‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 80 sur 468 · Ovide, Met., IV, 443 ss · texte numérisé non relu

Ovide, Met., IV, 443 ss

6. C. E., 1186 : « In secessum numinis tandem ministerio infernae domus officiosus laetatur suo ».

7- Platon, A-pol., 41 a ; Axiochos, 371 c ; Staoe, Silves, V, 3, 25 s. ; cf. Symbol., p. 313 ss.

de celles de la société humaine. Ainsi une très vieille conception de la condition des trépassés survécut longtemps en dépit de la transformation générale qu'avaient subie les idées sur l'au-delà.

Une pareille peinture de la société des morts était celle d'une foule restée singulièrement vivante. On se demande comment des êtres qu'on croyait composés d'une substance impalpable, formes vides dépourvues de corps, pouvaient faire preuve d'une pareille vigueur. Mais la foi ne s'embarrasse pas de tels prodiges. Nulle part l'incohérence des croyances admises simultanément ne se révèle plus criante que dans les qualités que l'on prête à ces créatures imaginaires i. On se les figure tantôt blêmes, d'une pâleur cadavérique, parfois même vêtues d'un linceul blanc, telles qu'on les a vues pour la dernière fois^ tantôt noires comme l'obscurité de l'Orcus, comme lès ténèbres de la nuit que hantent les revenants, comme l'ombre humaine, dont elles ont emprunté le nom. Il est absurde de croire que des esprits qui n'ont ni gosier ni poumons puissent parler 2 ; leur voix s'est tue, ils sont les « silencieux » s. Mais lorsque ces simulacres apparaissent dans les rêves, ils s'adressent à leurs proches et leur font des révélations *. De même au moral ils peuvent être, soit des êtres moroses et .torpides, animés d'une vie affaiblie, tels que se les représentait la vieille religion, soit au contraire des bienheureux pleins d'allégresse, qui éprouvent toutes les joies des humains dans les champs lumineux et embaumés de l'Elysée.

Cette conception grecque des Enfers que la littérature et l'art devaient populariser dans tout l'ancien monde et reproduire encore, même quand on eut cessé d'y croire, nous est restée familière. Dans son ensemble, et à la considérer en gros, c'est celle d'un État qu'on se figure à l'imitation des cités ou nations des vivants ^ mais où règne une justice rigoureuse qui, sur notre pauvre terre, n'est que le rêve d'esprits moi'aux. L'idéal de ceux-ci, jusqu'où la société humaine ne parvenait point, devait être réalisé dans celle des ombres. Le royaume souterrain, dont un fleuve sans ponts protège la frontière, est administré par de puissants souverains, Pluton et Proserpine. Il a ses lois qui s'appliquent sans rémission à celui qui a violé celles de sa patrie, son tribunal composé de juges intègres et perspicaces, ses bourreaux chargés de l'exé-

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