‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 96 sur 468 · Plutarque, Cimon, I · texte numérisé non relu

Plutarque, Cimon, I

4. Tite-Live, III, 58, 11, sur les Mânes de Virginie; Porphyrion, Horace, efist., II, 2. 209.

faut ici faire une première distinction. Ceux qui admettaient l'existence des; dieux, et c'était l'immense majorité, ont toujours cru qu'ils se manifestaient aux hommes par des « épiphanies » *. Leurs fidèles pouvaient les apercevoir, constater leur présence immédiate, non seulement dans des songes, mais à l'état de veille. D'innombrables témoignages depuis l'époque homérique jusqu'à la fin de l'antiquité, attestaient, pensait- on, la réalité de telles apparitions.

La même possibilité était généralement admise pour les héros, c'est-à-dire certains morts ayant vécu sur la terre, mais élevés à une condition supérieure. Car ces demi-dieux étaient tout proches des dieux ; on les associait dans une commune vénération, et ils faisaient pareillement à ceux qui les servaient dévotement, la faveur d'entrer en communication avec eux. Dans les temples où s'exerçait la « nécyomancie », des héros d'autrefois venaient guérir les malades qui y pratiquaient l'incubation ^. Hercule, les Dioscures, Esculape, avaient été déifiés selon la mythologie par une apothéose et ils pouvaient, comme les. Olympiens, descendre sur la terre pour venir au secours de ceux qui les invoquaient^. Même les guerriers homériques, à qui seuls la vieille poésie épique avait réservé une vie divine, tels Achille, Hector ou Protésilas, continuaient à réapparaître sous l'empire romain : géants lumineux armés de pied en cape, ils se présentaient à leurs adorateurs, que ceux-ci fussent endormis ou éveillés 'i. Le nombre de telles apparitions se multiplia à mesure que la notion de l'héroiïsatioii s'élargit et que se vulgarisa la doctrine que les esprits des morts, même d'un rang médiocre, devenaient des demi-dieux ou des démons^.

L'idée que les défunts, élevés à la dignité de héros, pouvaient ainsi se montrer propices aux survivants, a des antécédents fort anciens. Hésiode avait déjà enseigné que la race de l'âge d'or s'était transformée après son trépas en démons bienveillants, préposés à la garde des hommes ^. Une pareille assistance fut aussi la doctrine enseignée généralement par les Platoniciens. Elle est par exemple exprimée avec une clarté parfaite par Maxime de Tyr '. Lorsque notre âme s'est dépouillée de son corps, elle considère avec une vue plus per-

1. Pfister, R E, Suppl., IV, s. v. « Epiphanie » ; Festugière, La révélation d'Hermès Vrismégiste, I, 1944, p. 50 ss. ; Monuments Plot, XXV, 1901, p. 81.

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