Quel miracle a produit un destin si prospère
Mauvaise phrase : un miracle ne produit pas un XI 15
.936 GOCftS VE LnrriRilTURE.
destin; et y de plus, il ne s'agit pais éHun destin, mais d'une catastroplie, d'un événement subît, etc.
28. Fers, tombez de ses mains ; le sceptre est fait pour elles.
Observez quil n est, ni dans le génie «de notre langue , ni dans l'usage des bons éorivains , de placer le pronom relatif elle , elles , autreixieait que comme nominatif, quand il se rapporte aaox choses; on ne l'emploie comme régime que quand il se rapporte aux personnes ou aux choses personnifiées. La violation de cette règle jette de la langueur dans le style; c'est une sorte d'inné* gance ; il n'y en a , je crois , qu'un seul exemple dans Racine ; encore est-il excusé par le «tour delà phrase.
Qui peut altérer tos bontés paternelles ?
Vous., ma fille , si vous eu abusez.
Voilà comme on doit parler, et non pas comme Voltaire dans Tancrède :
Mais qui peut altérer vos bontés paternelles? Vous seule, vous, ma fille ^ en abusant trop d*eUes.
Il n'y a personne qui ne sente combien ce pronom d'elles y qui finit la phrase et le vers, produit un mauvais effet ; et cet effet se retrouvera dans toutes les phrases du même genre , en prose conmie ^n vers. // se souvient de vos bontés ; il en est j)énétré. Si Ton disait il est pénétré d! elles , cela
VOLTAIKE. ROME SAUYBB. fkÛ"^
paraîtrait ridicule : c'est que notre langue y a pourvu, moyennant la particule ew qui tient liea du pronom, et qui , se plaçant avant le verbe , réunit la précision et la rapidité. Il est vrai qu'il y a des occasions où l'on ne saurait se servir du mot en ; mais alors il faut éviter le pronom , ejL chercher une autre tournure.
Cette faute , qui est fréquente dans Vokaiïe , et qu'il suffit d'indiquer une fois, est une de celles qui , revenant trop souvent dans sa composition , prouvent que , s'il avait assez de talent pour prcv* duire un grand nombre de beaux vers , il ne se donnait pas assez de peine pour n'en faire guère que de bons.
SECTION XU.
Rome sauvée.
Le peu de justice qu'on avait rendu à O reste ne rebuta point Voltaire , et quoiqu'il sût -mieux que personne que le goût des Français était peu favorable à un sujet tel que celui de Catilina , il voulut le traiter, moins pour la multitude que pour les connaisseurs , et faire voir du rmoins comment il fallait manier ce genre de tragédie.
Rome sauvée n'a jamais eu beaucoup de vogue sur notre théâtre, où on la voit rarement. Xja difficulté de rassembler des acteurs capables de représenter des personnages tels que «Cicâvoû ^
2^8 GOUBS DE UTTÉRATTJRE.
César et Gaton, nest pas, il faut Tavouer^la seule raison qui éloigne cette pièce de la scène; elle est faible d'action et d'intérêt, et fut pourtant très-applaudie dans sa nouveauté, et même, dit Tauteur , beaucoup plus que Zaïre; mais il ajoute qaelle n'est pas d'un genre à se soutenir comme Zaïre sur le théâtre : tout le monde aime , et personne ne conspire.
Tous les temps ne se ressemblent pas : je ne dirai pas comme une femme de nos jours, qui depuis long-temps n'était plus jeune : Est-ce quon aime encore ? Mais ce que tout le monde sait, c'est que depuis huit ans ^ tout le monde conspire^ et que la conspiration est à l'ordre du jour ^ est en permanence , car il faut bien parler quelquefois la langue de son temps : elle est belle, cette langue ! et ces temps sont beaux I Pourquoi Rome saui^ée n'a-t-elle pas été faite plus tard? Rome n'oflfrait qu'un Catilina à la tête d'une armée , et qu'un Cicéron à la tribune : ici combien l'auteur eût trouvé de Catilinas dans les clubs , et combien deCicérons dans les rues 1 Mais en attendant qu'on nous mette le sans-culotisme en tragédie, voyons celle de Rome sauvée. l
Les grands applaudissemens qu'elle reçut étaient dus particulièrement au style, qui est d'un bout à l'autre dans ce qu'on, appelle le genre
^ Ceci fut prononcé en 1797.
sublime; et dus aussi en partie à Tahsence de l'auteur, retiré à Berlin depuis deux ans, et dont l'éloignement avait un peu calmé l'animosité do ses ennemis. La haine est toujours moins vive quand l'objet n'est pas sous ses yeux , et l'envie est moins offusquée du mérite quand il n'est pas; témoin de sa gloire.
