‹ Lycée (volume 2)Chapitre 36 sur 71 · XI · texte numérisé non relu

XI

sj(b m&ms Bi uTTiRATiraE.

Tons deux jaloax de plaire , et plus de comminder^

Ils sont moolés trop liant pour jamais s*aecorder :

Par leur désunion Rome sera sauyée.

Allons, n'attendons pas que , de sang abreuvée ,

Elle tende vers nous ses langinssanfes mains ,

Et qu'on donne Gésiers aux maîtres des Immains,

 Tépoque ou Faction se passe. César, jeune encore , fut eiFectîvement ce qu'il est ici aux yeux de Qcéron. Il aimait Gatilina ; il fut dans le secret de la conspiration , mais il ne sV engagea pas. Il observait les événemens, et voyait avec plaisir nn excès de corruption et de désordre dont il espérait de pouvoir un jour profiter. Il estimait ^gulièrement Gicéron , et même était disposé à Faimer; mais il excitait contre loi Clodius, qu^il méprisait, et n*étaît pas (àché qu'on ne put être un bon citoyen sans beaucoup de dangers et d'ennemis. Un ambitieux dans une république doit toujours désirer qu'on décourage la vertu et Tamour de la patrie.

Ce portrait du génie naissant de César est depuis long-temps pour les connaisseurs, une des choses où Voltaire a montré le plus de talent pour cette parde de Fart dramatique qui consste dans la peinture des grands caractères. Il éclate surtout dans la conversation que César et Catilina ont ensemble à la troisième scène du second acte, en ce genre Fune des plus belles du théâtre. L'objet de Catilina est d'engager César à entrer dans la conjuration; et s'il ne peut Fy déterminer , il doit

VOLTAIHB. ROME «AUVÊB. ^4^

le mettre au nombre des proscrits. Mais il a de la peine à s y résoudre ; et quand Céthégus , avant

cette entrevue , lui dit,

» Si par ton artîfice

Tu ne peux réussir à f en faire un complice , Dans le rang des proscrits faut-il placer son nom? Faut-il confondre enfin César et Cicéron?

il répond :

Cest là ce qui m'occupe, et s*ii faut qu'il périsse. Je me sens étonné de ce grand sacrifice :

II semble qu*en secret, respectant son destin. Je révère dans lui Thonneur du nom romain.

On peut dire que ce sentiment est bien délicat pour un homme de cette trempe ; mais il faut songer que du moins Catilina n est pas un scélérat vulgaire; et cette sorte de respect qu'il a pour César lui fait honneur à lui-même , en même temps qu'il réveille en nous la grande idée que nous avons de César. L'opinion qu'il en a est trèsbien rendue dans ces v^rs d'une scène du même^ acte avec un autre conjuré , Lentulus-Sura.

César est aimé du peuple et du sénat:

Politique, guerrier, pcMutife, magistrat.

Terrible dans la guerre , et grand dans la tribune,

Par <;ent chemins divers il court à la fortune.

Enfin César et Catilina sont vis-à-vis l'un de l'autre; ils méritent d'él;re entendus

Hé bien! César, bé bienl toi de qui la fortune. Dés le temps de Sjlla, me fut toujours commune,

l44 COURS DE LITTÉRATURE.

Toi dont j'ai présagé les éclatans destins ,

Toi né pour être un jour le premier des RomainSy

N*es-tu donc aujourd'hui que le premier esclave /'

Du fameux plébéien qui t'irrile et te braye? . .

Tu le hais, je le sais, et ton œil pénétrant *

Voit , pour s'en affranchir, ce que Rome entreprend»

Et tu balancerais I et ton ardent courage

Craindrait de nous aider à sortir d'esclavage.

Des destins de la terre il s'agit aujourd'hui ,

Et César souffrirait qu'on les changeât sans luil ,

Ouoil n'es-tu plus jaloux du grand nom de Pompée?

Ta haine pour Caton s'est-elle dissipée ?

