CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES
qui l'ont amusée \ Tout cela leur servira, pense-t-on, dans l'au-delà. Ce qu'on mettait à la disposition du mort , lorsqu'on se le représentait survivant dans le sépulcre (p. 26), doit rester à sa discrétion dans sa demeure infernale. Il est sans doute difficile de se figurer comment les simulacres d'objets inanimés pouvaient aller rejoindre ceux des humains dans les profondeurs de l'Hadès, et l'on songe malgré soi à la patodie de Scarron nous montrant l'ombre d'un carrosse frotté par l'ombre d'une brosse. Mais la mentalité vulgaire ne reculait pas devant de telles impossibilités. L'idée prévalait absolument que dans les Champs Elysées chacun devait garder l'apparence, le caractère, les habitudes qui le distinguaient avant sa mort. Virgile, s'inspirant de Pindare ou peut-être de la vieille littérature religieuse des Grecs^, nous présente encore les bienheureux s'adonnant aux luttes de la palestre, aux danses et aux chants des chœurs, aux courses de chars : car, ajoute le poète, le goût qu'eurent les vivants pour les armes et les chevaux les suit lorsqu'ils ont été ensevelis dans la terre ^ Les stucs de la basilique souterraine découverte près de la Porta Maggiore, à Ronie, figurent de même des luttes gymniques, qui doivent se livrer dans l'autre vie *. Ovide s'accorde ici avec Virgile : il sait que parmi les ombres exsangues une partie se réunit au Forum, une autre dans la demeure du tyran des Enfers ^, et le reste exerce divers métiers à l'imitation de son ancienne vie. Ce n'est point là une fantaisie de l'imagination du poète. Une épitaphe en mauvais latin d'un esclave syrien nous assure qu'il se réjouii de s'acquitter encore de son service dans le lieu retiré où s'élève le| palais delà divinité infernale ^ Surtout ceux qui se sont adonnés aux études iront retrouver les sages d'autrefois et se plairont à renouveler en leur société de doctes entretiens '. Les Hellènes attribuaient à l'homme une dignité si éminente dans l'univers, qu'ils ont imposé l'anthropomorphisme non seulement à leurs dieux, mais aux esprits désincarnés et se sont longtemps représenté les occupations de ceux-ci dans le royaume de Pluton comme une reproduction
1. Nogara, Rendiconti accad. rom. arch., 1941, XVIII, p. 236. Fuhrmann, J. A. I., Anzeiger, 1941, p. 520 ss.
2. Virgile, En., VI, 613 ss. et note de Norden au vers 637 ss.
3. Ibid., vers 653 ; cf. Perrot et Chipiez, t. III, p. 620, à propos des sarcophages chypriotes.
4. Bendinelli, Monumenti antichi, 1926, XXXI, planches 17-18. Cf. Carcopino, Basil. Pythag., p. 119, qui propose de ces scènes une autre interprétation.