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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES 8i

degrés dans la hiérarchie des êtres, et en quelque sorte un des trois étages dont se compose l'univers. La croyance populaire est le substratum sur lequel reposent toutes les qualités attribuées à ces médiateurs par l'enseignement de l'école. Jusque chez les derniers Néoplatoniciens on trouve, mêlés aux spéculations les plus quintessenciées, des emprunts à une superstition parfois grossière*, qui se rattache directement au polydémonisme primitif.

On conçoit combien les vieilles notions romaines des Mânes ou des GénieS(, comme celle de ces petits dieux familiers qui présidaient dans leur ancienne religion à toutes les opérations agricoles, furent transformées lorsqu'elles se combinèrent avec la démonologie savante des Grecs. La manière dont on conçut dès lors la nature et les fonctions des esprits des morts en fut singulièrement modifiée et élargie ; et si nous avons cru devoir esquisser ici, en commençant, l'évolution de ces doctrines helléniques, c'est qu'à propos des revenants, nous allons constamment trouver la réflexion philosophique s'exerçant sur les croyances des foules incultes.

L'idée de la persistance d'âmes aériennes était radicalement différente de celle de la survie dans l'obscurité de la tombe ou dans le royaume souterrain de Pluton. Mais la mentalité primitive ou vulgaire ne s'embarrassait guère de telles contradictions, et elle parvint à harmoniser de plus criantes dissonances. L'on admit de tout temps que l'âme n'était pas rigoureusement confinée dans le tombeau. Ainsi elle pouvait en sortir pour jouir de l'agrément d'un jardin entourant le monument sépulcral^. Mais surtout, si le défunt ne recevait pas dans sa maison éternelle le culte auquel il avait droit, si l'on violait sa dernière demeure, si on ne lui versait pas des libations pour lei sustenter et le revigorer, il venait tourmenter ceux qui l'avaient offensé ou négligé ^

Toutefois, précisément parce que la tombe est le lieu où l'esprit du mort doit se loger et se nourrir, l'opinion commune voulait qu'il ne s'en écartât guère. Les philosophes la reprirent et la concilièrent avec une doctrine plus évoluée, en enseignant que seules les âmes qui s'étaient libérées de toute attache avec la chair, pouvaient s'élever vers le ciel ; les autres, qui, alourdies par un commerce prolongé avec leur corps, gardaient quelque chose de matériel et de visible, conservaient, même après la mort, l'amour de cette dépouille qu'elles avaient quittée. C'étaient ces fantômes que l'on pouvait apercevoir rôdant au;

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