MÉTAPHYSIQUE. DESCARTES
hardiesse d'avoir pu briser enfin le lourd sceptre du pédantisme scolastique , <jui avait produit depuis plusieurs siècles un très-mauvais effet , celui de uéveiller la dispute qu'en assoupissant la raison. L'époque où Ton avait découvert les ouvrages d^Âristote étant celle de. l'ignorance , il avait impriixié tant d'étonnemant et de respect, que Ton crut avoir trouvé la science universelle et infaillible; et ce qu'on avait alors d'esprit étant plutôt tourné vers une finesse frivole que vers le jugement solide. , la pbjsique générale d'Aristote , toute composée d'hypothèses gratuites, mais- substituant aux faits des définitions 4 des divisions et des sub- «0., fort ^^:^ s, a>é«phyriT>e pre^!
que toute formée d'abstractions très- savamment chimériques, furent embrassées avec avidité par des homnies qui avsiient assez d'esprit pour argumenter sur de3 mots, et pas assez pour chercher les chosesl Ain^ Von n'avait pris d'abord que les erreurs d'un grand homnie ; et ce ne fut que longtemps après que l'on sut profiter de ce qu'il avait fait de beau et de bon , en régularisant les notions essentielles du riaisonnemçnt , de l'éloquence et de la poésie. Aristote avait priç dans toute l'Eu-»rope un tel ascendant, qu'il y était presque regardé comme un père de l'Église « sa philosophie, était une religion;; sea décidons étaient des oracles; et l'on n'oubliera jamab ce ipot.qui seirvait de ré- . ponse à tout , ce mot reçu constainment dans ïf» •
284 COURS DE LITTERATtJRE,
écoles modernes, comme il Tavait été autrefois dans celle de Pythagore , ce mot qui est le sceau de l'esclavage des esprits : Le maître Va dit. De&cartes ne voulut de maître que Tévidence ; il la chercha par son doute méthodique , aussi sensé que le doute des pjrrhoniens était extravagant. Il apprit aux hommes à n'affirmer sur chaque objet que ce qui était clairement renfermé dans l'idée même de cet objet. C'est ainsi qu'il trouva les meilleures preuves que l'on eût encore données de l'existence d'un premier être, de l'immatérialité des esprits et de l'immortalité de l'âme; et son excellent livre de la Méthode réduisit en démonstration des vérités de sentiment. Il lui fallait, pour achever cette révolution , non-seulement le courage de l'esprit , mais celui de l'âme ; car quoiqu'il n'ait jamais été persécuté par le gouvernement , comme on l'a prétendu , il le fut par ceux qu'il contredisait, et qui trouvèrent des protecteurs de leurs thèses dans les magistrats qui condamnaient celles de Descartes. Le ministère lui 'dffiri't même des plaées et des pensons; mais il aima mieux philosopher en liberté chez l'étranger, jll eut de bonne heure des disciples et des admirateurs; il fit même des martyrs , puisque ceux qui osèrent les premiers enseigner sa philosophie dans les classes fiirent destitués de leurs places. Les tribunaux s'armèrent en faveur d'Aristote , et prohibèrent le cartésianisme, qui ensuite eut à son tour