‹ Lycée (volume 2)Chapitre 3 sur 71 · M££OP · texte numérisé non relu

M££OP

Quoi ! ce jeune inconnu 8*est armé contre toî? Tu n'aurais emplojé qu'une juste drfensc ?

ÉGI8THE.

J'en atteste le ciel : il sait mon innocence. Aux Lords de la Pamise , en un temple sacré , Où Fun de yos aîenx, Uercitle, est adoré.

J'osais prier pour tous ce dieu yengeur des crimes. Je ne pouvais ofiirir ni présens Jii victimes; Né dans la pauvreté, j'ofirais de simples vsnx» Un cœur pur et soumis , présent des maDieureux. Il semblait que le dieu , fonchë de mon iKjmmage , Au-dessus de moi-même élerâitmon coiapage.- Beux inconnus armés m'oBt alxMrdë. soudain.

L'un dans la fleur des ans, Tantre vers son déclin. Quel est donc, m'ont-ils dit, le dessein qui te guide? £t quels voeux formes-tu pour la racse d*Meîde? L'un et l'autre à ces mots ont levé le poi{iiaid« he cief m'a secouru dans ce triste hasard:

Cette main du plus jeune a puni la furie ; Percé de coups, madame, il est tombé sans "vie; L'autre a fui lâchement , tel qu'un vil assassin. Et moi , je l'avourai , de mon sort incertain , Ignorant de quel san^ j'avais rougi la terre , Craignant d'être puni d'un meurtre involontaire « J'ai traîne dans les flots ce corps 'ensanglanté. Je fujab, vos soldats .m'ont inentôt anéié s Ils ont nommé Mérope, et j'jsi rendu les âimcs.

lisez le récit de Maffei, tout y est îndiflFérent : dans celui-ci tout a un effet manjné, sans que rien avertisse d'un dessein. Là, c'est un brigand qui attaque Egisthe sur le grand chemin, et veut lui prendre ses. haHta; Ég^sihe le tetrasM et.le tne.

VOITAIBS. M^SOPS* 2J,

ensuite il le jette cUns la Pamise; et le poëte, qui n^lige tant les acoessoires théà trais, recherche ceux de la poésie si mal à propo^^ , qu il s'amuse k £dre une description épique du bruit que &it le rsorps du brigand: jeté dans l'eau* Ici , quel cboÎJâ de ciroonatanees! Égisthe invoquait. Hercule dans un.temple; il l'invoquait pour Mikope.: trx)p pau-* vreipouroffiir un sacrifice^ iLofibaiti

De simples vœux,

tJn cœur pur et soumis « pfé8^&ikt<des malheureux.

Quel intérêt dans Faction «et dans l'expression!

Il semblait que le dieu, touciié^e mon Lommage, Au-dessus de-«o»-iiAne cètTAtiaen ^ o of agei.

€'est faire pressentir par avance là protection que promet Hercule à ce jeune descendant dés dieux; et de plus , cette protection rend plus vraisemblable la victoire qu'il. remp<Mnte à.c€ivAge;aur deux adversaires armés contre lui.

Quel est donc , m*omt'iIs dit, le dessein ^i te guide? El qnels^'WQUQC fèrmcs-Ui >pour ia race dWloide f

n n'en Êiut pas davantage pour nous faire com« prendre que les deux assaillans sont du nombre des satellites de Pol jphonte. Dans M^ffei ^ on ne sait pas quel est l'homme qu'Egisthe a tué : c^est une faute;. tout doit être expliqué dans la tragéet tout doit tenir au. plan.

Il*: ûnt jtoiamé llérope » .et j ai remdvL les. ansM».

aS COUKS DE LITTERATUBE.

On pouvait mieux terminer ce récit , qui est un cheM'œuvre d'art et de stjle. Ce sentiment, fidt pour attendrir Mérope, va s'expliquer dans la suite de la scène : il sert dès ce moment à mettre de l'intérêt et de la noblesse jusque dans la manière dont Égisthe a été arrêté. Le poète n'a rien négligé : il est juste de lui tenir compte de tout.

Mérope est émue de ce récit d'Égisthe; elle pleure.

