FA MIS
Ail ! 8 il peirtft-aboeery
Excusez un amant....
AHSMAJDE.
Rien ne peut rexOBser.
«Quand Funivers entier m*accu9crait d*uv orînie». Sur son jugement scoi un grand homme: appujié, A l'univers •éduii oppose scn estime;- 11 aura donrpoimr^ moi combattu par pkit!
*Quel vers! Voilà la pensée la plus amère qui ait pu jamais déclrirer le cœur d'une femme qui aime. Toltaire-a donné tant de force aux indices qui abusent Tiancrède , que des gens d'esprit Im ont fait ici un reproche bien opposé à l'espèce de critique qu'il voulait prévenir et qu'il a si bien prévenue. Ds ont dit qu'Aménaïde devait voir son infortune sous un autre point de vue , et avouer qae*son malheur voulait que Tancrède eut raison d^ la croire coupable. C'est ne connaître pas» plus^ le théâtre que le cœur humain; c'est vouloir qu'on raisonne dans la passion et dans la douleur comme on raisonnerait de sang-froid. Si Aménaûle parlait ainsi, die serait à glacer. Le cœur juge-t-il donc autrement qu'en raison de ce qu'il sent? Plus îl se sent incapable de trahir, plus il doit être indigné qu'on l'en soupçonne et surtout qu'on l'en accuse. Le développement de passion qui remplit cette scène est à mon gré le plus neuf, le plus vrai, le plus profond que la-tjçagé-
die, cette histoire vivante du cœur humain , nous ait offert depuis la jalousie de Phèdre , quand elle a découvert l'amour d'Hippolyte pour Aricie : ce sont deux situations bien dififérentes ; mais l'exécution est de la même force. H faudrait citer la «cène entière, et le temps me manque; mais que les personnes sensibles la lisent en consultant leur propre cœur, et je suis sûr quelles y retrouveront tout ce que le poëte a fait dire au per- -sonnage.
Le désespoir ne safit rieii cacher^ Cette méme^ femme qui allait mourir saas^ nommer 1 auteur de^ sa mort y quand elle s'en croyait aimée ^ ne peut ^ plus, quand elle est méconnue, rien déguisera ' son père , qi^i lui demande sil ne petrt pas cennaUre cehii qui Ta sauvée; Sa réponse est la ptus^rapide effusiea d'un cœur surchargé, qui céde'iMr^ beboin de se répandre.
AlCIRE.
Ne pourrai*je embrasser ce bcros lutélaife?
Ah ! ne puis-je savoir qui t'a sauTO le jour?
AMENAIDB.
Un mortel autrefois digne de mon amour.
Un héros en ces lieux <ipprimë par mon père.
Que je u osus nanmer, que tous aviez proFcvU»
Le seul et cher objet de ce fatal écrit ,
Le dernier rejeton d'une famille auguste ,
Le plus grand des humains , hélas 1 le plus injuste.
£& un mot y> c'est: T«iicrédc.
356 COURS DE UTTéRATUBE.
àagirb.
O del ! qne m'as-tn dit?
▲MÉifÀÏDB.
Ce que ne peut cacker la douleur qui m'égare. Ce que je tous confie en craignant tout pour lui.
▲ RCIRE.
Lui, Tancréde!
AMEIf AIDE.
Et quel autre eût été mon appui?
Quel torrent de sentimens qui se pressent les uns sur les autres! Et les détails sont aussi neufs que la situation. On ne se rappelle nen qui s'en rapproche y rien qui ait pu en donner Tidée.
Aménaïde, hors d'elle-même, veut, à quelque prix que ce soit, désabuser Tancréde : il est au combat; elle veut l'aller chercher sur le champ de bataille. Les remontrances de son père ne peuvent l'arrêter; et, quoi que sa résolution ait d'extraordinaire, l'excès de désolation où elle est plongée, l'emportement de ses douleurs, le feu de ses discours, qui est à la fois celui de la passion et celui de la verve tragique, justifient tout, rendent tout vraisemblable, intéressant et pathétique
L'effet du cinquième acte est fondé en partie sur le passage de l'affiction à la joie, et sur le retour aflfreux de la joie passagère à un malheur irrémédiable. Aménaïde , qu'on a eu peine à ramener du champ de bataille, apprend que Tan-
VOLTAIRE. TANGRÈDE. 35.7
crède est victorieux, qu'il a tué Solamir, qu'il est reconnu, honoré^ et dès qu'il aura revu Aménaïde, il ne vivra que pour elle; elle s'écrie :
Mon bonheur est au comble.... Hélas! il m'est bien dû.
Oppresseurs de Tancréde, ennemis, citojrens.
Soyez tous à ses pieds ; il va tomber aux miens.
Mais Aldamon arrive les yeux couverts de larmes* il tient une lettre tracée avec le sang de Tancrède* il la remet à sa malheureuse amante :
Tancréde meurt , ô ciel , sans être détrom[>c !
Ce vers dit tout. Cependant le poëte , qui voulait et qui devait adoucir la blessure cruelle que ce dénoûment fait au spectateur, et faire répandre de nouvelles larmes beaucoup moins amères, a ramené Tancréde expirant, et du moins il mourra détrompé. Quels sont donc les maux de l'amour, puisque ce sont là ses consolations? Rien n'est plus attendrissant que cette dernière scène : c'est là que le spectacle, comme dans le reste de la pièce, est une véritable action tragique; qu'Ame^ naîde, à genoux près de ce héros in&rtuné, porté sur des drapeaux sanglans, lui demande un der* nier regard.
Ab ! TOUS mxvez trabi !
Cest là sa seule réponse aux pleors dont elle arrose ses mains mouraiitea. Mais Argire rend HA
356 COtTRS DE LITTÉRATURE.
'témcrignage éclatant et îrrécnsable à l'innocence de sa ffllejTancrède apprend qii^il est tou^'ours aimé.
Amënàlde, tS ciel! est-U vrai? yons in*aimezl
Vous m'âimèzrO bonheul* plus grand que mes revers î Je sens 'trop qd'à ce mol je regrcflte la Vie. J'ai mérité la mort, j*ai cru la calomnie.
Ar^re , éco«(eE-*m«i :
Voilà le digne objet qui me donna sa foi ; Voilà de nos soupçons la victime innocente.
A sa tremblante main joignez ma main sanglante ; Que j'emporte au tombeau le nom de son époux.
H expire, et Aménaïde, après des éclats de fureur et de désespoir, tombe dans mie espèce d'anéantissement qui fait espérer qu elle ne survivra pas long-temps au îiéros qu elle a perdu.
'Et cette production était d'un auteur de soixantequatre ans ! C'est à cet âge qu'il nous a donné la seule tragédie qui, pour l'intérêt, puisse être mise k côté de Zaïre! Ce fut, il est vrai, la dernière époque de sa force tragique; mais quelle empreinte il en a laissée dans cet ouvrage! La seule trace d'affaiblissement qu'on y remarque est dans 'Je style , non pas assurément dans les morceaux passionnés et dans l'expression des sentimens : jamais l'auteur ne fut plus éloquent dans cette partie. Mais on s'apençoiil ici , pour la première ibis , ipA'il ne soulEent pins sa vepsîfits^on •d^ns-lous les