‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 94 sur 468 · Cf. infra, IV · texte numérisé non relu

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et de refuge. Mais quand prédomina la doctrine de la descente des âmes dans les Enfers, la malédiction qui pesait sur les insepulti prit un nouvel aspect. L'entrée du royaume infernal, où ils auraient pu trouver la quiétude, leur est interdite ; ils aspirent en vain à y pénétrer. Selon Virgile, on s'en souviendra, les ombres privées de sépulture ne peuvent traverser le Styx ; Charon les repousse sans pitié ; et elles sont condamnées à voltiger sur la rive du fleuve glauque, jusqu'à ce que leurs ossements reposent dans un tombeau ou, à défaut de funérailles, pendant cent années, c'est-à-dire pendant la durée maximum de l'existence humaine i.

La doctrine qu'a suivie Virgile dans le classement des ombres rencontrées' par Énée, associe aux misérables qui n'ont pas été inhumés, les enfants qui ont péri en bas âge et lés victimes d'une mort violente. Ils pâtissent dans l'audelà d'une exclusion analogue. Ils ne seront pas admis dans les Enfers jusqu'à ce que soit révolu le cycle d'années qu'aurait dû normalement atteindre leur vie, si elle n'avait été tranchée avant l'heure. Eux- aussi, sont ainsi condamnés à vaguer dans le monde des vivants ; eux aussi deviennent des fantômes malévoles et sont invoqués par les sorciers. Nous y reviendrons à propos des morts prématurées 2,

Les âmes qui ont ainsi été brutalement arrachées à leur corps, gard-ent un, attachement pour lui. Empêchées de trouver un asile durable dans les Enfers, elles séjournent à l'endroit où est restée leur dépouille 3. Cette conviction a inspiré quantité d'histoires de maisons hantées, où aurait été enfoui le cadavre d'une victime d'im meurtre. Son spectre, à la fois pitoyable et redoutable, continue à y habiter et à s'y promener dans l'obscurité, ou encore s'y lamente longuement. Lorsque le squelette est découvert et que les Mânes ont été apaisés, le revenant cesse de venir troubler les vivants. Pline le Jeun'e raconte en toute confiance l'histoire du philosophe Athénodore*, qui se rendit à Athènes dans ime maison ainsi visitée" par un spectre et s'y installa pour y passer la nuit avec sa lampe et ses tablettes. Sans peur, il se plongea dans l'étude. Le fantôme apparut : un vieillard à longue barbe, aux cheveux hirsutes, secouant les chaînes qui lui liaient les mains et lui entravaient les pieds>

X. Virgile, Ètt.^ VI, 325, 371 ss., cf. Norden, intix)d., p. 10, et in^ra, ch. vu, '

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