BU1ICLÈ0.

Eh ! madame, d*oii vient que tous Tersez des larmes?

MÈBOPB.

Te le dirai-je? hélas I tandis qa*il m*a parlé.

Sa Yoix m'attendrissait, tout mon cœur s*est troublé.

Cresphonte , 6 ciel !••• J*ai cru.... Que j*en rougis de bonté!

Oui , j*ai cru démêler ^elques traits de Cresphonte.

Jeux cruels du hasard, en qui me montrez-TOus

Une si fausse image et des rapports si doux?

Affreux ressouvenir! Quel yain songe m*abusel

Ce trait heureux est indiqué par M affeî. « Is- » mène (dit Mérope à sa confidente)! en ouvrant D la bouche, il a fait un mouvement de lèvres qui » m'a rappelé mon époux; il me Ta retracé conutne » si je le voyais. » Mais c'est une observation isolée, qui ne dent à rien , qui ne dit rien au coeur de Mérope, qui n'excite aucun trouble en elle, I ni par conséquent en nous : ce jeune étranger lui est encore indiffèrent. Ici il a déjà causé des alarmes; elle cherche quelques lumières; et la suite de

cet entretien va faire naître en elle des alternatives d'espérance et de craînte. Qu'il est beau d'imiter ainsi ! Ce n'est pas faire quelque chose de rien; mais c'est faire beaucoup de peu de chose.

SDRIGL£S.

Rejetez donc , madame , un soupçon qui l'accuse : Il n a rien d'un barbare , et rien d'un imposteur.

MÊROPE.

Les dieux ont sur son front imprimé la candeur. Demeurez : en quel lieu le ciel vous fit-il naître?

ÊGISTHS.

En Élide.

MEROPE.

Qu*enlends-je ! en Elide! Ah! peut-être..,.

L*£lide.... Repondez.... Narbas tous est connu? Le nom d'Égisthe au moins jusqu'à vous est venu ? Quel était votre état, votre rang, votre père?

ÉGISTHE

Mon père est un vieillard accablé de misère ; Poljcléte est son nom. Mais, Egistbe, Narbas, Ceux dont vous me parlez , je ne les connais pas.

Ces vers sont parfaits : il n'y a que la rime et la mesure qui les distinguent de la prose; et, pour peu qu'il y eût ici quelque chose de plus , tout serait perdu. Sachons gré à l'auteur de cette simplicité précieuse , sans laquelle il n'y avait plus de vérité.

MÈaOPB.

dieux! vous tous jouez d'une triste mortellel TaYais de quelque espoir une faibl« étincelle »

3o CaUS !BE Lrm&HATURE*

TeatreyojaU le jour ; et mes jeux aflligés

Dans la profonde nuit 6ont déjà replongés.

et ^el rang Tos parens tiennent-ils dans la Grèce?

A cette question , je crois voir d*ici tous nos déclamateurs se guinder sur leur sublime , monter sur un amas de grands mots, de là nous prêcher l'égalité primitive , et mettre même la cabane audessus du trône : à coup sur ils n'auraient pas trouvé d'autre mfoyen d'agrandir Egisthe aux yeux de Mérope. Mais Voltaire , qui savait qu il ne faut point combattre l'orgueil des grandeurs par l'orgueil de la pauvreté, sous peine de rendre l'un tout aussi peu intéressant que l'autre ; que , pour avoir la dignité de son état , il faut en avoir la modestie, et que la seule fierté que Ton aime est celle qui tient à la noblesse des sentimens, et non pas au faste des prétentions ; Voltaire a mis dans la réponse du jeune homme le seul caractère qui pût l'élever au-dessus de sa condition, cette dignité modeste que personne n'est tenté d'humilier, et que tout le monde se croit obligé de respecter.

Si Iff Tcrlirsnffit ponr faire la noblesse ,

Cens dont je tiens le jour, Polydéle^ Sirrîs,

Ne sont point des mortels di^es de vos mépris.

Leur sort les avilit; mais leur sage constance

Fait respecter en eux l'honorable indigence.