Il n'y a aucune matière à comparaison entre Catilina et Rome saui^ée. Je ne parlerai du premier qu'en rendant compte des pièces de Grébillon. Il n'en a point fait de plus mauvaise, et cette production vraiment étrange ne peut être curieuse à examiner que par le contraste de ce qu'elle est réellement , avec la fortune qu'on lui fit dans sa nouveauté , et les éloges de convention qu'on lui a prodigués jusqu'à nos jours.
Rome sauvée est la seule tragédie de Voltaire qui commence par un monologue : il n'est pas long et n'est point déplacé. Il n'est point hors de vraisemblance qu'un chef de conjurés, dont la tête et l'âme sont toutes remplies de ses projets et de ses passions , au moment où son entreprise va éclater, médite seul avec lui-même, et que tenant à la main la liste des proscrits , il apostrophe avec fureur ses victimes, que déjà il croit voir sous le couteau :
Orateur insolent, qu*un Til peuple seconde, Assb au premier rang des souverain» du monde. Tu vas tomber du faîte où Rome t'a placé.
23of G0I?Ï18 DE LITTëBâTUKE.
Inflexible Gaton , vertueux insensé ,.
Ennemi de ton siècle , esprit dur et farouche. Ton terme est arrivé, ton imprudence y touche. Fier sénat de tjrans , qui tiens le monde aux fers. Tes fers sont préparés ,. tes tombeaux sont ouverts. Que ne puis-je en ton sang, impérieux Pompée , Éteindre de ton nom la splendeur usurpée Que ne puis-je opposer à ton pouvoir fatal Ce César si terrible , et déjà ton égal I Quoi I César, comme moi , factieux dès renfance, Avec Catilina n'est pas d'intelligence !
Ces menaces , ces imprécations , ces vœux de la haine, ces réflexions de la politique, ont déjà montré le sujet et Catilina. Il hait dans Cicéron son élévation et sa gloire , dans Caton sa vertu rigide, dans Pompée sa renommée et* son pouvoir, et ce qu il dît de César nous avertit des desseins qu'il a sur lui.
Mais le piège est tendu : je prétends qu'aujourd'hui Le tfàne qui m'attend soit préparé par lui.
Il faut employer tout , jusqu'à Cicéron même y Ce César que je crains , mon épouse que j'aime. Sa docile tendresse , en cet affreux moment , De mes sanglans projets est Faveugle instrument. Tout ce qui m'appartient doit être mon complice : Je veux que l'amour même à mon ordre obéisse. Titrée chers et sacrés, et de père et d'époux, Faiblesse des humaine, ëvanoubsez-vous.
Ces vers nous instruisent que , si Vamour paraît dans cette pièce,- Catilina vtevÈ fera que Finstru^ ment de ses crimres : s'il est époux , s'il est p^re ,
YOLTAIRB. HOME SATJYÉfi. 23 f>
il n en regarde les devoirs que comme des fai^ blesses : c'est la doctrine des scélérats ; et ce vera.
Tout ce ^i m'appartient doit être mon complice ,
est la maxime d'un conspirateur. Ce monologue, plein de mouvement, n'est point un hors-cïœnvre ni une déclamation ; c^est la peinture vive et naturelle du caractère et des desseins du personnage principal; c'est une véritable exposition. Elle s'achève dans un entretien de Catilina avec Ce* thégus y qui nous fait connaître le lieu de la scène et les differens rapports qu'il peut avoir avec les vues de Catilina; son mariage avec Aurélie, fille de Nonnius ; ses projets sur Pténeste, l'une des principales forteresses qui couvraient Rome. Ses soldats ont ordre de chercher à la surprendre, et de se servir, pour en venir à bout, du nom de César. Quel qu'en soit le succès , c^est du moins un moyen de rendre César suspect.
fSa soldats, en son nom, vont surprendre Frénésie. Je sais «pi'on le soupçonne, et je réponds du reste. Ce consul violent va bientôt Faccuser ; Four se venger de lui. César peut tout oser.
