CHAPITRE IX
PRiiotormit
SfiCXIOlf PHEMISHie.
XÎTAFHTSIQyfb
Jiticarles, Pascal, F^néloA, Mallebranche, Bajle.
La philosoj^hie eut k même caractère que Vélo-» <juence; elle fut pre5q;ue toute religieuse, q'est-^ à-dire, toujours appuyée sur ces ba^es première» et universelles ;t la croyauçe d'uu Dieu, et l'immortalité de Vàme immatérielle : idées mères ^ dont les conséquences , pour les esprits justes et les cœurs droits^ s'étendent infiniment plus loin qu'on ne l'a cru de nos jours, puisque, bien sai-» fiies et bien développées, elles vpnt jusqu'à la né^ cessité d'une révélation. C'est ea ce sens que la religion entre dans tpute bonue pHlosopbie ; et , c'est pour cela que celle du dernier siècle fct souvent sublime , et s'égara fort,pe^ ,.presiq^#an» danger, et toujours sans scandfde«* l
Hors les athées, qu'il ne faut jami^a cpn^iiptep? ,
quand on raisonne j^ d'aiJ^evu^s ic^ut Iç; ;m(}n4^^
a8o COURS DBTiITTÉRATURE.
convient que l'idée d'un premier être est le principe de toutes i^os connaissances métaphysiques , comme elle est en même temps le fondement et la sanction de toutes les vérités morales , puisque , sans un Dieu , il ne peut y avoir dans les actions des hommes de moralité réelle. Elle est aussi la seule explication satisfaisante de tous les phénomènes physiques ; puisque leur première cause est le mouvement , et que le mouvement en luimême, de l'aveu de Newton, qui en a expliqué les lois , est inexplicable sans un premier moteur. Il s'ensuit que la vraie philosophie est inséparable de la religion , au moins de celle qui est, pour ainsi dire, le premier instinct des hommes les plus bornés , comme elle a été la doctrine des esprits les plus transcendans , de Platon , de Socrate, d'Aristote, de Cicéron, chez les anciens ; et, parmi les modernes , de Descartes , de Leibnitz , de Locke et de Fénélon , qui ont fait voir que cette religion primitive, que rejettent les athées, conduit à la nôtre, que rejettent les incrédules; et c'est ce qui fait que les philosophes du ^ècle passé les ont souvent fait marcher de front, et se sont servis de l'une pour appuyer l'autre.
Mais aussi la curiosité est inséparable de la raison humaine; et c*est parce que celle-ci a des bornes que l'autre n'en a pas. Cette curiosité eh elle-même n*est point un mal ; elle tient à ce qu'il y a de plus excellent dans notre nature ; car s'il
MÉTAPHTSIQUE. a8l
n'est donné de tout savoir qu'à celui qui a tout fait, rhomme s'en rapproche du moins autant qu'il le peut en désirant de tout connaître ; et Ton sait que ce grand et beau désir a été, dans les sages de tous les temps , le sentiment de leur noblesse , et le pressentiment de leur immortalité.
Sans doute ce désir, qui ne peut être rempli que dans un autre ordre de choses, sera toujours trompé dans celui-ci ; mais du moins nous lui devons ce que nous avons pu acquérir de connaisiances spéculatives; et les illusions qui ont dû s'y mêler sont celles de l'amour-propre, et prouvent seulement que la raison a besoin d'un guide supérieur qui lui trace la carrière hors de laquelle elle nB peut que s'égarer.
' C'est en méconnaissant ce guide que la curiosité en tout genre devient fanatisme ; et le fanatisme , soit religieux, soit philosophique, n'est, quoi -ju'on en ait dit, ni l'enfant de la religion , ni celui de la philosophie; il est l'enfant de Torgaeil, puissance violente et terrible. La raison, au contraire, même quand elle se trompe, est par ellemême une puissance tranquille qui ne se passionne point , et pour laquelle les hommes ne se battent pas. Le fanatisme ment quand il parle au nom du ciel ou de la raison ; la philosophie et la religion le désavouent également : il les outrage et les dénature toutes les deux , et toutes les deux le détestent. 11 prend de Tune des argumens dont
2^2 COURS DE LITT£rATIIBE.
il fait des sophismes, et de l'autre des dogmes dont il fait des hérésies; et de cet alliage impur sont sortis tous les maux qui ont désolé le monde ^ depuis Tarianisme qui ensanglanta les conciles » jusqu'au philosophisme ^ de ce siècle qui a fait de la France le théâtre de tous les crimes.
A la tête de tous ceux qui , dans le dernier siècle, ont vraiment mérité le nom de philosophes ^ il faut sans doute placer Descartes. Sa Dioptriqua^ et l'application de Talg^re à la géométrie , dé^ couverte qui l'a mis au rang des inventeurs ea mathématiques , n'appartiennent qu'aux scieneea exactes qui sont étrangères à notre objet. Mais personne n^goore les obligations <pie nous liû avons sous des rapports bien plus étendus , puis«^ que , par la révolution qu'il opéra dans la philosophie spéculative*, il fut véritablement le réforn»a» tour de l'esprit humain. Ou doit à son heureux
^ On est obligé f adopter ce mot, devenu nécessaire pour prévenir toute méprise » et qui signifie l'amour du sophisme, Tamour du &ux 9 comme philosophie veut dire amour de la sagesse, amour du vrai. Dans le génie de la langue grecque, les mots de scphifme et de sophistes suffisaient pour mai*quer l'abus ; dans la nôtre , ce n'est pas assec, parce que nos sophistes ne ressemblent point à ceux de l'antiquité. Geux^i n'ont jamais troublé la terre ; les autres ont voulu l'asservir, e^ ont été an moment de ramener la chaos, B y a donc ici amour du, mal, et par conséquent beaucoup plus qlCerr4ur; «'est ce qui doit faire admettre le mot de philç$Qphwo£*