Sous ses rustiques' toits mon père vertueux

Fait le bien , suit les lois , et ne craint qne' les dieuZt

Je ne louerai ,poiut ces vers divins ; œliiiMsirm'en dispense :

MEROPE.

Cha^e mot ^*il me dit est plein de nouyeanx charmes.

Le spectateur le sent si bien, comme elle , qu'on ne songe pas même à ce témoignage flatteur que se rend ici- à lui-même le poëte qui a fait parler Egisthe. Personne ne songe à y voir la moindre apparence d'amour-propre : c'est qu'en effet il n'y en a pas , « et qu'il est évident que l'illusion dramatique agit sur lui comme sur nous. Mais ce qui suit surpasse tout :

Pourquoi idonc le^itter? fKmrqaoiosuser ses» larmes? Sans doute , il est affreux d*étre privé d'un fils.

Je ne me lasserai point d'observer que, dans toute cette scène, Egistbe est sans cesse présent à l'es- :prit de Mérbpe, tandis que Maffei n'a guère £iit «utre diose que de le mettre sous ses yeux. C'est la râimon de l'un et de l'autre qui est vraiment de [ içénie; et ce qui en résulte de plus beau , c'est peut- . être ce retour que fait ici Mérope sur elle-même, ittqui amène, d'une manière à la fois si naturelle et â touchante la question qui va mettre Egistbe dans le cas'de nous dire ce quenous devons savoir, pourquoi il se trouve dans Messéne. Maffei :ne nousen dit rien , et cet exemple, parmi cent satres , pouvait lui apprendre que l'observation

3^ COUilS DE LITTERATURE.

des règles essentielles est pour le vrai talent une source de beautés.

Un vain désir de gloire a séduit mes esprits,

On me parlait souvent des troubles de Messène ,

Pes malheurs dont le ciel ayait frappé la reine ,

Surtout de ses vertus , dignes d*un autre prix.

Je me sentais ému par ces tristes récits.

De rËlîde , en secret , dédaignant la mollesse^

J*ai voulu dans la guerre exercer ma jeunesse.

Servir sous vos drapeaux , et vous offrir mon bras:

Voilà le seul dessein qui conduisit mes pas.

Ce faux instinct de gloire égara mon courage;

A mes parens flétris sous les rides de Tâge ,

J*ai de mes jeunes ans dérobé les secours :

C'est ma première faute ; elle a troublé mes jours*

Le ciel m*en a puni : le ciel inexorable

M*a conduit dans le piège et m*a rendu coupable.

Que de motifs d'intérêt se réunissent ici sur Égisthe, et tous conformes à la vraisemblance des faits et des mœurs ! Ce zèle pour Mérope , cet empressement à la servir, qui est à la fois le premier élan de la gloire dans un jeune héros , et le pre* mier instinct de la nature dans un fils; mais surtout cette piété filiale qui le force à se reprocher comme une faute ce qu'à son âge il était si èxcu^. I sable de prendre facilement pour un noble désir de gloire : tout doit nous charmer dans ce jeune homme ; mais en même temps tout est vraisemblable. Ses sentimens pour Mérope sont ceux que Narbas a dû lui inspirer ; ils appartiennent à son éducation autant qu'il sa naissance : et ce tendre

respect pour la vieillesse et la pauvreté de ses parens est une de ces vertus qui se cachent le plus souvent dans l'obscurité des dernières conditions^ comme si la nature , par une sorte de compensation bien équitable , eût voulu rendre ses affec- . .lions plus puissantes et ses consolations plus douces pour ceux que la fortune et la société ont chargés des plus grands fardeaux.

