J.UX PERPETUA
voisinage de la tombe, où les ossements reposaient *, ou bien près du cadavre, s'il n'avait pas obtenu la sépulture rituelle ^
Pareillement, si c'est un lieu commun d'affirmer que l'Hadès est un séjour d'où nul ne revient, celui-ci avait cependant, nous l'avons vu, des orifices par lesquels il communiquait avec le monde supérieur (p. 56). Dans les pays helléniques nombre d'antres où se dégageaient des vapeurs méphitiques, de failles d'où jaillissaient des sources chaudes ou sulfureuses, étaient regardés comme les soupiraux des Enfers, et la même croyance existait en Italie. Bien plus, des fosses artificielles permettaient de se mettre en rapport avec les Mânes. Le mundus, qui était creusé dans chaque ville latine à sa fondation, servait, nous l'avons dit (p. 59), de porte de communication entre le monde supérieur et le monde inférieur'. La croyance qu'au moins une fois l'an les esprits des; morts retournaient en foule dans leurs anciennes demeures appartient à l'an,tique religion aryenne, et elle a persisté jusqu'à l'époque historique chez la plupart des peuples indo-européens. Cette fête annuelle et commune des trépassés continuait à être célébrée avec des rites analogues à Athènes, le troisième jour des Antesthéries, et à Rome' dans les nuits des 3, 11 et 13 mai aux Lemuria^. L'on constate qu'elle y avait été adaptée à la doctrine d'un Hadès ou d'un Orcus situés dans le sous-sol et que les âmes étaient censées remonter) de ces profondeurs, sans qu'on précisât le chemin qu'elles suivaient. Mais laconception primitive, qui s'est maintenue chez les Slaves, chez les Perses, et même en Gaule dans le folklore celtique, était que ces esprits légers arrivaient à travers les airs portés par les Vents. Tout dans les rites des Lemuria indique une origine archaïque, trahit une époque où la religion ne se distinguait guère de la magie. Pour recevoir l'essaim de ces visiteurs nocturnes, hôtes importuns qui avaient envahi son foyer, le pater familins, à minuit, se levait et parcourait la maison en silence, les pieds nus, écartant de lui les esprits par un geste. obscène des doigts. Puis, sans se retourner, il jetait derrière lui des fèves noires' pour rassasier les Lémures. Ayant ainsi apaisé les âmes exigeantes des anciens maîtres de la demeure familiale, il les chassait à grand bruit en frappant un bassin de bronze et en répétant neuf fois l'ordre : « Marùes exite paterni ».
1. Platon, Phédon, 81 b-d. — A l'époque romaine : Origène, Contra Celsum, VIÏ,S (p. 156 Koetschau) ; Apulée, Apol., 64 ; Lactanoe, Inst., Il, 26 ; Salluste le phil.,ch. IÇ» Ammien Marc, XIX, 12, 13 ; Grégoire de Nysse, De anima (P. G., XLVI, p. 88 B).
2. Porphyre, De Abstin., II, 46 ; Macrobe, Somn. Sci-p., I, 13, 95 cf. infra, ch. vii.
3. Varron dans Macrobe, Sat., I, 16, 18 ; Servius, Aen., III, 134.