Bien n*est si daog;ereux que César qu*on irrite; C'est un lion qui dort , et que ma voix excite. Je veux que Cicéron réveille son courroux, It force ce grand homme à comLattre pour nous.
Cest Nonnius qui commaiïde dans Préneste , et: ce Romaî» est ineorruptiUe. H n'a pu empêcher
ai2 GOUKS DE LITTERATURE.
le mariage de sa fille avec Gaûlina , qui Tayait séduite ; et celui-ci a profité de cette opposition obstinée de son beau -père pour engager son épouse à tenir leur hymen secret. Le palais de Nonnius , où habite Aurélie , est à la disposition de Gatilina , qui s'en est servi pour y cacher un amas d'armes dans des souterrains qui aboutissent au temple de Tellus , où ce jour-là même le sénat doit s'assembler. Le théâtre représente , d'un côté , ce temple; de l'autre , le palais d' Aurélie , et une galerie qui communique aux souterrainsc Le massacre des sénateurs , le pillage et l'incendie des maisons doivent commencer dans la nuit , à l'heure où le sénat doit se séparer. Cependant Mallius approche de la ville avec une armée composée des vétérans de Sylla : elle se montrera aux portes au moment marqué pour le carnage ; et Gatilina , sortant pour se mettre à leur tête , doit aisément se rendre maître d'une ville livrée au dedans aux flammes et au glaive , et en même temps attaquée au dehors. Tel est son plan de destruction , conforme à l'histoire , aussi bien combiné que bien conduit , favorisé par les conjonctures y puisque les Romains n'avaient point d'armée en Italie , et que Gatilina avait de secrètes intelligences et de nombreux appuis jusque dans le sénat; plan dont le succès n'était que >op vraisemblable y si, comme le dit Salluste^ Rome n'avait eu alors Cicéron pour consul.
Par cette disposition des lieux et des moyens, et par le rapprochement des uns et des autres, le poète a tout mis sous la main de Catilina et sous les yeux du spectateur, a établi le danger et fondé la vraisemblance , et il ne reste pour Rome que le génie de Cicéron. C'était là le véritable esprit du sujet prescrit par l'histoire et par le bon sens, et l'on ne verra pas sans étonnementà quel point Crébillon s'en est éloigné.
Aurélie, alarmée des apprêts qu'elle voit faire dans sa maison, témoigne à Catilina ses craintes et ses soupçons. Elle aime son époux , mais elle ne partage point ses crimes; et, loin qu'elle soit dans son secret , elle veut en vain le lui arracher. Elle n'en tire que des réponses vagues ; elle sait seulement que Catilina est à la tête d'un parti , et qu'il médite un grand dessein ; lui-même l'avoue et veut lui en faire concevoir les plus hautes espérances : elle n'en conçoit que plus de crainte. On annonce l'approche du consul , et Aurélie se retire après une scène assez faible , et même à peu près inutile , mais bien rachetée par celle qui suit, entre Cicéron et Catilina, et qui est d'une grande beauté. L'intention du consul est de sonder ou d'intimider , s'il est possible , ce profond et hardi scélérat. Il ne vient à bout ni de l'un ni de l'autre : mais il annonce et il soutient toute la supériorité de son âme; c'est un magistrat qui parle à un coupable.
a34 GOUaS DE. LITTÉHiTUIlE.
Ayant que le sénat se rassemble à ma voix.
Je viens, Gatilina, pour la dernière fob.
Apporter le flambeau sur le bord de Tabime Où votre aveuglement vous conduit par le crime*
Qui? vous!
Moi.
càtxliiià.
ctCE&oir.
CàTILIMà.
Cest ainsi que votre inimitié...
CICÉBOIf.
Cest ainsi que s'explique un reste de pitié ^ •
Vos cris audacieux, votre plainte frivole ,
Ont assez fatigué les murs c|u Capitole.