N'oubliez pas, messieurs, qu'excepté la ressem* bknce d'Egisthe et de Cresphonte il n'y a pas jusqu'ici dans Maflfei la plus légère trace de tout ce que vous avez admiré dans Voltaire. Je ne saurais trop le redire pour confondre l'indécente absurdité de ceux qui ont tant de fois appelé l'auteur de Mérope le copiste de Maflfei. Je n'omettrai aucun des endroits où il a profité de la pièce italienne; mais je me crois obligé de faire voir quelle foule de beautés il a tirées de son propre fonds, et à quel intervalle il a laissé derrière lui l'ouvrage qui a précédé le sien. Il lui doit, par exemple , les vers qui terminent cette scène : le sentiment en est vrai et touchant ; mais il me semble que l'expression en est embellie dans Voltaire , et il est incontestable que l'avantage de la situation les rend chez lui plus intéressans. Dans Maflfei , Mérope , par un simple mouvement de pitié , exhorte Polyphonte à user d'indulgence envers ce jeune étranger, à ne pas le livrer à la rigueur des lois. Polyphontey consent, et le laisse entre les mains XI. 3

d'un de ses oi&ciers, Adraste, qui le lui a amené. Mérope alors engage Adraste à traiter son prison nier avec douceur. « Adraste , prenez quelque » compassion de cet infortuné : quoique esclave et » pauvre, il est homme enfin , et il commence de » bonne heure à sentir les misères de la vie. » Et à part : « Hélas l ce fils que je cache à toute la terre » est élevé dans le même état, et n est pas moins 31 misérable. N'en doute point, Ismène, si mes » regards pouvaient pénétrer jusqu'aux lieux éloi- » gnés qu'il habite, je le verrais semblable à ce- ^ lui-ci , et couvert des mêmes vêtemens. »

Voltaire a senti le mérite de ce morceau , et Ta placé après celui que je viens de citer, où Égisthe a dit que le ciel l'a rendu coupable.

MEROPE.

11 ne Fest point ; j*en crois son ingénuité : Le mensonge n*a point cette simplicité.

Tendons à sa jeunesse une main bienfaisante ; Cest un infortuné que le ciel me présente :

U suffit qu*il soit homme et qu il soit malheureux. Mon fils peut éprouver un sort plus rigoureux, n me rappelle Egisthe, Égisthe est de son âge : Peut-être comme lui, de rirage en rivage.

Inconnu, fugitif, et partout rebuté, H souffre le mépris qui suit la pauvreté.

L*opprobre avilit Tàme , et fl trit le courage , etc.

. Je ne crois pas que le théâtre français ait rien de plus parfait que cette scène. Les diflFérentes émotions qui agitent Mérope, les questions et les ré-

VOLTAIRE. MÊROPE. 35

ponses d'Ëgisthe ; d'un côté , tous les mouvemens de lamour maternel ; de l'autre , tout le charme de la candeur et de l'innocence : tout cela , c'est la nature même ; c'est la vérité des anciens y avec cette délicatesse de nuances, cette réunion de toutes les convenances dramatiques , qui est la «cience àes myodernes. L'élégance du styl« a cette mesure exacte , nécessaire pour embellir la nature «ans aâaiblir en rien sa pureté. Il n'y a pas un sentiment qui ne soit aimable , pas un vers qui soit hors de sa situation ni au-dessus des personnages, et pas ua que sa simplicité rende trop faiUe. C'est le mérite particulier de la scène d'Athalie avec Joas , si justement admirée , et la seule au on puisse rapprocher de cdle de Mérope avec Égiâthe. Il y a dans celle de Racine plus de créaiion .et de hardiesse ; il osait le premier faire parler un enfant sur le théâtre : celle de Voltaire a néi^saîonament plus 4'intérét i elle émeut bien da» VdXttage , à raison de la diffîrence qui se trouve tntue une méchante femme qui cherche son ennemi^ et une mère sensible qui cherche son fils. Jlachae a mis dans sa diction et dans son dialogue tout le charme attaché à l'enfance : c'était beau* <2Qup de l'ennoUir et de le rendre digne de la tragédie. Voltaive avait moins à faire; mais aussi a^t-^il porté Vetkt plus loin , et le charme du langage est tel dans Égisthe que je n'en connais point qui le suipasse.

