‹ Luxations de l'astragale: Un nouveau procédé de réduction par la bande d'EsmarchChapitre 5 sur 29 · ÉTUDE ANATOMIQUE DE L'ASTRAGALE · texte numérisé non relu

ÉTUDE ANATOMIQUE DE L'ASTRAGALE

L'astragale (en grec dstpäyalx, qui signifie un dé), forme avec le calcanéum les deux os de la rangée postérieure du tarse; il est situé dans la région du cou-de-pied entre la mortaise tibio-péronière en haut, le calcanéum en bas, et le scaphoïde en avant.

Cest un os court, légèrement aplati de haut en bas, allongé d’avant en arrière, et sa forme est irrégulièrement cubique.

Ses six faces sont presque toutes articulaires, et il entre dans la constitution de trois articulations :

L’articulation tibio-tarsienne.

— astragalo-calcanéenne.

— astragalo-scaphoïdienne.

I. Articulation tibio-tarsienne. — Dans cette articulation, la face supérieure de l’astragale, convexe dans le

sens antéro-postérieur, concave transversalement, a la forme d’une véritable poulie, dont la gorge se dirige d'avant en arrière. La surface articulaire de la poulie se continue sur les côtés avec deux autres facettes planes et verticales, l’une interne, ayant la configuration d’une virgule dont la tête serait en avant, et la queue en arrière ; l’autre externe, triangulaire à base supérieure, lisse et encroûtée de cartilage à l’état frais.

La poulie répond à la mortaise tibio péronière, conformée d’une façon inverse pour ladaptation, et les deux facettes latérales sont en rapport avec les deux malléoles tibiale et péronière, qui présentent chacune, à cet effet, une facette verticale et à peu près plane.

La solidité de l'articulation est assurée par quatre ligaments, dont deux latéraux très puissants, et deux autres, antérieur et postérieur, minces, réduits dans la majorité des cas à quelques faisceaux conjonctifs rares et grêles, qui doublent la synoviale à la partie antérieure, et à la partie postérieure de l’articulation.

Le ligament latéral interne, encore appelé ligament deltoïdien, s’insère en haut par son sommet sur tout le bord inférieur de la malléole interne et, de là, se portant en bas, il se divise en deux feuillets :

æ) L’un, superficiel, qui se fixe :

Par ses fibres antérieures sur le scaphoïde, le bord interne du ligament calcanéo-scaphoïdien inférieur, et le col de l’astragale ;

Par ses fibres moyennes, sur la petite apophyse du calcanéum ;

Par ses fibres postérieures, sur un gros tubercule, situé à la partie la plus reculée de la face externe de l’astragale,

AA et immédiatement en dedans de la gouttière du muscle fléchisseur propre ;

B) L’autre, profond, composé de faisceaux très courts, mais très résistants, allant du sommet de la malléole interne à toute la partie sous-articulaire de la face interne de l’astragale.

Le ligament latéral externe est formé de trois faisceaux distincts :

æ) L’un, antérieur, appelé encore ligament péronéoastragalien antérieur, aplati, quadrilatère et fort mince, s'attache d’une part à la partie antérieure de la malléole externeet, d'autre part, à la partie externe du col de l’astragale ;

6) L’autre, postérieur, ou ligament péronéo-astragalien postérieur, prend naissance dans la fossette rugueuse en dedans et en arrière de la malléole externe et, de là, va se fixer à la face postérieure de l’astragale immédiatement au-dessous de la poulie ;

7) Enfin, le faisceau moyen ou ligament péronéocalcanéen est placé entre les deux précédents, :il s’insère en haut sur le sommet de la malléole externe et, en bas, à la partie moyenne de la face externe du calcanéum.

II. Articulation astragalo-calcanéenne. — On l'a encore appelée sous-astragalienne ; c’est l'articulation de la face inférieure de l’astragale avec la face supérieure du calcanéum.

L’astragale présente à cet effet à sa face inférieure deux facettes articulaires, l’une antéro-interne convexe et l’autre postéro-externe, concave ; à chacune de ces

facettes astragaliennes répondent des facettes calcanéennes symétriques, mais conformées en sens inverse. Les facettes calcanéennes, comme les facettes astragaliennes, sont séparées l’une de l’autre par une rainure profonde, dirigée obliquement d’avant en arrière et de dedans en dehors ; elle s'appelle rainure astragalienne sur l’astragale, et rainure calcanéenne sur le calcanéum.