Vous feignez de penser que Rome et le sénat
Ont avili dans moi Thonneur du consulat.
Concurrent malbeureux à cette place insigne ,
Yotre orgueil l'attendait : mais en étiez-vous digne?
La valeur d*un soldat , le nom de fCê aièux.
Ces prodigalités d*un jeune ambitieux ,
Ces jeux et ces festins qu*iin vain luxe prépare ,
Étaient-ils un mérite assez grand, acsez rare,
Pour vous faire espérer de dispenser à» lois
Au peuple souverain qui régne sur les rois?
A vos prétentions j'aurais eédé peut-être.
Si j*avais vu dans vous ce que vous devi» éftre.
Vous pouviez de Fétat être un jour le soutien ;
Mais, pour être consul, deyenez citoyen.
Pensez-vous affaiblir ma gloire et ma puissance
En décriant mes soins, mon état, ma naissance?
Dans ees temps malbeurenx, dons nos jours corrompus ,
Fant41 des noms à Rome? U lui faut des vertus.
^ Non ut odio permotus esse ifidear^ quo debeo , sed ut misencordiâ, quœ tibi ntdla debetur, (Cicr. , in C€^ til,, 1,1.)
Ma gloire ( et je la doûr k cet '^psrfue sévères ) Est de ne rien tenir de» grandeur» de mes pères. Mon nom commence en moi : de votre honneur Jalbux, Tremklea-^e yotre non ne finisse dans yous.
Telle est la sorte de digmâé que Cieéron' dievait opposer à l'orgueil deCatilîna , qiii, toujours enflé de sa haute naissance , s'indignait qu'on lui eût préféré un plébéien qui lui disputait le consulat. 11 semble d'abord éviter une discussion qu'il craint : il veut voir jusqu'à quel point Gcéron l'a pénétré.
Vous almsez beaucoup ,. magistrat d*uiie année, De votre auterité passagère et bornée.
La réponse dîi eoneol &it bientôt voir que rien Be lui est échappé :
Si j*en avais usé, ttms seriez dans les fers,
Vous, rétemel appui des citoyens peryers;
Vous qui , de nos autels souillant les privilèges.
Portez jusquaux lieux sainte vos fureurs sacrilèges;
Qui comptez tous ros jours , et marquez tous yos pas
Par des plaisirs affreux ou des assassinats ;
Qui Stfvez tout braver,, tout oser et tout feindre ;
Vous enfin qui, sans moi, seriez peiilrétre à craindre.
Vous avez corrompu tous les dons précieux
Qfeie pour un autrensage ont mis en you9 Tes dieux.
Courage,. adresse, esprit, grâce, fierté sublime.
Tout dans votre âme aveugle est Tinstrument du crime ''•
^ Quum industriœ êut^itUa-t atqtm^mstnsmenea fnrtur tis, in libidine amdaeidçwÊ tonsomerentur. (Cic, in Catil. r II f 5v )
236 GOUBS DE UTTÉRATUBE.
Je détournais de tous des regards paternels
Qui veillaient au destin dn reste des mortels.
Ma Toiz que craint Taudace , et que le faible implore.
Dans le rang des Verres ne tous mit point encore.
Mais, derenu plus fier par tant d*impunité,
Jusqu'à trahir Tétat tous avez attenté.
Le désordre est dans Rome , il est dans rÉtrurie ;
On parle de Préneste, on soulève FOmbrie.
Les soldats de Sjrlla, de carnage altérés.
Sortent de leur retraite , au meurtre préparés :
Mallius en Toscane arme leurs mains féroces.
Les coupables soutiens de ces complots atroces
Sont tous vos partisans, déclarés ou secrets;
Partout le nœud du crime unit vos iutéréts.
Ahl sans qu'un jour plus grand éclaire ma justice «
Sachez que je vous crois leur chef ou leur complice ;
Que j'ai partout des jeux, que j'ai partout des mains;
Que, malgré vous encore, il est de vrais Romains;
Que ce cortège affreux d'amis vendus au crime
Sentira comme vous l'équité qui m'anime.
