‹ Lycée (volume 2)Chapitre 38 sur 71 · CATON · texte numérisé non relu

CATON

L'amour de la patrie anime ce grand bomme.

CÉSAR

Je hri dispute tout, jusqu'à l'amour de Home.

En écoutant ce dialogue , on croit être dans le sénat romain. Cicéron arrive précipitamment : il instruit les sénateurs de la mort de Nonnius, tué par deux assassins au moment où il entrait dans Rome. L'un d'eux s'est sauvé à la faveur de la nuit ; Cicéron vient d'arrêter l'autre.

Je Tai mis dans les fers , et j*ai su que le Iraître Avait GatiliDa pour complice et pour maître.

Catilina lui-même entre à ces mots.

Oui , sénat , j'ai tout fait.

Cette situation est frappante ; c'est un vrai coup de théâtre. L'audace de Catilina étonne d'abord : avouer le meurtre d'un sénateur et s'en vanter l Mais il accuse Nonnius d'être le chef et l'àme de la conspiration dont Rome est alarmée; il en donne pour preuvç l'amas d'armes cachées qu'on trouvera dans sa maison. Il prétend avoir agi comme ces anciens Romains qui s'étaient immortalisés en faisant justice des ennemis de l'état sans s'astreindre aux formes des lois. Cette imposture est sans doute peu vraisemblable, et n'en impose pas un moment à Cicéron; mais ce qui peut la justifier , c'est que la suite de la scène fait voir que Catilina cherche moins à faire croire cette fable qu'à jeter la division dans le sénat, à faire déclarer ses partisans secrets , à intimider ses ennemis. U n'a besoin que d'un prétexte spécieux, et les armes

VOLTAIRE. ROME SAUVÉE. sS^

déposées chez Nonnius en sont un. Il insiste pour que Ton s^assure du fait : le consul en donne Tor dre, et y ajoute celui d'amener Aurélie. Cet ordre était nécessaire pour que le spectateur pût la voir paraître dans le sénat sans blesser les usages reçus. Cependant Cicéron est indigné que les mensonges impudens d'un scélérat puissent éblouir un moment les sénateurs ; mais il Test bien plus quand il voit César en prendre la défense ; et c'est ici que l'auteur a fouillé profondément dans la corruption de ces temps abominables. Cicéron tonne contre l'assassin; César, avec un calme perfide, lui répond ;

C'est la cause de Rome : il faut qu'on rëclaîrcisse. Aux droits de nos égaux est-ce à nous d'attenter ? Toujours dans ses pareils il faut se respecter. Trop de sévérité tient de la tjrannie.

CÂTON.

Trop d'indulgence ici tient de la perfidie.

Quoi ! Rome est d'un côté , de l'autre un assassin ;

C'est Cicéron qui parle, et l'on est incertainl

CÊSÂB.

11 nous faut une preuve ; on n'a que des alarmes. Si l'on trouve en effet ces parricides armes, Et si de Nonnius le crime est avéré y Catilina nous sert , et doit être honoré.

'Et tout bas à Catilina :

Tu me connais : en tout je te tiendrai parole.

Ce dernier mot dit tout au spectateur intelligent^ XI. 17

et Cicéron le devine sans l'avoir entendu ; il s'é^ crie dans, sa douleur éloquente :

O Rome I ô ma patrie I 6 dieux du Capitole !

Ainsi d*un 8célérat-«]i héros est Tappui I Agisscs-TQu» pour Tom en nous parlant pour lui? César, tous m^entendez; et Rome, tn^ à plaindre, ^*aura donc désormais ^e ses en£ans à cxaindre?

désar se tait , quoique le reproche soit vif. Mais il en a fait assez pour encourager tout le parti de Gadlina : on s*en aperçoit à ce que dit dodius :

Rome est en sûreté : César est citojen.

^ui peut avoir ici d* autre avis que le sien ?

Ce dernier vers est remarquable : c'est avec ce langage qu on a cent fois intimidé ceux qui sont honnêtes et faibles; c'est ainsi que, par toutes sortes de considérations diverses, quand les hommes sont rassemblés , la plupart ont un avis qui n'est pas le leur. Le poëte nous révèle ici le secret de la vraie force de Catilina ; mais il a su s'approprier aussi l'éme et le langage de l'orateur romain, et il a imité, en cet endroit, un morceau des Catilinaires : c'est l'alliance la plus honorable de l'éloquence et de la poésie.

C'en est trop : je ne vois dans ces murs menacés Que conjurés ardens et citoyens glacés.

Catilina l'emporte , et sa tranquille rage , Sans crainte et sans danger, médite le carnage. Au rang des sénateurs il est encore admis ;

Il proscrit le sénat , et s y fait des amis ;

Il dévore des yeux le fruit de tous ses crimes :

Il vous voit, vous menace , et marque ses victimes 1 :

Et lorsque je m*oppo6e à tant d*ënormités ,

César parle de droits et de formalités l

Clodiiis à mes yeux de sou parti se range 1

Aucun ne veut souffrir que Cicéron le venge,

Nonnius par ce traître est mort assassiné :

N*avons-nous pas sur lui le droit qu*il 8*est donné r

Le devoir le plus saint , la loi la plus chérie ,

Est d'oublier la loi pour sauver la patrie.

Mais vous n'en avez plus.

Aurélie entre , tenant à la main le poîgnard saitglant qu'elle a retiré du sein de son père : elle demande justice contre l'assassin , qu'elle ne connaît pas : Cicéron le lui montre.

Le voici.

ÂURELIE.

Dieux I

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