SECTION XV
Oljrmpie , et autres pièces de la yieillesse de Tauteur.
Oljmpie , composée peu de temps après Tan-crède, en est à un intervalle immense. Cest un roman mal conçu, dont le sujet est tiré du Cassandre de La Calprenède. Il parait que Voltaire chercha particulièrement, dans cet ouvrage, à mettre sur la scène beaucoup de spectacle et d'action. Cétait, il est vrai, jusqu'à lui, la partie faible de notre tragédie, excepté dans le cinquième acte de Rodogune et dans Athatie , et ce fut certainement un des mérites de Voltaire d'avoir enrichi cette partie de l'art, trop négligée
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par nos premiers maîtres. Il sentit plus que personne que la pompe de Tancienne tragédie grec* que manquait trop à la nôtre , et que Tavantage de parler aux yeux , qui est peu de chose quand il est seul , est d*un prix réel quand il se joint à celui de toucher le cœur et de flatter l'oreille. Il déploya un appareil vraiment dramatique dans le premier acte de Brutus j dans le quatrième de Mahomet, dans Mérope, dans Sémiramis , dan»
Tancrède. Cette dernière pièce surtout avait paru singulièrement frappante par la nouveauté autant que par l'eflfet du spectacle. Celui diOljmpie pouvait ne pas être moins beau , s'il eût été soutenu par l'intérêt du sujet ; il avait même quelque chose de plus hardi. Il convenait au génie d'oser nous montrer la fille d'Alexandre se précipitant dans les flammes du bûcher qui va con^ sumer sa mère, et la dignité des personnages relevait encore cette action grande et tragique. Mais il eût fallu nous intéresser davantage à cet amour d'Olympie pour Cassandre , et à celui de Cassandre pour Olympie , puisqu'au sacrifice de ' cet amour tient tout Tefiet de ce dénoûment funeste, puisque Olympie ne se jette dans le bûcher que pour ne pas épouser Cassandre , puisque Cassandre se tue de désespoir d'avoir perdu Olympie. Or, dès le premier acte , Tauteuf les a placés tous deux dans des circonstances qui , rendant leur union impossible, ne permettent
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pas qif 0» s'înlféffesBe à un amiMW éoiit il nfy a rien èeipérev. Gassandre, qui, étant fort jeune enceve; sorvait au fescîn ou Alexandre fut empoiaoniié, lui avait présenté le breuvage moftel , à la vente* sans le savoir; mus, dans les trouMes qui suivinent la mort du' roi il a percé de sa main sa- veuve Statira, qui passe pour morte, et qui s'est retirée dans le temple d^Épbèse. H s'est trouvé le maître de la jeune Olympie, fille d'Alexandre et de Statira , et Ta gardéeprèsde lui sous le titre d'esclave. I) n'a pas trouvé de meilleurs moyens pour s'en faire aimer que de lui cacher sa haute naissance et de l'élever dans ce dernier dtegré d'ali^ection. Il esrt venu dans^ le temple d'Ephèse pour se mettre au rang des initiés, et se finre purifier de ses crimes , soit forcés , soit volontaires. Il y célèbre la cérémonie de son mariage avec Olympie, qui, ne se connaissant pas, chérit en lui un bienfaiteur qui couronne son esclave. Mais, dès le deuxième acte, Olympie retrouve dans le temple Statira sa mère ; elle est reconnue pour fille d'Alexandre : Statira l'instruit de tout ce qu'a fidt Gassandre, et de l'horreur qu'elle a pour lui, L'hiérophante déclare luf-'même que cet hymen est nul, et qu'Olympie peut prendre un autre époux, à moins qu'elle ne consente à pardonner à Gassandre. Sous quel rapport ce Gassandre, qui a versé le sang de la mère, qui a si bassement ^usé de' l'innocence' crédule <^ la fille, et qd-
semble le fléau de toirte la £aaûlle d/ Alexandre v peut-il être pour nous un personnage intéreseanÉ?' Comment peut-il justifier à nos yeux ce que la malheureuse Oljmpie montre de penchant pour lui , et les prétention» obstinées qu'il conserve sur elle? Le poëte s'est. nris dans un défilé dont il ne saurait sortir : nous sommes trop sûrs quOlynipie, ne peut pas épouser , sous les yeux d'une mère qu'elle vient de retrouver, un prince si fourbe et si coupable , pour qui Statira moiitre la> plus juste exécration. Tout languit dès qu'il ti'y a plus d'espérance : l'art de l'intrigue ne conâste pas à former des obstacles insurmontables; l'essentiel «est que, malgré tout c&qtt'ilspraTent avoir' d-e^ frayant, les seotimttnsnaAtirels qui sont au fomdl' de nos cœurs ne nous assurent pas del'impossilÂlké d'une- heureose révolution. Ici cette impossîMké^' est tellement reconnue et sentie dès le oommai^' censeiit d)e» la pièce , que les plaintes d'Olympieet' les fureuvs de Cassandre ne peuvent guère^ nensf touebep;- etla« catastrophe du cinquième acte est trop nécessaire et trop prévue , surtout depuis ht mort deStatira, qm se tue au quatri^ne^ au moM ment où Cassandre veut forcer k maîn amnée* la^* sanctuaib^ où est. enfermée Otympie.
Le style* est d'une extrême incerrectioff; L^wrpeut distinguer pourtant, dans lé rôle de Chssan-* dre , un morceau qui a de la chalc^nr ; dans, ceîtdf' de Statira^ des vers qm ont delà noblesse; ceia:^
ci, par exemple, lorsqu'elle se fart reconnaître à rhiérophante :
Cette femme élcTée au comble de la gloire , Dont la Perse sanglante honore la mémoire, Veuye d'un demi-dieu , fille de Darius, Elle vous parle ici : ne l'interrogez plus.
Mais tout le monde a retenu ces quatre vers du grand-prêtre :
Hélas ! tous les humains ont besoin de clémence. Si Dieu n'ouvrait ses bras qu'à la seule innocence. Qui viendrait dans ce temple encenser les autels? Dieu fit du repentir la vertu des mortels.
Ce n'est pas la première fois que Voltaire exprimait cette idée , mais jamais il ne l'a mieux rendue. Le Triumvirat suivit de fort près Olympie , et eut encore moins de succès. On a essayé deux fois de reprendre Ol/mpie, qui avait été fort peu accueillie dans sa nouveauté , et qui ne le fut pas davantage aux reprises; le Triurm^iraty joué sans nom d'auteur, ne fut représenté qu'une fois. Voltaire avait passé, en un moment, du genre le plua romanesque à la sévérité d'un sujet historique que le nom des personnages rendait imposant, mais que leur caractère rendait encore plus ingrat. Crébillon avait traité le même sujet à l'âge de quatrevingt-deux ans , et n'avait fait qu'un très-mauvais ouvrage. Voltaire, dans un âge moins avancé, n'eut pas de peine à faire mieux, mais il n'en fit