CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES
les parjures 1. Mais ici encore le motif en est qu'ils avaient provoqué directement les dieux par la formule d'exécration qui terminait leur serment et s'étaient livrés eux-mêmes, s'ils le violaient, à la vindicte céleste : c'est pourquoi ces, parjures gardèrent toujours une place à part parmi les suppliciés du Tartare. L'orphisme au contraire opposa, selon leur pureté ou leur impureté, le sort qui devait échoir à tous les défunts dans le royaume infernal. Il montra les profanes, tous ceux qui n'avaient pas été lavés de leurs souillures par les rites cathartiques de la secte, plongés dans un bourbier obscur, soit que cette fange dût rappeler la pollution morale de ceux qui n'avaient pas participé aux purifications 2, soit qu'on se les représentât comme ces pénitents qui, assis en haillons dans la boue du chemin, clamaient leurs fautes aux passants. Au contraire ceux qui avaient effacé leurs péchés, jouissaient dans l'au-delà d'une vie bienheureuse en prenant part à un festin perpétuel.
Parmi les livres attribués à Orphée, circulait ime « Descente dans l'Hadès » (xaTaSaaiç tiç 'AiSou) qui, comme les autres oeuvres de ce genre de littérature (p. 64), devait insister sur les tortures atroces auxquelles les réprouvés étaient soumis. Si l'esprit grec, épris de beauté et observateur de la mesure, s'est en général détourné de ces sombres horreurs, on trouve cependant dès l'époque de sa plus haute culture les premières allusions à ces supplices raffinés 3, que devaient décrire, en détail pour chaque espèce de crime, les apocalypses de l'époque romaine *i.
Pour appliquer à chacun ce traitement approprié à la nature de ses fautes, qu'exigeait une morale devenue plus exigeante, la conduite passée des défunts devait être soumise à l'examen de juges incorruptibles". Dès lors s'imposa peu à peu la nécessité d'imaginer un tribunal de l'Hadès qui distinguerait les innocents et les coupables et déciderait du sort de chacun. II fallait le composer de héros d'une intégrité reconnue, et, après quelque hésitation, cette fonction délicate fut confiée à Minos, Éaque et Rhadamanthe. Ils accordaient aux ombres pieuses les joies qu'elles avaient méritées. Si les impies pouvaient s'amender, ils ne devaient faire dans les Enfers qu'un séjour temporaire, avant de revenir sur la terre par une nouvelle incarnation. Seules les âmes perverses et incorri-
I' Cf. Rohdej I, p. 63=tr. fr., p. 2545 Dieterich, Nekyia, p. 164.