‹ Lycée (volume 2)Chapitre 21 sur 71 · ORK8TI · texte numérisé non relu

ORK8TI

Ce palais, ce tombeau....

PAMMÈIIE.

Ce palais red<)uté Est par Égi&the même en ce jour habité.

Mes jeux ont vu jadis élever cet ouvrage Par une main plus digne et pour un autre usage. Ce tombeau (pardoonez si je pleure à ce nom) Est celui de mon roi, du grand Agamemnon.

OKESTE.

Ahl c*en est trop: le ciel épuise mon courage.

PTLÂDB, à Oresie, Dérobe-lui les pleurs qui baigneut ton visage.

riMMÈNE.

Étranger généreux, vous vous attendrissez.

Vous voulez retenir les pleurs que vous versez : Hélas! qu*en liberté voire cœur se déploie; Plaignez le fils des dieux et le vainqueur de Troie. Que des jeux étrangers pleurent au moins son sort, Tandis que dans ces lieux on insulte à sa mort.

Oreste, de plus en plus ému, demande si Electre est dans Argos; on lui répond : JZlle est ici. A ces mots , il n'est pas maître de son premier mouvement; il veut courir vers elle. Pylade, qui veille sur lui, le retient; il prie le vieillard de les conduire au temple voisin, où ils doivent rendre grâces aux dieux qui les ont sauvés du naufrage. Oreste, toujours plein des mêmes idées, moins prudent et plus sensible que Pylade, comme cela devait être , reprend aussitôt :

Menez-nous à ce temple, à ce tombeau sacré.

ld§ COURS &R UTIÛftAITOMS.

Où repose un héros lâchement massacré.

Je dois à sa grande ombre un secret sacrifice.

PAMXXNX.

Vous, seigneur? 6 destins l à céleste justice 1 £h quoi 1 deux étrangers ont un dessein si beau ! ils viennent de mon maître bonorer le tombeau I Hélas ! le citoyen timidement fidèle N'oserait en ces lieux imiter ce saint zèle.

Dès qu'Égisthe paraît, la piété, seigneur.

Tremble de se montrer, et rentre au fond du cœur.

J 'ose attester ici tout ce qu'il j a (Thommes équitables et instruits : la magie des couleurs locales , qui est celle du poète comme du peintre , ne nous a-t-elle pas transportés au milieu de ia Grèce , au milieu des monumens de la famille des Atrides , de leurs infortunes , de leurs tombeaux , de leurs dieux? Ne s'imagine-t-on pas entendre un fragment d'Homère ou de Sopbocle? Ne respire-t-on pas, pour ainsi dire, l'air de Tantiquité? Peut-on voir sans émotion toutes ces atteintes successives qui frappent Tâme sensible d'Oreste , les alarmes de son and, la joie naïve de ce vieiuc serviteur d'Âgamemnon, son attachement à ses maîtres, et ses pieuses douleurs? Et c'est là ce qui a été si longtemps méconnu , ce qu'on a voulu tourner en ridicule! Et quand Voltaire disait , c^est du S(H phocle , on répondait dérisoirement :

Excusez-nous , monsieur, nous ne sommes pas Crect.

Plus la justice a été loDg-4emps attendue , plus il

VOLTAIRE. O RESTE. iS^

faut qu'elle soit complète. C'est aujourd'hui qu'il faut dire aux rieurs et aux plaisans : Non , certes , vous n'êtes pas Grecs. Mais les Français qui ont Jdu goût et de l'esprit sont des Grecs à notre théâtre quand on y joue une tragédie du tbéàtre d'Athènes; et il n'y a qne des barbares qui aient pu tolérer sur celui de Paris une Iphianasse et un ItjSy et siffler le grand poète qui nous rendait le génie de Sophocle, et qui l'embellissait. Cette belle scène n'est point dans Sophocle : mais il s'y serait reconnu, il l'aurait enviée; et il n'appartient qu'aux plus illustres modernes d'imiter les anciens de manière à les rendre jaloux.

A la vue d^gistlie qui survient avec Clytemnestre, Panimène fait retirer les deux étrangers; mais le tyran, qui les a tous deux aperçus, demande ce qu'ils sont, et surtout celui dont l'air €t la démarche l'ont frappé davantage.

PJLMMÈinE.

Je connais son malheur et non pas sa naissance.

Je devais des secours à ces deux étrangers ,

Jetés par la tempéle à travers ces rochers :

S'ils ne me trompent point , la Grèce est Jein* patrie.

ÉCTSTVK.

Répondez d*euz , Pamméne : il j va de la vie.

CLTTSMNESTBE.

Eh quoi! deux malheureux, en ces lieux abordés, D*un œil si soupçonneux seraient-ils regaxdés?

l88 COURS DE LITTÉRATURE.

EGISTHE

On murmure, on m*alarme, et tout n^e fait ombrage.

CLTTEMNESTRE.

Hélas ! depuis quinze ans c*e8t là notre partage I

Nous craiguons les mortels autant que Ton nous craint ;

Et c*est un des poisons dont mon cœur est atteint.

Ê6X8THE, à Pammène,

Allez, di&je, et sachez quel lieu les a vus naître. Pourquoi près du palais ils ont osé paraître , De quel port ils partaient, et surtout quel dessein Les guida sur ces mers dont je suis souverain.

Cette scène, par elle-même, semble peu de chose , et pourtant rien n*y est négligé : tout y est adapté avec soin aux moyens et aux caractères. Ces alarmes accusent un tyran , et les ordres qu'il donne à Pammène de prendre d'eux des informations si exactes mettront naturellement ce vieillard à portée de reconnaître le fils de son roi, et de se concerter avec lui pour tromper Egisthe. Cette attention à lier tous les incidens l'un à l'autre, à ne laisser aucun vide dans l'action , contribue, plus qu'on ne le croit communément, à fonder la vraisemblance, donne à tout l'air de la vérité , et c'est une des parties de l'art aujourd'hui la plus généralement oubliée.

Cljtemnestre , vos dieux ont gardé le silence ,

dit Egisthe en insultant aux frayeurs rehgieuses de son épouse. Il veut qu'elle s'en remette uni-

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