‹ Lycée (volume 2)Chapitre 54 sur 71 · Je n ai pu de mon fils consentir à la mort · texte numérisé non relu

Je n ai pu de mon fils consentir à la mort

Inversion dure et forcée , étrangère au génie de notre langue. Observez, comme principe général, que l'inversion , dont le but est de varier notre versification sans dénaturer les procédés du langage, est naturelle au nôtre dans le régime direct, et qu'elle y répugne dans le régime indirect, quand il y a concours des deux particules de et à. Ainsi l'on dira très-bien :

Je n*ai pu de mon fils envisager la mort.

Mais l'on aura tort de dire :

Je n*ai pu de mon fils consentir à la mort.

Pourquoi? C'est que l'inversion est en quelque sorte double. Non-<«eulement vous mettez la par*

3l6 COURS DE UTTÉRATUBB.

ticule relative de ayant la mort , qui doit la régir, mais TOUS la mettez ayant une autre particule qui doit naturellement la précéder, avant à i Foreille alors est trop déroutée. En Youlez-vous la preuve? Cest que tous diriez sans aucun emharras:

A la mort de mon fils je n ai pu consentir.

Vous n'ayez £iit ici que mettre le régime ayant le yerbe, ce que notre poésie permet ; mais dans aucim cas yous ne diriez ,

De monJUsà la wêoH, etc.,

parce que le déplacement des deux particules forme inévitablement une équivoque ; ce qui devient senâble , par exemple , dans ce vers de Voltaire :

A peine de la coar j*entrai dans la carrière.

Il veut dire ; A peine j entrai dans la carrière de la cour. Mais qu'arrive-t-il ? Cest qu*il n'eut pas construit sa phrase autrement s*il eût voulu dire que, sortant de la cour, il était entré dans la carrière , etc. ; et par le dérangement des deux particules , son vers présente en effet ce dernier sens f suivant les principes de notre construction. Aussi je ne me rappelle pas qu'il y ait dans Racine un seul exemple de cette espèce diversion :

VOLTAIRE, l'orphelin DE LA CHINE. 3l7

elle est très-rare dans Boileau ; et Voltaire luir même , qui se permet tout , ne se l'est pas permise souvent.

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