^'es-tu pas indigné de servir les autels,

■Quand Cicéron préside aux destins des morlels.

Quand l'obscur habitant des rives du Fibréue

Siège au-dessus de toi sur la pourpre romaine?

&uffriras-tu long-temps tous ces rois fastueux, '

Cet heureux Lucullus, brigand voluptueux,

Fatigué de sa gloire , énervé de mollesse ;

Un Grassus étonné de sa propre richesse ,

Dont l'opulence avide, osant nous insulter,

Asservirait l'état , s'il daignait l'acheter ?

Ah 1 de quelque côté que tu jettes la vue ,

Vois Rome turbulente , ou Rome corrompue ;

Vois ces lâches vainqueurs, en proie aux factions.

Disputer, dévorer le sang des nations.

Le monde entier t'appelle et tu restes paisible I

Yeux-tu laisser languir ce courage invincible ?

De Rome qui te parle as-tu quelque pitié?

César est-il fidèle à ma tendre amitié?

Il l'a pris par tous les moyens possibles, par la jalousie , par la haine , par l'ambition , par l'amour -propre, par l'amitié; et vous avez sans doute remarqué , messieurs , comme les personnages les plus considérables de ce temps-là , Lu-

cullus, Crassus, sont crayonnés en passant. De pareils ouvrages sont une espèce de galerie vi« vante où les hommes les plus fameux de l'antiquité s'offrent tour à tour à l'œil fait pour les reconnaître.

CESAR

Oui, si dans le sénat on te fait injustice.

César te défendra ; compte sur mon service.

Je ne peux te trahir : n'exige rien de plus.

CITILINÂ.

Et tu bornerais là tes vœux irrésolus?

Cest à parler pour moi que lu peux te réduire ?

CK8ÂB.

J*ai pesé tes 'projets : je ne veux pas leur nuire. Je peux leur applaudir : je n'j veux point entrer.

Gàtilinâ.

J*entends : pour les heureux tu veux te déclarer. Des premiers mouvemens spectateur immobile.

Tu veux ravir les fruits de la guerre civile , /I Sur nos communs débris établir ta grandeur.

L'idée de Catilina est très-vraisemblable : elle n'est pas même dépourvue de réalité, et le spectateur est tout prêt à l'adopter. Mais la réponse de César, à laquelle on ne s'attend pas, va l'élever bientôt fort au-dessus de cette politique commune; et c'est ici que la scène prend ce caractère de grandeur romaine qu'on n'avait guère vu au théâtre depuis la scène imnwrtelle de Sertorius et de Pompée.

CÊSâB.

Non , je veux des dangers plus dignes de mon cœur

S46 COURS 0& UTTÉRATURS.

Ma haine pour Galon , ma fière jalousie Des lauriers doot Pompée est couyert en Asie , Le crédit , les honneurs , Téclat de Gîcéron , Ne m* ont déterminé cpi*à surpasser îeurnom.

Sur les rives du Rhin , de la Seine et du Tage^ La victoire m'appelle, et voilà mon partage-

£t voilà en efi*et César : le désir de commander se confondait en lui avec le bescûn de la gloire. C'est lui qui disait quV/ aurait mieux aimé être le premier dans un village que le second dans Rome : voilà l'ambitieux. Mais c est lui aussi qui , devant la statue d'Alexandre , répandit ces larmes si noblement jalouses, en songeant quà son âge Alexandre avait conquis une partie du monde : voilà le grand homme. La suite de cette scène le développe tout entîer.

CÀTILIirÀ«

Commence donc par Bome , et songe <pie demain Sy pourrais avec loi marcher en souverain.

césâr.

Ton projet est Lien grand, peut-élre téméraire; Il est digne de loi : mais , pour ne te rien taire. Plus il doit t'agrandir , moins il est fait pour moi.

CâTILINâ.

Comment?

CÉSAR

Je ne veux pas servir ici sous (oi.

càtilinâ.

Ah I crois qa*avec César on partage sans peine.

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