Je n ai pu de mon fils consentir à la mort
Inversion dure et forcée , étrangère au génie de notre langue. Observez, comme principe général, que l'inversion , dont le but est de varier notre versification sans dénaturer les procédés du langage, est naturelle au nôtre dans le régime direct, et qu'elle y répugne dans le régime indirect, quand il y a concours des deux particules de et à. Ainsi l'on dira très-bien :
Je n*ai pu de mon fils envisager la mort.
Mais l'on aura tort de dire :
Je n*ai pu de mon fils consentir à la mort.
Pourquoi? C'est que l'inversion est en quelque sorte double. Non-<«eulement vous mettez la par*
3l6 COURS DE UTTÉRATUBB.
ticule relative de ayant la mort , qui doit la régir, mais TOUS la mettez ayant une autre particule qui doit naturellement la précéder, avant à i Foreille alors est trop déroutée. En Youlez-vous la preuve? Cest que tous diriez sans aucun emharras:
A la mort de mon fils je n ai pu consentir.
Vous n'ayez £iit ici que mettre le régime ayant le yerbe, ce que notre poésie permet ; mais dans aucim cas yous ne diriez ,
De monJUsà la wêoH, etc.,
parce que le déplacement des deux particules forme inévitablement une équivoque ; ce qui devient senâble , par exemple , dans ce vers de Voltaire :
A peine de la coar j*entrai dans la carrière.
Il veut dire ; A peine j entrai dans la carrière de la cour. Mais qu'arrive-t-il ? Cest qu*il n'eut pas construit sa phrase autrement s*il eût voulu dire que, sortant de la cour, il était entré dans la carrière , etc. ; et par le dérangement des deux particules , son vers présente en effet ce dernier sens f suivant les principes de notre construction. Aussi je ne me rappelle pas qu'il y ait dans Racine un seul exemple de cette espèce diversion :
VOLTAIRE, l'orphelin DE LA CHINE. 3l7
elle est très-rare dans Boileau ; et Voltaire luir même , qui se permet tout , ne se l'est pas permise souvent.