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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES

cution des sentences, les furies et plus tard les démons vengeurs {infr. ch. IV), et sa prison, qui est le Tartare entouré par de hautes murailles. De même les peines sont souvent conçues à l'imitation de celles auxquelles étaient condamnés les criminels dans la cité^. Tels des prisonniers, les coupables sont" liés de chaînes qu'ils ne peuvent briser ; les Érinnyes les frappent de leurs fouets, comme ils sont flagellés sur l'ordre des magistrats. Ailleurs on reconnaît l'imitation des tourments infligés aux inculpés qu'on soumettait à la torture. Même la vieille loi du talion s'applique encore dans l'autre monde et les morts y subissent eux-mêmes le traitement qu'ils ont fait subir à des victimes innocentes '''. Ces supplices, inscrits dans le code pénal, et qui s'appliquent à des coupables dont les uns sont condamnés pour un certain temps et les autres à jamais, opposent tous ces malfaiteurs aux bons citoyens, qui jouissent, dans de délicieux jardins, de tous les plaisirs qui font la joie des humains. Dans la description fantaisiste qu'il en donne, Lucien se figure les ombres festoyant avec leurs parents et amis dans le Champ d'asphodèles, groupées par tribus et par phratries, comme on l'était à Athènes ^

Ainsi la poésie grecque, depuis l'époque la plus reculée, s'est complu à dépeindre en deux tableaux opposés le séjour deé bienheureux et la géhenne des réprouvés. Ce motif littéraire a même pu être dégradé jusqu'à la parodie par Aristophane. Chez les Romains, que nous sachions, personne ne l'avait traité avant Virgile ^, et il est significatif, pour la pauvreté de ce qu'on racontait précédemment de l'Orcus, que l'auteur de l'Enéide ait ainsi suivi les Grecs dans ■une épopée destinée à glorifier les traditions nationales. Presque tous les traits de ses descriptions sont en effet empruntés à l'ancien fonds hellénique, et l'art souverain d'un grand poète a seul pu prêter un attrait nouveau aux vieilles figures de la Fable. Mais son dessein n'a point été seulement de raconter pour la délectation du lecteur un fantastique voyage au pays des morts. Il a voulu

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