‹ Lycée (volume 2)Chapitre 15 sur 71 · SECTION IX · texte numérisé non relu

SECTION IX

Parallèle d*£lectre et d'Oreste.

Voltaire , en donnant une Sémiramis après celle de Grébillon , n'avait à combattre que les préjugés 'et l'envie, qui font un crime à l'homme supérieur de se servir de tous ses avantages; mais, en traitant le sujet di Electre après le même écrivain y il avait des difficultés réelles à surmonter. Electre était en possession du théâtre, et, malgré tous ses défauts , n'était pas indigne de cet honneur. Dans un semblable sujet tracé par les anciens, il y a des beautés premières qui ne peuvent pas échapper à un homme de talent ; et , pour les remanier après lui avec succès , il faut le double de travail et de mérite. Mais celui qui , pour son coup d'essai, avait lutté si heureusement contre \ Œdipe de Corneille, dans le temps où cet OEdipe était encore applaudi , avait fait voir assez qu'il n'était pas timide ; et comme V Electre valait beaucoup mieux que Y OEdipe , cette nouvelle lutte devait être beaucoup plus pénible , et la victoire plus glorieuse. Aussi fut-elle bien plus long-temps contestée , et même celui qui devait

PARALLELE D^ELECTBE ET d'oRESTE. Il3

Vaincre parut d'abord vaincu. L'opinion du moment fut entièrement contre lui, et celle des connaisseurs ne commença à se faire entendre qu'au bout de douze ans, lorsque la pièce fut remise, en 1762. Mais, malgré le succès complet quelle eut alors, des circonstances particulières, qui font nécessairement dépendre les productions dramatiques des petites passions et des petits intérêts de ceux qui les exécutent ^ , empêchèrent encore pendant plus de vingt ans qviOreste ne reparût sur la scène. Il y est enfin établi depuis quelques années ; et plus on l'y verra , plus il sera goûté par les amateurs de la belle nature , et de cette simplicité antique, qui sera toujours pour les bons juges le premier fondement de la véritable tragédie.

Parmi les sujets où Crébillon et Voltaire ont été en concurrence , Electre est le seul où le premier puisse entrer en comparaison avec le second, au moins dans quelques partie^. Les deux pièces

^ Ce fut mademoiselle Clairon qui , en i 762 , attira tout Paris aux représentations d^Oreste, où Ton sait que le rôle d'Electre est prédominant. Madame Yestris, qui remplaça mademoiselle Clairon, fit de vains efforts pour obtenir qu'on remît la pièce : Brizard, qui avait un rôle brillant dans Palamède, et un médiocre dans Pammène, écai'ta toujours la reprise à!Or€ste, qui, dans ce temps, ne fut guère joué que pour les débuts, entre autres pour celui de mademoiselle Raucourt, mais toujoui*s avec beau * coup de succès.

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