36 COUBS DE UTTilLLTUBS.

Après avoir scroté les beautés inthnes de cette scène , f insisterai moins sor les antres situations , dont Teffet est plus généraleaient connu; et j^à-^ Youerai d'abord qu aucune n appartient à Voltaire : mais il les a toutes plus ou moins perfectionnées, n s'est servi d'un autre mojen que Maffd pour £iire croire à Mérope que Tinconnu est le meurtrier d'Egisthe. Dans litalieny c'est une bague quelle avait donnée àPoljdore, qui est le Narbas de la pièce française; cette bague est même^^pécifîée avec uu détail minutieux dont Maffei avait trouvé l'exemple chez les Grecs, et que ne sou£5re pas la délicatesse de notre langue : on j paile d'un renard dont cette bague porte lempreinte. Voltaire ne blâme point ce moyen ; mais il observe avec raison que, depuis /'a/zTieou i^o/dontBoirleau s'était moqué , U avait cru dangereux d'emr ployer le même moyen; et il aurait pu ajouter qu'il était devenu un peu trivial par Fusage fréquent qu'on en avait fait dans les romans et dans les comédies. H a substitué Tarmure de Cfesphonte que portait Egisthe , et que ^lërope reconnaît. On a beaucoup incidente sur cette cuirasse sanglante qui fait le nœud de Imtrigue : on a soutenu cpi^il n'était pas vraisemblable qu E^stbe l'eût jet^-e. Il semble pourtant assez naturd qu un jeune boi jme qui, en arrivant dans un pays étranger , y commet un homicide, quoique dans le cas d'une dé* fense légitime, puisse en craindre les suites^ tX

dans son premier trouble se dépouille d*une cuirasse teinte de sang, qui peut le faire reconnaître pour un meurtrier : cette précaution craintive s'accorde même avec celle de jeter le cadavre dans la Pamise. Mérope , à l'aspect de cette cuirasse que Ton a trouvée, ne doute pas que le meurtrier n'ait tué celui qui la portait. On veut encore qu elle en croie Égisthe, lorsqu'il assure que cette armure est à lui, qu'il l'a reçue de son père : mais comme il répète encore que son père s'appelle Polyclète; comme Mérope ne peut pas deviner que Narbas a changé de nom pour mieux se cacher ; comme il n'y a d'ailleurs aucun autre indice qui puisse faire soupçonner que le meurtrier soit Egisthe lui-même, cette précaution si ordinaire aux coupables , de se défaire d'une dépouille qui peut déposer contre eux , forme une présomption assez forte pour faire penser que le meurtrier veut se sauver par un mensonge. Cette présomption peut confirmer l'erreur de Mérope, autorisée encore par celle de ses plus fidèles serviteurs, qui croient tous qu'Egisthe a été tué. Sur tous ces points, le poëte me paraît à l'abri de toute critique raisonnable.

Je ne vois que des éloges à lui donner dans la manière dont il amène la reconnaissance, et qui est bien différente de celle de Maffei. Chez celui-ci, la confidente de Mérope engage le jeune inconnu à rester dans le vestibule où se passe l'action.

pour y attendre la reine : il s'y endort, et Mérope y vient avec une hache à la main ; elle est prête à le frapper, lorsque Polydore arrive et lui apprend que c'est son fils. Egisthe se réveille au bruit y et, voyant près de lui Mérope armée d une hache , il s'enfuit avec effroi. Ce sommeil ne réussirait parmi nous qu'à l'Opéra , et cette fuite produirait partout un mauvais effet. C'est une faute qui nait d'une autre faute: c'est la seconde fois que Mérope veut tuer Egisthe. Au troisième acte ^ elle l'a déjà fait attacher à une colonne , et a pris un javelot pour l'en percer ; il n'a été sauvé que par l'arrivée de Polyphonte qu'il a conjuré de le défendre, et qui l'a pris sous sa protection. Ces circonst£(nces , peu dignes de la scène tragique , et la même situation répétée, réussiraient fort mal sur notre théâtre. Ici , Mérope veut immoler l'assassin de son fils sur le tombeau deCresphonte; et ces sortes de vengeances qui avaient un caractère rehgieux , et qui étaient consacrées chez les anciens , réfutent d'elles-mêmes les critiques , qui n'ont prouvé que leur ignorance en se récriant contre Mérope qui veut, disent-ils , faire V office dit bourreau. Dans la scène entre Narbas et Mé- * rope, scène aussi pleine de mouvement et de chaleur que celle de Maffîâ en est dénuée , il y a un vers que ceux qui lisent tout ont trouvé dans \ Electre de Longepierre.

