‹ Luxations métatarso-phalangiennes du gros orteilChapitre 7 sur 15 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Symptomatologie

Les symptômes que nous aurons à examiner dans ce chapitre sont communs à toutes les luxations, et offrent surtout une grande analogie avec ceux des luxations du pouce.

- Subjeclivement, nous y voyons une extrême douleur qui n'aurait garde de faire défaut iei devant l'effort violent déployé pour déplacer la phalange. Au moment de l’accident, en outre de la douleur, le blessé perçoit dans certains cas un craquement, et ne peut le plus souvent appuyer le pied sur le sol pour continuer sa marche. Quelquefois, comme dans le cas observé par M. le professeur Quénu, le blessé a la sensation précise que son gros orteil se redresse. De plus, les mouvements volontaires sont absolument impossibles, et fréquemment, le frôlement seul, sans parler de la pression, réveille chez le malade une acuité de la douleur et lui arrache facilement des cris déchirants.

Si nous nous plaçons au point de vue objectif, nous constatons comme signes de la luxation : d’abord un 7accourcissement sensible de l’orteil, qui varie suivant les cas. Il est en effet aisé de comprendre que la phalange chevauchera plus ou moins loin sur la face supérieure du métatarsien, en raison directe de la force du traumatisme. Il peut varier de quelques millimètres à un et deux centimètres. Cependant, lorsque l’orteil est infléchi en Z, il est assez difficile de dire

s’il est raccourci ou non, mais lorsqu'il a conservé sa rectitude, le raccourcissement est constant et presque toujours aisément appréciable à la vue.

Nous remarquons ensuite comme signes de laluxation, sur la face dorsale du pied, une saillie et une dépression immédiatement après, faciles à reconnaitre. La saillie peut mesurer de un centimètre et demi à deux centimètres et est formée par l'extrémité postérieure de la phalange montée sur la tête mélatarsienne. La dépression en coup de hache est “brusquement limitée par la cupule articulaire de la phalange. D'ailleurs, toute l'étendue de cette cupule, s’il n’y a pas toutefois de gonflement trop considérable, et si le tendon de l’extenseur ne forme pas de corde tendue et peu dépressible, entravant l’exploration, se reconnaît (rès facilement avec le doigt, et il est aisé d’en apprécier la forme.

Sur la face plantaire, nous retrouvons ordinairement quelque chose d’analogue à ce que nous avons rencontré sur la face dorsale, mais en sens inverse ; c’est-à-dire une saillie osseuse formée ici par la tête du mélatarsien, en avant * de laquelle se trouve une dépression. Mais ces symptômes

sont bien moins sensibles et moins néttement limités qu'à

la face dorsale, à cause probablement de l'épaisseur du coussinet adipeux digitoplantaire et quelquefois aussi peutêtre à cause de la pression des os sésamoïdes.

Inutile d'ajouter que la plupart de ces signes, si caractéristiques pourtant, font enlièrement défaut, si la phalange est placée verticalement en extension forcée sur le méta-

tarsien. Mais, dans ce dernier cas, la forme de l'orteil est tellement typique, que cé seul signe auquel nous allons consacrer quelques lignes, joint à l'impossibilité des mouveméents, nous dévoilera ‘sans peine l'existence de la luxation. 2 Lure PRE La déformation est à peu près constante dans’ ces luxa-

tions, mais ne présente pas les mêmes caractères dans tous les cas. Aussi, bien souvent le pied ne nous présentera qu'une augmentation de hauteur d’autant plus grande que la saillie de la face dorsale sera plus forte. En même temps, on y voit une divergence de direction de l'orteil, selon que la luxation se produira en dedans ou en dehors. D’autres fois, lorsque l’orteil est en hyperextension, il se redresse presque verticalement sur son métatarsien, la deuxième phalange étant fléchie sur la première, de telle sorte que les trois os métatarsiens, première et deuxième phalange, figurent par leur disposition la forme que nous avons déjà signalée d'un Z à angles obtus.

En dernier lieu, nous ajouterons que les mouvements communiqués sont excessivement douloureux. L'extension peut aussi facilement s'obtenir, mais la flexion s'effectue très rarement. En revanche, Michon a démontré qu'on imprimait sans peine des mouvements de latéralité bien plus prononcés que sur le pied sain. Pour cet éminent praticien, ce signe serait même caractéristique de la luxation incom- . plète, qu’il admettait en se basant sur une seule observation, où la luxation fut jugée incomplète à la suite de mensurations qui, tout en étant exactes, ne furent pas interprétées justement. Il nous paraît inadmissible que la luxation ainsi constituée, c’est-à-dire avec les surfaces articulaires conservant encore en certains points leur contact, puisse résister à tous les efforts de réduction, comme Michon le prétendait dans son observation. Nous avons garde d'en conclure que la luxation de ce genre n'existe pas du tout, car nous savons très bien, par les expériences sur le cadavre faites par M. Paulet à ce sujet, qu’on peut arriver à la produire en exagérant progressivement l'extension de l’or- Leil, mais nous avons vu, d'autre part, qu'on peut toujours

és is sn) “ dre

EC, out ramener la phalange à sa position normale avec une extrême facilité .

Par le simple exposé des symptômes, il est facile de comprendre que le diagnostic de ces luxations s’imposera d’emblée, et qu'elles ne pourront être confondues avec d’autres lésions pouvantse produire sur la même région.

Quant au pronostic, il dépendra de la plus ou moins grande réductibilité offerte par la luxation Il sera relativement bénin, si le chirurgien parvient, sans trop de difficulté, à la réduire, et le malade en sera quitte pour quelques jours de repos. Tandis que, s’il est difficile de la réduire par les procédés ordinaires, le blessé court le risque d’une intervention chirurgicale, qui, hâtons-nous de le dire, n’offrira

aucun danger et amènera, dans la grande majorité des cas,

une amélioration notable dans l’état du malade.

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