‹ Luxations métatarso-phalangiennes du gros orteilChapitre 11 sur 15 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSERVATION PREMIÈRE (Inédite).

(Due à l'obligeance de M. le Professeur ForGueg).

R... Louis, âgé de 38 ans, portefaix, salle Delpech, 5. Pendant qu'il était occupé à transporter des marchandises, le 15 juin 1901, un faux pas lui fait faire une chute en arrière. Lorsqu'il étail ainsi à terre dans le décubitus dorsal, un sac d'un poids assez considérable lui tombe d’une hauteur de 3 mètres 50 sur le gros orteil, qui est ainsi porté en hyperextension, et dont l'articulation méta-. tarso-phalangienne se luxe. L’on essaie aussitôt, sans trop grande insistance, la réduction, mais on n'obtient aucun résultat. Le malade reste dans cet état durant 3 mois, et ce n'est que le 26 novembre 1901 qu'il se décide à rentrer à l'hôpital dans le service de M. le Professeur Forgue.

La radiographie, que l’on fit faire aussitôt, permit de constater nettement le chevauchement des deux os. L'opération fut faite le 28 novembre. Le malade fut anesthésié à l'éther, et M. Forgue pratiqua la résection de la tête de la première phalange jusqu'à son milieu. Cela lui permit de réduire facilement la réduction, et l’orteil fut maintenu en bonne direction par un appareil plâtré.

Le premier pansement fut fait le 24 décembre: la ligne de suture cutanée était absolument sèche et cicatrisée ; la déformation avait presque entièrement disparu, et le gros

RES a orteil obéissait imparfaitement aux ordres de flexion. On enleva les crins et commença le massage.

Le 5 janvier 1902, nouvelle radiographie montrant les deux os dans la rectitude et l'absence du déplacement. A l'inspection, pas de déformation ; aux mouvements provoqués, pas d’ankylose, mais le gros orteil n’appuie pas encore franchement sur le sol par sa face plantaire. Le malade sort le lendemain. Huit jours après il revient, et l’on peut reconnaître, à la palpation, la reconstitution de l'os sous la forme d'une coque osseuse, due à la conservation du périoste. La gêne de la marche disparaît de jour en jour.

OBsERvVATION II (Résumée).

(Quénu. Thèse de GARNIER, 1896).

M. X., officier de cavalerie, âgé de 25 ans, fait une chute de cheval le 6 décembre 1890. Son pied gauche fut pris sous le cheval et il eut très nettement la sensation que son gros orteil était renversé sur le dos du pied.Tentative de réduction à laquelle on crut avoir abouti, mais cinq semaines après, en enlevant l’appareil silicaté, on fut surpris de constater une déformation au niveau de l'articulation mélatarso-phalangienne et tous les signes d’une luxation en haut et en arrière de la première phalange.

Opération le 3 mars 1891, par M. le professeur Quénu, qui essaye de réduire,après avoir réséqué la tête du métatarsien, mais en vain. Ce n’est qu'après avoir excisé le sésamoïde que la réduction fut possible et facile à maintenir. Pansement et placement d’un petit drain.

Le 11 mars, enlèvement du drain, et le 14, c’est-à-dire 11 jours après l'opération, la cicatrisation était complète. Il n'existait plus de douleur ni spontanée ni à la pression. Le

— 34 — ; gros orteil était dans une bonne direction, avec un peu de raccourcissement,mais sans déformation.Le malade souffrait | en marchant, au niveau de l'articulation métatarso phalangienne; mais au mois de mai, ilavait repris son service militaire, etles douleurs, pénibles au début, avaient complètement disparu. Il existait des mouvements spontanés dans l'articulation du gros orteil avec le métatarsien. Bien plus tard après, le blessé à été revu par M. Quénu, qui a pu constater que les résultats fonctionnels s'étaient maintenus el étaient aussi satisfaisants que possible. -

OBSERVATION III (résumée)

(Barbier, citée par Beaufils)

Le 17 Messidor an IIL, Joseph Mayeur, chasseur à cheval, tombe avec son cheval au manège. N'ayant pu dégager à temps son pied de l'étrier, tout le poids du cheval porte sur le gros orteil, qui se luxe avec issue de la tête De à travers les téguments.

Tentatives nombreuses, mais inutiles, de réduction.

Barbier se décide aussitôt à réséquer le métatarsien. Il taille un lambeau triangulaire dont le sommet aboutit à l'articulation luxée et la base répond à la jonction du métatarse avec le grand cunéiforme.

I relève ce lambeau en arrière, détache les parties molles environnantes, et, parvenu à l'articulation tarso-métatarsienne, il enfonce la pointe de son bistouri dans le ligament supérieur et dans la capsule qu’il divise, pénètre entre les surfaces articulaires et finit par couper avec beaucoup de difficultés le trousseau ligament fixe, fort et serré qui se trouve à la face plantaire.

La cicatrisation, qui allait bien, futretardée par une impru-

dence de l'opéré, qui, curieux de s'assurer s’il lui serait facile de marcher, essaya de s'appuyer également sur ses deux pieds. La conséquence fut la formation d'un phlegmon, qui n'eut pas de suite grave, mais retarda la cure. Résultat définitif: Cicatrice profonde et progression facile, mais l’orteil n’y aidant en rien, sans toutefois avoir l'inconvénient de rendre les mouvements plus pénibles.

OBsERvATION IV (Lloyd, Lancet, 1892)

William G..., groom, âgé de 40 ans, se luxe le gros orteil droit dans une chute du cheval qu'il montait et qui glissa sur une route de granit. Son talon, d’après les renseignements fournis par le blessé lui-même, toucha d'abord la terre, et, son pied étant dans la position verticale, tout lel

poids porta sur le bout de sa botte. 11 ressentit une forte

douleur etne put se relever: son gros orteil était complètement luxé sur le dos du métatarsien et se trouvait en abduction légère et fléchie au niveau de l'articulation phalangienne.

Après avoir endormi le blessé, nombreuses tentatives de réduction par traction et manipulations dans tous les sens, qui toutes furent sans résultat. Le lendemain, anesthésie et incision verticale dont le centre correspondait à la tête du métatarsien siégeant immédiatement sous la peau.

Cette tête fut trouvée entre les deux clefs du muscle court fléchisseur du gros orteil. Le ligament antérieur, avec ses os sésamoïdes, était arraché du métatarsien et constituait le principal, sinon l'unique obstacle à la réduction. Le tendon du long fléchisseur était sur le côté interne du métatarsien: je pratiquai une incision verticale sur le ligament antérieur, au niveau de la ligne médiane entre les os sésamoïdes. La

réduction se fit immédiatement, mais la luxation se reproduisait aussitôt.

On sutura au catgut la plaie faite entre les os sésamoides, la capsule et les muscles, et la réduction devint permanente. Tout autour, les tissus élaient infiltrés de sang coagulé : on ne coupa aucun vaisseau au cours de l'opération. On saupoudra avec de l’acide borique, on mit un petit drain dans la partie déclive de la plaie, on sutura la peau et on fit un pansement sec. Immobilisation du membre. Le 26 juin, premier pansement: réunion parfaite ; on relire les drains et suture. Température, 78°2 (Farenheit). Le 13 Juillet nouveau pansement, l’orteil est en parfaite position. On applique un appareil plâtré, et quelques semaines après, il reprenait ses occupations.

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