus célèbre d'une telle résurrection suivie d'une révélation. Ainsi s'est développé un genre littéraire qui remonte à l'ancien Orient, appartient déjà en Grèce à la vieille poésie épique, continue à être cultivé à travers toute l'antiquité et s'est poursuivi au moyen âge par des visions de l'Enfer ou du Purgatoire*.
L'épopée a refoulé à l'arrière-plan la croyance primitive à des divinités qui cumulaient la protection des campagnes et la garde des trépassés, pour leur substituer celle, plus conforme à l'idéal d'une époque féodale, de souverains habitant un vaste palais souterrain s. Sa porte, gardée par un chien monstrueux, Cerbère, s'ouvrait pour laisser entrer les ombres, mais se refermait sur eux à' jamais. Homère savait déjà que le royaume de l'Hadès était arrosé par quatre fleuves : le Pyriphlégéton et le Cocyte, dérivés du Styx, s'y jetaient dans l'Achéron, et leurs cours séparait le sombre Erèbe du monde des vivants. Une simple barque servait au passage de la foule des âmes. Un vieux batelier hirsute, Charon, les transportait sur l'autre rive, sans jamais, nocher impitoyable, en, ramener personne.
1. Ettig, p. 260 ss.. G. Kroll, Gott und Hôlle, p. 364 ss., 39g s.