Vous n*avez vu dans moi qu'un rival de grandeur :
Vojez-y votre juge et votre acccusateur, >
Qui va dans un moment vous forcer de répondre
Au tribunal des lois qui doivent vous confondrcvj
Des lois qui se taisaient sur vos crimes passés »
De ces lob que je venge et que vous renversez.
C'est là de la vraie grandeur. Cicéron prouve à Catilina qu'il rend justice k ses talens et qu il a démêlé ses complots , qu'il le juge et ne le craint pas. Quelle noblesse intéressante dans ces vers !
Vous avez corrompu tous les dons précieux
Que pour un autre usage ont mis en vous les dieux.
Courage, adresse, esprit, grâce, fierté sublime.
Tout d^as votre âme aveugle est Finstrument du crime.
Et dans ceux-ci , quelle élévation !
Je détournais de vous des regards paternels Qui yeillaient au destin du reste des mortels.
Comme cette pitié , qui déplore l'abus des qualités heureuses , et qui veut pardonner des fautes qu'on peut réparer, met Cicéron et Catilina à leur véritable place ! Le conspirateur , qui voit qu'on ne désespère pas encore de lui , essaie de dissimuler.
Je TOUS ai déjà dit , seigneur, que votre place
Avec Gatiliua permet peu cette audace*
Mais je veux pardonner des soupçons si honteux.
En fayeur de Tétat que nous servons tous deux.
Je fais plus , je respecte un zèle infatigable ,
Aveugle , je Favoue , et pourtant estimable.
Ht me reprochez plus tous mes égaremens,
D*une ardente jeunesse impétueux enfans;
Le sénat m'en donna Fexcmple trop funesle :
Cet emportement passe , et le courage reste.
Ce luxe , ces excès , ce fruit de la grandeur,
Sont les vices du temps, et non ceux de mon c<eur.
Songez que cette main servit la répullique ;
Que, soldat en Asie, et juge dans l'Afrique,
Xai, malgré nos excès et nos divisions.
Rendu Rome terrible aux yeux des nations.
Moi , je la trahirais I moi qui Tai su défendre I
Mais il n'en impose pas à un homme aussi clairvoyant que Cicéron.
Mariuft et Sjlla, qui la mirent en cendre.
Ont mieux servi letat, et Font mieux défendu.
j38 tX>imS DE UnSBATIlBB.
Le8 tjrans ont toujomt ^d^M ombre de yedu; Us soutiennent les lois ayant de les abattre.
Abl si vous soupçonneK cem qui saTent eonliatlTe, Accusez donc César, et Pompée , et Crasras.
Pourquoi fixer sur moi tds yeux fmqoiirs déçns? Parmi tant de guerriers dont on craint lapniiiance. Pourquoi suis-je robjet de votre défiance?
Pourquoi me choisir, moi? Par quel zèle emporté...
cicÉaoïr.
Vous-même jugez-TOus : Tayez-yous mérîtê?
La feinte n a pu réussir : Catilina , poussé à bout , revient à sa fierté qu'il avait Voulu plier un moment, et menace quand il n'a pu tromper.
Non. Mais j*ai trop daigné m'abaisser à Fexcuse, Et plus je me défends, plus Gcéron m'accuse.
Si vous ayez youlu me parler en ami.
Vous yous êtes trompé: je suis yotre ennemi.
Si c*est en citojren, comme yous je crob Fétre; Et si c*est en consul , ce consul n*est pas maître. U préside au sénat ^ et je peux Yj brayer.
Mais aussi dans ce même moment, Cicéron oppose à rinsolenXe audace de scm ennemi la fermeté d'un juge qui sait &ire usage de ses droits et de son pouvoir.
J*j puDÎs les forfaits; tremble de m*j trouyec Malgré toute ta haine, à mes yeux méprisable. Je t*j protégerai , si tu n es point coupable. Fuis Rome , si tu Tes.
Le comble de l'humiliation pour un homme ausa
YOLTAIKïL. EOBIE SACVis. ^Sq
^Itier que Catiliriay c'est sans doute la protectitm qu'on lui offre dans le moanent où il croit £ttre tout trembler. Aussi ne peut -il soutenir plus long-temps un entretien où il est si peu ménagé.
C'en est trop; arrêtez.
