‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 85 sur 468 · CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES

lique qu'on y attachait, comme celles d'Ixion, de Tantale, de Sisyphe ou des Danaïdes '. La plupart des thèmes mythologiques qui sont entrés dans le répertoire des praticiens romains étaient interprétés comme des allégories d'une eschatologie qui ne faisait plus descendre les ombres dans le sein de la terrei. Nous verrons dans un autre chapitre 2 comment les négations des Épicuriens et les affirmations des Stoïciens éclectiques conjuguèrent leurs efforts pour ruiner les croyances du passé et comment cette critique rationaliste réussit à ^Driver ces vieilles chimères de tout crédit dans les milieux éclairés et dans un public plus large, qui prétendait l'être.

Si Lucien dans ses peintures de l'Hadès reproduit un décor devenu conventionnel, c'est en composant des satires où il imite le rire sarcastique de Ménippe le Cynique, et le succès obtenu par ce persiflage suffirait à prouver que toute signification sérieuse, tout sentiment profond avaient cessé d'être attachés à des fables surannées, qui n'étaient plus que des poncifs. Les lecteurs de pareilles facéties devaient être aussi incrédules que le sont les spectateurs de l'Orphée aux Enfers d'Offenbach.

Toutefois il faut ici établir une distinction. S'il est vrai que l'on ne croyait plus, dès qu'on se targuait de quelque culture, aux mythes de l'Hadès hellénique, il s'en faut qu'eût disparu la foi primitive en un séjour souterrain des morts, sur lesquels régnaient des dieux chthoniens. Cette antique conception ne fut jamais abolie, et si l'on considère l'ensemble du monde romain et toutes les classes de la société, on se convaincra que la majorité des hommes y restait attachée.

On pourrait alléguer des preuves multiples attestant que cette croyance universelle, remontant à la préhistoire, ne fut jamais rejetée par la mentalité populaire. De nombreuses inscriptions funéraires appellent sur le violateur de la tombe le courroux des dieux souterrains, protecteurs du repos des morts, et les opposent aux dieux supérieurs 3. Les papyrus magiques d'Egypte font souvent appel aux divinités de l'Hadès, et ceux qui croyaient à l'efficacité de ces formules, étaient convaincus de l'existence d'un abîme obscur « oti séjournent les démons des hommes qui auparavant ont vu la lumière » ^. Quand les

Page 1