MÉTHODE NON SANGLANTE
La méthode non sanglante comprend deux procédés:
L’expectation ;
La réduction.
L’expectation, avec Hippocrate et tous les disciples de son école et même avec des chirurgiens de notre siècle, était regardée comme le seul mode de traitement des luxations de l’astragale, tellement forte était l’appréhension d'intervenir dans ces sortes de traumatismes articulaires. Du temps d'Hippocrate, l’expectation était pratiquée dès le début ; de nos jours, elle n’a été que secondaire, c’està-dire qu’on n’y a eu recours que lorsque la réduction avait échoué.
Par exemple, dans un cas de luxation simple, avec intégrité des téguments, que doit faire le chirurgien, s’il ne peut réduire ? S’abstenir, et laisser le malade avec son osselet luxé ? Cette pratique peu recomimandable ne peut être acceptée à la rigueur que pour les luxations en arrière : c’est surtout dans cette variété que les insuccès de réduction se sont montrés fréquemment.
Poinsot en a réuni 20 cas avec 4 réductions. Or, 8 fois
sur 15 faits dont la suite nous est connue, la non-réduc-
tion n’a point empêché l’usage plus ou moins libre du membre : les deux blessés de Philips marchaient facilement ; l’un d’eux portait un soulier échancré en arrière,
pour que le quartier ne vint pas presser contre la saillie astragalienne ; le malade de Cheevers et celui de Hall marchaient assez facilement avec une canne ; le malade de Mac Cornac pouvait monter à l’échelle et travailler sur les échafaudages. Pourtant, dans les faits de Buchanan,- Foucher et Williams, l’astragale luxé en arrière sphacéla la peau comprimée, et il fallut l’énucléer secondairement.
En cas de gène, de douleur ou de compression ulcéreuse,
on n’hésiterait pas à suivre leur exemple.
Dans les autres déplacements de l’astragale, l’expecta tion n’a donné que de déplorables résultats. Sur 17 faits colligés par Poinsot, il y eut une mort par gangrène, 9 extractions consécutives et une amputation : seuls les 2 blessés de Dupuytren et de Barton purent, en dépit de la non-réduction, se servir de leur membre, encore, tous | les deux présentèrent-ils du sphacèle de la peau, le malade de Barton gardait à ce niveau un tissu de cicatrice incessamment ulcéré.
De même dans des luxations sous-astragaliennes, quoique les malades de Legouest, de Marc Sée, de Dubourg, chez lesquels on n’est point intervenu, pouvaient marcher en dépit de la déformation considérable du pied, Hancock, Dolbeau et Detmold eurent la main forcée par de graves accidents de sphacèle ; Dupuytren, Th. Wells, ayant vu l’articulation ouverte consécutivement à la gangrène cutanée, durent faire l’extirpation secondaire de l’astragale,
; 4, : f C6 TN PTS
Donc, puisqu'il est avéré dans les cas de non-réduction que c’est à l'extraction qu'il faut en venir, il y a tout profit à la faire immédiate : la durée du traitement s’en abrègera.
De plus, l’astragale n’a pas le tempsde contracter en sa nouvelle position, des adhérences qui rendent l’extirpation plus laborieuse et l'opération moins bénigne. Enfin, et surtout, on évite d’avoir du sphacèle cutané, de la suppuration, de la nécrose de l’astragale, si menaçante chez cet
“os mal nourri : autant l’ablation antiseptique est simple, autant elle devient précaire quand la gangrène des téguments, à préparé la souillure du foyer opératoire.
Primitive et antiseptique, l’extirpation de l’astragale laisse, ainsi que nous l’avons observé, un pied utile et de fonctionnement à peu près normal : il suffit de surhausser du côté opéré, le talon d’un ou deux travers de doigt pour établir la statique régulière de la marche. Un précepte important est d'enlever tous les fragments quand l'astragale est fracturé, sinon ces morceaux peu vivants, sont voués à la nécrose.
Nous avons dit plus haut que, quel que fût le genre de luxation de l’astragale, partielle ou totale, simple ou compliquée, les chirurgiens actuels avant de recourir aux autres méthodes, tentaient toujours la réduction.
Autrefois, pour détruire la rigidité musculaire, on eut recours à divers moyens, les moufles, la traction élastique continue. Cock, d’après Dubreuil, sectionna même préalablement le tendon d'Achille; de nos jours, toute tentative de réduction se pratique sous l’anesthésie au chloroforme.
* Forgue et Reclus, Traité de thérapeutique chirurgicale.