‹ Lycée (volume 3)Chapitre 14 sur 32 · MÉZERAI · texte numérisé non relu

MÉZERAI

siècle de Louis XI , manque de véracité , dissi* mule ou dénatxire ce qu'il y a de plus essentiel ; et du moment où les jésuites paraissent sur la scène du monde , il écrit moins les annales de chaque règne que le panégyrique ou l'apologie de son ordre, surtout dans ce qui concerne les temps de la ligue et de notre Henri IV. Sa diction , d'ailleurs, manque trop souvent d'élégance et de noblesse.

Le P. d'Orléans , que Voltaire , dans le temps de ses complaiss^nces pour les jésuites , appelait un écrivain éloquent , a effectivement un peu plus de force dans le style que Daniel. Mais cette force est très-momentanée : on ne l'aperçoit que dans quelques morceaux travaillés avec plus de soin que le reste ; et sa manière habituelle est inégale et incorrecte. Son talent était au-dessous de son sujet , et son caractère ne l'élevait pas aur dessus des circonstances. Ce n'était pas au moment oùLouisXrV était le protecteur de Jacques II, qu'un jésuite pouvait saisir l'esprit des révolutions du gouvernement anglais. Il eut alors la dangereuse confiance de les pousser jusqu'au détrônement de ce même Jacques II , et ne nous a laissé qu'un plaidoyer contre les protestans , et une apothéose de Louis XFV.

Mézerai du moins n'était pas flatteur ; il avait même un fonds d'humeur satirique qui se fait sentir dans ses écrits. Il aimait la vérité , mais il

2/J/^ COUBS DE LITTÉRATURE.

ne la cherchait pas avec assez de soin ; et, soit négligence , soit misanthropie , il adopte trop légèrement les inculpations hasardées et les soupçons vagues. A ce défaut près, il juge sainement les hommes et les choses, mais il ne sait ni approfondir les idées ni peindre les objets. Sa narration ne manque pas de naturel , elle plaît même par un ton de franchise ; mais elle est dénuée d'agrément et d'intérêt. Incapable de rien soigner, et le style encore moins que tout le reste, Mézerai a écrit son histoire comme une conversation négligée.

Quoiqu'il ait terminé son ouvrage au règne de Henri IV, il éprouva le danger d'écrire l'histoire , même des temps éloignés , dans un pays où n'est pas encore établie cette liberté de penser, qui, restreinte dans des bornes raisonnables, c'est-à-^re dans le respect des lois sociales , est une des con ditions indispensables pour remplir les devoirs d'un historien. Mézerai, ennemi mortel des exactions , s'était élevé avec force contre les abus de la taille arbitraire , et surtout de la gabelle , de cet impôt contre nature, que la sagesse de notre souverain ^ a , dans ses édits, qualifié de désastreux, et dont sa bonté paternelle permet d'espérer l'abolition. Voici ce qui est rapporté à ce sujet dans

^ Tout ce morceau sur l'histoire a été écrit au commencement de 1 789 y et n'est pas moins applicable à d'autres circonstances.

Page 1