Toutes deux donnent respectivement attache au ligament interosseux de l'articulation; ce ligament va d’une rainure à l’autre; il est composé de faisceaux fibreux très courts et très résistants, les uns verticaux, les autres plus ou moins obliques ; ils sont constamment entremêlés de tissu adipeurx, et renferment la plupart des vaisseaux sanguins nourriciers de l’astragale, aussi, dans le cas de luxation, leur intégrité est-elle très importante; totalement détruits, l'os sera en grande partie voué à la nécrose, tandis que, dans le cas contraire, il pourra reprendre sa vitalité.

Deux autres ligaments appartiennent également à cette articulation, mais ils sont d'une importance bien secondaire, si on les compare au ligament interosseux. Ce sont:

L’un, ligament astragalo-calcanéen externe, mince et grèle, se portant de la face externe de l’astragale à celle de même nom du calcanéum.

L'autre, ligament astragalo-calcanéen postérieur, également très mince et s’insérant d’une part sur le bord postérieur de la gouttière du long fléchisseur propre et, d'autre part, sur la partie correspondante dela face supérieure du calcanéum.

IT. Articulation astragalo-scaphoïdienné.— L'extré-

NO

mité antérieure ou face antérieure de l’astragale est arrondie et constitue la tête, elle est continuée en arrière par une portion allongée et rétrécie que l’on nomme le col, et qui la réunit au corps de l’os. La tête, oblongue, à grand axe dirigé en bas et en dedans, est articulaire dans toute son étendue et se continue sans ligne de démarcation aucune avec la facette antéro-interne de la face inférieure.

Elle est reçue dans la cavité glénoïde du scaphoïde, agrandie par un fibro- cartilage qui occupe tout l’espace compris entre le scaphoïde et la petite apophyse du calcanéum. Ce fibro-cartilage constitue le ligament calcanéo scaphoïdien inférieur, triangulaire, dont le sommet, dirigé en dehors, répond au côtéinterne de la grande apophyse du calcanéum, et dont la base ou bord interne est trés épaissie par suite de la présence d’une couche de cartilage.

Outre ce ligament très résistant, il y en a encore un autre à la partie supérieure, c’est le ligament astragalo-scaphoïdien supérieur, quelquefois double et qui s'étend de la partie supérieure du col de l’astragale au

. bord supérieur du scaphoïde.

Tels sont, d’après M. le professeur Testut, les surfaces articulaires et les moyens d'union de l’astragale avec les os au milieu desquels il se trouve enclavé ; comme on peut le voir, en jetant un coup d’œil d'ensemble sur ces différentes articulations, l’astragale est plus solidement uni à la mortaise tibio-péronière qu’au calcanéum et au

scaphoïde ; il est comme emprisonné dans la mortaise.

Aussi les luxations sous-astragaliennes, l'os glissant sur le calcanéum et dégageant sa tête du scaphoïde, seront-elles plus fréquentes que les luxations doubles ou totales.

ue

Ces dernières, pour se produire, ont besoin de conditions spéciales, c’est ce qu’a exprimé M. le professeur agrégé Rochet!', dans les lignes suivantes :

« Ces déplacements réclament pour leur production une force énorme, et des sujets jeunes, vigourenx, à os résistants. Un choc brusque portant sur l'extrémité supérieure du tibia est transmis intégralement et de haut en bas par cet os à l’astragale ; celui-ci pressé entre le tibia et le calcanéum glisse sur ce dernier, s'incline dans tel ou tel sens, suivant l'attitude préalable du pied, brise le ligament interosseux astragalo-calcanéen et sort de sa cavité de réception. La jambe et Le pied doivent être l’un par rapport à l’autre dans une attitude spéciale autre que celle de la station debout normale, de façon que l’astragale puisse glisser sur ses facettes calcanéennes devenues obliques, grâce à l’inclinaison du pied dans tel ou tel sens. L’astragale presque complètement énucléé par une fente des ligaments peut réintégrer tout de suite sa loge sous l'influence d’un mouvement nouveau se produisant une fois le traumatisme épuisé, et alors même que tous les liens sont rompus, la luxation paraît n’avoir pas existé (cas de Poncet). » |

Nous n’insisterons pas sur les synoviales de ces diverses articulations ; elles s’insèrent au pourtour des surfaces articulaires, sont minces, et sont loin d’avoir assez de solidité pour étrangler la tête astragalienne qui les a dé-

chirées en se luxant et s’opposer à la réduction, comme le pensait Desault.

! Rochet, Mécanisme des luxations doubles de l’astragale (Revue d’orthopédie, 1890, p. 269).

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