IV. — Fantômes et nécromants
A la croyance que l'esprit du mort habitait le tombeau près de ses ossements ou de ses cendres et y conservait les besoins des hommes, à la doctrine qui voulait que l'ombre descendît dans le sein de la terre pour y vivre, dans la société de ses pareilles, d'une vie semblable à celle de notre monde, s'oppose dès l'origine une autre conception, celle de l'âme aérienne i.
La respiration est le premier, acte qui indique la vie du nouveau-né, et sa cessation est le premier signe qui révèle l'instant du trépas. On en conclut naturellement que le principe animateur du corps était un souffle, qui y entrait à la naissance et en sortait par la bouche au moment du décès. Cette conviction, répandue chez les peuples de l'Orient comme de l'Occident, perpétua à Rome la coutume de donner à un parent moribond le baiser suprême, destiné à recueillir sur ses lèvres son dernier souffle et à faire ainsi passer en soi l'âme de l'agonisant 2. Si elle n'était pas ainsi captée au passage, elle flottait dans l'atmosphère, entraînée par les vents. Les Pythagoriciens, adoptant cette croyance du folklore avec beaucoup d'autres, enseignèrent que l'air est plein d'âmes 3. Cet air, ainsi que la terre et les eaux, nourrissait une foule d'êtres animés, créatures diaphanes comme lui, que l'œil ne pouvait apercevoir, mais qui constamment faisaient sentir aux survivants leur présence. D'innombrables générations déftmtes remplissaient les espaces sublunaires de leur multitude. Cette foule, sans ces^e accrue, d'âmes désincarnées était venue grossir les rangs d'une armée de démons aériens, avec lesquels elles s'étaient bientôt confondues^.
Originairement le Sat[ji.a)V grec, que le latin fiumen rend imparfaitement, est la force impersonnelle à laquelle l'homme attribue tous les phénomènes exceptionnels qui frappent son esprit let que son expérience ordinaire ne suffit pas à expliquer^. Les faits qui semblent déroger à l'ordre normal des choses, sont les manifestations occasionnelles de cette puissance universelle. Mais le
1. Symbol., p. 104 ss. , cf. Lactance, De o-pif. Dei, 17 (II, p. ^^ Brandt).
2. Symbol., p. 119 s. ; Westrup, I, p. 39 ; Lattimore, 30, n. 48 ; 31, n. 86.
3. Diogène Laërce, VIII, 32, et prooem. 7 ; Cicéron, Divin., I, 30, 64 ; cf. Symbol.) p. 113 ss.