‹ Lycée (volume 3)Chapitre 20 sur 32 · MÉTAPHYSIQUE. PASCAL · texte numérisé non relu

MÉTAPHYSIQUE. PASCAL

le, sort du péripatétisme^ car il domina dans les écoles, et y établit tout ensemble la vérité et Terreur. On crut à la mauvaise physique de Descartes, parce qu'il était bon métaphysicien, comme on ^vait ci*u à celle d'Aristote , parce qu il était bon dialecticien. Descartes, comme tant de grands esprits , n avait pu se défendre de la tentation de faire un monde , et n y avait pas mieux réussi. Mais on adopta ses éblouissantes chimères, après avoir combattu ses vérités; et quand Newton, sans chercher comment le monde avait été formé , découvrit les lois mathématiques qui le gouvernent, cette nouvelle lumière fut long-temps repoussée. On ne se rendit qu'avec peine au calcul et à Texpérience , qui firent voir enfin que des principes dans lesquels se trouve renfermée la régularité nécessaire du mouvement de tous les corps étaient incontestablement les meilleurs.

Un génie non moins élevé que Descartes dans la spéculation , et non moins vigoureux que Bossuet dans le style , Pascal employa Tune et Tautre force à combattre Tincrédulité qui était ventre à la suite du calvinisme , et , quoique cachée et sans crédit , alarmait dès lors les zélateurs du christiar nisme. Il attaqua d'abord ces malheureux casuistes, qui paraissent , il est vrai , avoir déraisonné de bonne foi , mais qui n'en avaient pas moins coippromis l'honneur de la religion , en la rendant , autant qu'il était en eux, complice de cette ridi-

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€ule scolastique qui avait rempli leurs Hvres des plus pernicieuses erreurs. On peut donc m^tre sur le compte de la bonne philosopliie ces fameuses IPrwinciales qui leur portèrent tm coup mortd. . Si ce n'eût été qu*tiu livre de controverse^ il aunàt eu le sort de tant d'autres, et aurait passé eomiïife eux. S'il n'avait eu que le mérite d'être écrit arvec une pureté unique à cette époque, on ne «*en souviendrait que comme d'un service rendu à notre langue. Mais le talent de la plaisanterie , réuni à celui de l'éloquence, et le choix ingénieux d'uti T!adre dramatique , où il feit jouer à des pCTsoiinages sérieux un rôle si comique et si plaisant , et naître le rire et la gaieté au mflien dtes malières les plus sèches et les plus graves, n*ont paspefmis que cet excellent écrit polémique passât àvtc ies intérêts particuliers qui lui promettaient d'abord une si grande fortune.

■ Mais une conception bien plus hatrte, ce fut celle du grand ouvrage qu'il ne put que méditer et n'eut pas le temps de composer, ouvrage ^où il 'se proposait de prouver invinciblement la nécessité et la vérité de la révélation ; ce qui ne veut pas dire, pour ceux qui connaissent leur langue et leur religion , qu'il eût jamais pensé à expliquer les mystères par une théorie piu^ment humaine , ce qui serait détruire la foi pour élever la raison. ' Pascal n'était pas capable de cette inconséquence 'antichrétienne; il voulait seulement démontrer

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les motifs de crédibilité , fondés sur la certitude des faits et des conséquences , de manière à ce que la raison n^aît rien à y opposer, et qu'elle soit forcée d'avouer qu*il suffit de ce que Dieu nous a voulu apprendre pour croire ce qu'il a voulu nous cacter. Ce plan est très-plûlosophique , très-exécutable ; et personne ne pouvait Texécuter mieux que Pascal , à en juger seulement par les fragmens qui nous restent, tout informes qu Us nous sont parvenus, La liaison des idées est nécessairement perdue : c'est une force principale qui manque pour le but de l'ouvrage ; mais celle de pensée et d'expression suffirait pour l'immortaliser. Ex ungue leonem : on voit l'ongle du bon ; c'est ce qu'on peut dire à chaque page de ce singulier recueil, qui ne parut qu'après sa mort, sous le titrfe de Pensées. Voltaire en a combattu quelques-unes avec une très-mauvaise logique et beaucoup de mauvaise foi. Le projet d'attaque n'était pas même convenable en bonne justice. Comment se permeton d'argumenter contre un homme qui, ne parlant encore qu'à lui-même, n'a souvent jeté sur 'des papiers détachés que des aperçus incomplets qu'il ne voulait que retrouver, pour les rattacher à la chaîne de ses raisonnemens? Voltaire est allé se heurter contre des pierres d'attente : combien îl eût réussi encore moins contre l'édifice entier!

Mallebranche s'avança sur les traces de Descartes dans les régions de la métaphysique : il y

démêla très -bien la cause des illusions que nous font sans cesse nos sens et notre imagination mais il ne se défia pas assez de la sienne; et quand il voulut savoir, ce qu'on ne saura jamais , comment nous pensons; quand il voulut comprendre dans l'homme cette incompréhensible union de la matière et de la pensée , et comment deux substances d'une nature si opposée peuvent concourir à une même action , alors il fit le roman de l'âme, comme Descartes avait fait celui de l'univers. Il prétendit, comme l'on sait, que l'homme voyait tout en Dieu; sur quoi l'on fit ce vers fort plaisant:

Lui qai voit tout en Dieu , n*y Toit pas qu il est fou. t

C'était au moins un fou qui avait bien de l'esprit. On ne peut pas employer plus d'art à donner de la vraisemblance à un système qui ne peut pas soutenir l'examen. Mallebranche se distingue d'ailleurs par un mérite particulier : son style est le meilleur modèle de celui qui convient aux recherches métaphysiques. Il est de la clarté la plus lumineuse; il est fatile, agréable, coulant; il n*est orné que de son élégance , et cette élé^ gance ne va jamais jusqu'à la parure, encore moins jusqu'à la recherche. Aussi le lit -on toujours avec plaisir, parce que, s'il se fait illusion à lui-mêm * , il ne veut jamais en faire au lecteur.

Mais il est un mérite plus rare et plus pré-

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