Cf. infra, ch. v
5- Platon, A-pol., 41 A ; Gorgias, 523 ; cf . Rohde, tr. fr. p. 255 ; Nilsson, Gr. Rel., I, P- 775-
gibles étaient enfermées à jamais dans la prison obscure, où elles devenaient les compagnes des grands criminels que la mythologie reléguait définitivement dans le Tartare. Cette distinction entre les deux classes de criminels, les condamnés à temps ou à perpétuité se transmit jusqu'à Virgile qui l'a nettement marquée dans l'Énéïde.
Désormais il y eut dans le grand hypogée où s'enfonçaient tous les morts, deux séjours distincts, celui des bons et celui des méchants. Les Champs- Elysées qui, suivant Homère, étaient situés dans des îles de l'Océan lointain, aux confins de la terre, et où des héros privilégiés, enlevés corps et âme, poursuivaient une vie bienheureuse qu'aucun décès n'avait interrompue, furent transportés dans l'empire de Pluton, afin qu'on pût y recevoir les Élus. Des juges infaillibles, auxquels aucune faute ne reste celée, partageaient en deux groupes la multitude des ombres qui, sans cesse, comparaissaient devant eux. Le chemin de droite menait les justes aux Champs Elysées où, dans des prés fleuris, enveloppés d'une douce lumière, ils obtenaient la récompense de leurs vertus.
Les plaisirs réservés aux bienheureux étaient ceux qu'ils avaient goûtés sur la terre, et une conception des âges les plus reculés survivait ainsi dans cette eschatologie évoluée. La vie dans l'au-delà n'avait pas cessé d'être conçue comme le prolongement de celle de notre terre. Même la croyance atavique que les inégalités de la société humaine s'y perpétuaient, et que le noble y gardait un rang supérieur à celui de ses serviteurs, ne s'est jamais entièrement effacée. Nous avons rappelé (p. 30) parmi les offrandes aux morts les antiques sacrifices d'animaux et même d'êtres humains, qui devaient assurer au défunt une existence conforme à celle qu'il avait vécue en ce monde. Si c'était un puissant seigneur, la coutume n'avait pas disparu d'enterrer avec lui son char, ses chevaux et ses armes. Tout ce qu'on enfouissait ainsi était censé l'accompagner dans cet antre spacieux du sous-sol où il devait descendre *. De même se perpétuait à l'époque historique la coutume de déposer dans la tombe toute la variété des choses dont celui qui s'en était allé aimait à se servir. Un chasseur sera muni de ses épieux et de son filet ^, un artisan des outils de son métier, une femme de la quenouille et du fuseau qui lui permettront de filer et de tisser, du miroir, des fards et des parfums qui la mettront à même de faire sa toilette ; une enfant aura à sa portée la poupée qu'elle habillait, les jouets