VOLTAIRE. ORESTE
de beautés. Chez lui Égisthe est nul : dans Voltaire , il est ce que doit être un tyran , vigilant , soupçonneux 9 féroce, implacable; il n'est trompé que quand il doit Tétre, et ne périt que par une x^évolution qu'il ne peut pas prévenir. Dans Crébillon , Glytemnestre est peu de chose ; elle ne parait que dans deux scènes pour raconter un songe et pour expirer aux yeux de son fils. On a vu ce qu'elle est ici : c'est un des personnages les mieux conçus dont le poëte ait dû s'applau* dir. Il résulte de l'analyse des deux pièces , que , si Y Electre balance encore Y Ores te au théâtre , malgré la supériorité réelle du dernier, c'est que les avantages de Voltaire se font sentir surtout dans les trois premiers actes , et ceux de Grébillon dans les deux derniers.
OrestCj dans sa nouveauté, fut encore plus maltraité que Sémiramis; et il faut avouer que le cinquième acte , tel qu'il était à la première représentation , dut prêter à la mauvaise volonté. Il était si défectueux dans les moyens et les préparations du dénoûment, que l'auteur se crut obligé, pour en faire un autre, de retarder de huit jours la seconde représentation. C'est dans cet intervalle qu'il le fit tel qu'il est demeuré , et notamment le beau récit de Pylade , qui réussit beaucoup. Mais, d'ailleurs, le déchaînement con* tre Voltaire était au comble , et ce fut quelques mois après qu'il quitta la France , et pour long«
2l8 COURS DE LITTiRATCBE.
temps. On voulait alors à toute forée le saciifiec à Crébillon , et on le trouvait inexcusable de vouloir faire mieux que lui. Si les honunes étaieni plus attachés à leurs véritables intérêts qu'à leurs passions n^l entendues, il n'y aucaii à faire quui» raisonnement bien simple. Kous a^avicus perâl de Sémiramis au tbéàtre , quoique Crébillon ea eût fait une : Voltaire nous a donné la sienne^ qui est restée; tant mieux. Nous avions une Electre où il y a des beautés et une multitude de fautes : en voici une où il y a queues défauts et une foule de beautés; tant mieux aicore. Il y a de la place pour tout le monde, pourvu que cba* cun soit k son rang. Un graoïd écrivain doat le nom respecté de TEurope entière n'a servi quà conduire son fils à Téchafaud , dans la seule révolution qui pût y traîner les noms de Bu&n et de Fénélon , Buffon a dit quelque part : « L'empire » de l'opinion n'est-il pas assez vaste pour qu'il » soit permis à chacun d y habiter en repos ? » Il a raison ; mais l'empire de l'opinion n'en sera pas moins dans tous les temps celui de la dii»* corde.
OBSERVATIONS SDR lE STYLE p'oaESTK.
1. £t d'an œil vigilant , épiant sa conduite , 11 la traite eo esclave et la traîne à sa suite.
Vigilant y épiant , il la traite^ il la t route; ces
fOLTAlRB. OBESTE. 21}
consonnances y d voisines les unes des autres^ o£* fensent les oreilles délicates.