Xallais venger mon fils.— Vous alliez rimmoler»

YOLTAIKE. MÉROFE. 3^^^

Dans la pièce de Longepierre, Électxe dit :

• • J*allaîd Tanger mou frère.

Et sa sœur lui répond :

Vous alliez rimmoler.

Ce dialogue est beau ; mais il est tellement dicté par la situation , qu'on peut croire , ce me semble, que Voltaire , pour faire ce vers , n'a eu besoin de personne; et la situation , comme on sait, appartenait au sujet depuis deux mille ans ; elle est citée par Aristote et Plutarque.

MafTeiy depuis le moment où Mérope est instruite, au quatrième acte, que celui quelle voulait faire périr est Ëgisthe , ne le ramène à ses yeux quà la fin du cinquième, lorsqu'il a tué Polyphonte. Voltaire, ayant une mère et un fils à ^ mettre en scène , s'est bien gardé de les tenir é long-temps éloignés l'un de l'autre ; il a redoublé et multiplié les émotions delà nature, et a su la montrer toujours , ou dans les alarmes , ou dans les dangers. A peine Egisthe est-il sauvé du péril de tomber sous les coups de sa mère , qu'elle se voit au moment de perdre par les coups de Polyphonte le fils qu'elle vient de retrouver. Cette situation , il est vrai , qui n'est pas dans Mafiei , est empruntée d'ailleurs, non pas diy^masis, comme on le dit très mal à propos dans les feuilles de^

4o COURS DE LITTÉKATUKE.

l'abbé Desfontaines , mais du Gustave de Piron» Dans cette pièce, Ghristiern, soupçonnant déjà qu'un inconnu qui s'est vanté d'avoir tué Gustave était Gustave lui-même , le fait paraître devant Léonore , mère de ce héros , et donne devant elle '^l'ordre de sa mort. Léonore saisit le bras du soldat , et crie : Arrête,... Ah ! c'est ton fils ^ dit Christiern. Léonore demande la grâce de ce fils, et le tyran ne l'accorde que sous la condition qu'elle consentira sur-le-champ à l'hymen qu'il lui propose. C'est la même marche dans Mérope; mais il est plus aisé d'employer des situations qui réveillent en nous les sentimens de la nature, que de leur donner toute la vérité , toute l'éloquence de son langage. L'un est à la portée des romanciers les plus médiocres , l'autre n'appartient qu'aux grands écrivains. Aussi, tandis que des censeurs passionnés et des auteurs jaloux ne voulaient voir dans l'auteur de Mérope qu'un copiste et un plagiaire , Maffei , plus juste , quoique plus intéressé dans cette cause , admirait avec tous les Bons juges d'ItaUe , d'accord avec ceux de France , cette scène dont l'exécution est toute à Voltaire. Polyphonte est loin de penser qu'Égisthe soit ce qu'il est, mais sa politique soupçonneuse le détermine à le faire périr; et de plus, Mérope, lorsqu'elle était encore dans l'erreur, a mis à ce prix la main que Polyphonte veut obtenir : on amène Égisthe en sa présence.

VOLTAIRE. MÉKOFE. ^l

POLTPHOIfTE.

«« • Votre intérêt m*anime:

Vengez-vous, baignez-yons au sang du criminel. Et sur son corps sanglant je vous mène à Tautel.

MÊROPE.

Ah dieux!

ÊGiSTHE, à Poljrphonte,

Tu vends mon sang à Tliymen de la reine.

Ma vie est peu de chose, et je mourrai sans peine: Mais je suis malheureux, innocent» étranger; Si le ciel t'a fait roi , c*est pour me protéger. J'ai tué justement un injuste adversaire.

Mérope veut ma mort; je Texcuse, elle est mère : Je bénirai ses coups prêts à tomber sur moi , £t je n accuse ici «ju'un tjran tel «pie toi.

POLTPHOWTE.

Malheureux! oses-tu, dans ta rage insolente..-.

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