CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES
« la maison de la Mort et de Pluton », lequel se complaît à recevoir les âmes de tous les défunts. Empêchés à jamais de remonter sur la terre, ceux-ci ne jouissent plus de la douce lumière du soleil ; ils ne suivent pas le cours des étoiles et ne voient plus au ciel la luieur de la lune, mais sont plongés dans une nuit ténébreuse. Ainsi parle l'auteur de l'épitaphe, exprimant de la sorte les idées les plus simples et lies plus anciennes do son milieu. La conception remontant aux âges les plus lointains, d'un Hadès obscur, peuplé de monstres effrayants et d'animaux hostiles (p. 64), qui menacent celui qui y pénètre^ n'a jamais disparu de la mentalité vulgaire 1. Un courant souterrain de croyances ancestrales, soustraites à l'action de la littérature poétique, relie la civilisation primitive au folklore moderne. Elles purent être écartées pendant des siècles, mais non éliminées ; et elles réapparaissent parfois avec une force nouvelle au crépuscule du paganisme. Les convictions des masses sont comme les eaux profondes des mers, qui ne sont ni échauffées, ni entraînées par les courants supérieurs. Mais une foule ignorante et crédule ne fut pas seule à conserver longtemps la foi atavique en un royaume souterrain des ombres, demeure commune de tous les trépassés. Nous le verrons, l'eschatologie des mystères lui resta longtemps fidèle et ne lui substitua que tardivement la doctrine de l'immortalité céleste ^ et les derniers Néoplatoniciens eux-mêmes ne purent écarter absolument une antique croyance que le Maître infaillible avait illustrée dans ses mythes 3.
1. Voir par exemple les représentations de l'Hadès dans le Psautier Barberini (Biblioth. Vat., grec 372), f°= 16^, 48, 109, 142^, 237^3 «* le Psautier de Londres (Brit. Mus., Add. 19352), f°= 9 et 11^.