C'est trop souffrir le zèle où vous vous emportez. De yos vagues soupçons j'ai dédaigné Tinjure ; Mais , après tant d'affronts que mon orgueil endure» J« yeux que vous sachiez que le plus grand de tous I^'est pas d'être accusé, mais protégé par tous.
On voit que dans cette conversation tous deux ont été ce qu'ils devaient être; Catilina est fier, mais Cicéron est grand ; et n'est-ce pas un plaisir réel pour les hommes instruits de retrouver sur le théâtre ces fameux personnages tels qu'ils les ont vus dans l'histoire ?
Caton n'est pas moins fidèlement représenté : c*est lui qui seconde les soins, le zèle et la vigilance du consul; c'est dans sa bouche que le poëte a mis la censure des vices du siècle , de la faiblesse et la jalousie du sénat , l'éloge et presque l'apothéose du sauveur des Romains^ c'est lui qui a pour César une haine toujours soupçonneuse, une averâon toujours implacable : il semble deviner un tyran. Il voit César dans l'avenir , et ne le distingue pas de Catilina. Gcéron , non moins patriote, mais beaucoup moins austère, voit aussi bien que Caton tout ce qu'on doit craindre de l'ambition de César , mais aperçoit ce
2i(0 COmS DB UTTéEATUBB*
qui écliappe à Caton , la prodigieiise diffîrence de caractère, d^àme et de talens , qui est entre César et Catilina. Il ne confond pas Tamlntion d'un grand homme avec les attentats d'un brigand déterminé et féroce. Caton ne tient aucun compte des qualités ni des yertus de César; Cicéron voudrait les diriger. On reconnaît de loin celui qui aimera mieux mourir que de voir régner le vainqueur de Pharsale , et celui qui osera dans le sénat exhorter le dictateur à rétablir la république. Cicéron est plus homme d^état, Caton est plus républicain. Cette diversité se fait remarquer ici par une foule de traits qui forment un accord frappant entre la tragédie et l'histoire , et c'est le mérite particulier de cette dernière scène du premier acte. Elle est peu de chose dans l'action; Caton vient y rendre compte au consul de l'exécution de ses ordres. Il a fait armer les chevaliers romains , qui sont la plus sûre défense de la ville; et Ton sait qu'en effet ils rendirent alors les plus grands services , et qu'on en fut surtout redevable à l'affection qu'ils portaient à Cicéron. Un pareil détail ne pourrait fournir ailleurs qu'une scène de confident; mais quand Voltaire fait paraître ensemble Cicéron et Caton , on doit s'attendre qu'il saura les faire parler.
CÂT09.
Ah ! qui sert son pays sert souyent un ingrat*
VOLTAIRE. ROME SAUVÉE. 24l
Votre xnërile même irrite le sénat ;
11 voit d'un œil jaloux cet éclat qui l'offense.
CIG£&ON.
Les regards de Gaton seront ma récompense :
Au torient de mon siècle, à son iniquité.
J'oppose ton suffrage et la postérité.
Faisons notre devoir : les dieux feront le reste.
Caton ne peut se persuader que Mallius, un simple tribun militaire, osât marcher vers Rome à la tête d'un corps de rebelles , s'il n'était secrètement encouragé et soutenu par des hommes plus puissans.
Les premiers du sénat nous trahissent peut-être. Des cendres de Sjlla les tjrans Tont renaître : César fut le premier que mon cœur soupçonna.
Oui, j'accuse César.
CIGERON.
Et moi f Catilina.
De brigues, de complots, de nouveautés avide, Vaste daus ses projets , impétueux , perfide , Plus que César encor je le crois dangereux , Beaucoup plus téméraire, et bien moins génère Je viens de lui parler : J'ai yu sur son visage , J'ai vu dans ses discours son audace et sa ragc^ Et la sombre hauteur d'un esprit affermi , Qui se lasse de feindre, et parle en ennemi»
César peut conjurer. Mais je connais son âme ;
Je sais quel noble orgueil le domine et l'enflamme :
Son cœur ambitieux ne peut être abattu
Jusqu'à servir en lâche un tjran sans vertu.
11 aime Home encore , il ne veut point de maître*;
Mais je prévois trop bien qu*un jour il voudra rétrc,