CHAPITRE V
Traitement
Dans ce chapitre, nous aurons à enregistrer un grand nombre de procédés employés jusqu'à nos jours. On peut cependant les résumer sous quatre chefs principaux : 1° traction avec la main ou au moyen de procédés divers ; 2° impulsions ; 3° traction et impulsion combinées ; 4° enfin, lorsque tout essai de réduction est infructueux, on aura recours à la méthode sanglante. Suivant les cas et la difficulté de la réduction, on s'adresse à l’un ou à l’autre de ces procédés.
Réduction par :
1° Traction. — I] était naturel qu’on cherchât à réduire cette luxation par des tractions avec la main. Dupuy essaya de cette manière. Mais on ne parvenait pas à réduire le déplacement avecla main, qui tirait, se fatiguait bientôt par la répétition des efforts de traction, et on la remplaça par des instruments, qui non seulement suppléaient à cet inconvénient, mais exagéraient la force de traction, pour aboutir presque toujours à un échec définitif. C’est ainsi qu'on utilisa des lacs, une clef dans l'anneau de laquelle on introduisait l’orteil, la pince de Charrière, et même la machine de Jarvis.
2° Réduction par impulsion.— Devant l’inefficacité de ce procédé, l’on s'adresse à l’inpulsion. Pour la produire, le
chirurgien embrasse le pied avec ses deux mains, les index croisés sur la saillie plantaire formée par la tête du méta-
æ larsien qu'ils repoussent d’arrière en avant, en la faisant glis-
ser sur ce dernier os. Ici encore, on se servit de moyens divers, pour remplaçer les mains et produire une force plus grande : ainsi le tourniquet de J. L. Petit, dans le cas de Michon, à qui Malgaigne avait conseillé d’enfoncer hardiment un poinçon dans la partie postérieure de Ja phalange déplacée, et de repousser cet os en avant et en bas avec toute la force dont il pouvait disposer.
3° Réduction par impulsion et traction combinées. — Nous avons dit qu'en troisième lieu, on s'était décidé à joindre
l'impulsion à la traction. Nous n’ajouterons rien à ce qui
vient d’être énoncé, si ce n’est que le chirurgien, en pareille
circonstance, pendant qu'il se livrait lui-même aux manœuvres d’impulsion déjà indiquées, s’adjoignait un aide chargé de produire une traction aussi vigoureuse que le lui permettaient ses forces.
Ces trois procédés étaient surtout en usage à une époque où l’on ignorait la véritable cause de L'irréductibilité de ces luxations. Il est bon, à ce sujet, de citer le cas de Collette où l'on peut juger très nettement de l'embarras, très explicable d’ailleurs, où ce chirurgiense trouva pour traiter une luxation du gros orteil. Il lui était, en effet, parfaitement possible par des manœuvres trop souvent répétées, de faire céder et avancer la phalange jusqu'au devant du métatarsien. Il aboutissait ainsi à une réduction relative, mais combien peu stable, puiqu'elle cessait dès qu'on ne la maintenait plus dans cette position-là. S'il avait connu l’axiome de Farabeuf, sur le pouce qui s'adapte très bien au gros orteil: « La phalange n’est rien, les os sésamoïdes sont tout », il eût trouvé immédiatement l'explication de ces récidives ; il aurait