‹ Lycée (volume 3)Chapitre 23 sur 32 · MORALE · texte numérisé non relu

MORALE

Fénëlon, Nicole, Du^et, La RocLefoucanld , La Bnijére,

Sain t-Evremond .

En passant de la métaphysique à lar momie y nous retrouvons d'abord ce même Fénélon , qui

orna cette morale des grâces de son imagination ,

comme il avait animé la métaphysique delà douce : cHaleur du sentiment. Les leçons qu'il donnait à

'8on: royal disciple sont celles que suivront tous .les rois qui voudront être bons et aimés; et il les :. fondit toutes dans un ouvrage d'une espèce uniijque, ^et qui jusqu'ici est demeuré le seul de sa . classe,' le Télémaque. H y a long-temps que tout

.est dit sur ce livre, et je ne répéterai point ce que 4 i*ai écrit lorsque j'eus le bonheur de rendre à la i : mémoire de Fénélon unhommage solennel . J'oserai ..seulement remarquer que les critiques. qu'on a

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faites de ce chef- d'œuvre sont , pour la plupart , outrées et injustes. Voltaire a dit :

J'admire fort votre style flatteur.

Et votre prose, encor qu'fm peu traînante.

Il me semble que cette prose ne 1 est point , qu'elle est en général ce qu'elle doit être. Ce n'est pas la précision qui doit caractériser un ouvrage tel que le Télémaquey qui, sans être un véritable poëme, puisqu'il n'est pas écrit en vers, se rapproche pourtant des principaux caractères de l'épopée , par l'étendue, par les fictions, par le coloris poétique. Ce qui doit y dominer, c'est une abondance facile et pourtant sage , un style nombreux et liant plutôt que serré ou coupé ; et c'est

• celui du Télémaque. Il est vrai qiie, dans la police do Salente établie par Idoménée, l'auteur

■ descend à des détails qui paraissent trop petits, parce qu'ils sont de nature à ne pouvoir être re-

- levés que par l'élégance des vers et la grâce de la

' mesure , comme nous en voyons de fréquens exemples chez les anciens, et chez les modernes qui ont su les imiter. C'est un des avantages propres à la poésie, de pouvoir ennoblir certains objets que la meilleure prose ne peut faire valoir. Il s'ensuit que ces détails, qui d'ailleurs occupent peu de place, sont un défaut particulier dans l'ouvrage de Fénélon , et nullement un vice général de style. Il me parait même qu'il a su , dans son

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Télémaque , se garantir de la difiusion qu'on peut lui reprocher ailleurs : c'est là qu'heureux émulateur des anciens, dont il était si rempli, il s'est rapproché en même temps de la richesse d'Homère et de la sagesse de Virgile,

D'autres critiques auraient voulu qu'il eût plus ; de profondeur dans ses idées morales et politi- ; ques : ils ne se sont pas souvenus que l'auteur du Télémaque ne devait pas écrire comme celui de \ Esprit des Lois. Je ne veux pas dire qu'il l'eût fait s'il l'eût voulu : je dis que , quand même il . l'aurait pu, il ne l'aurait pas fait et n'aurait pas dû le faire. Chaque genre doit avoir un caractère de style analogue à son objet. Ce qui n'est que solide et fort dans un livre sur les lois paraîtrait • sec dans un ouvrage mêlé de morale et d'imagi- . nation. L'un doit donner à la raison toute sa force : il ne veut qu'instruire et faire penser. L'autre doit songer surtout à donner de l'agrément et du charme à ses instructions : il veut plaire afin de ; persuader. Des principes de droit public ^ de po- \ litique et de législation doivent avoir de la pro- : fondeur dans un traité didactique; mais ces . j premiers principes de justice et de bienveillance ] universelle , qui sont la base de tout bon gouvernement, très-heureusement pour nous, ne demandent point de profondeur de pensée. La conscience les reconnaît , le sentiment les saisît ; et ils n'ont de profond que leur racine , que la na*

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ture a mise dans tous les cœurs. Le devoir et lé dessein de Fénélon étaient de les inspirer à un* jeune princené pour régner; et, dans , ce genre d'instruction ,■ celui qui réussit le mieux est sanscontredit celui qui la fait aimer. Quand tous lés lecteurs ne rendraient pas ce témoignage à Fénélon , c'en serait un , qui seul tiendrait lieu de tous les autres , que le succès rare et presque unique de- ses préceptes et de ses leçons. Pour apprécier le maître, il feuffit de voir ce qu'il fit de son élève, d'où il le ramena, et jusqu'où il le conduisit. Il suffit de savoir ( et de fidèles traditions nous l'apprennent) ce qu'était devenu le duc de Bourgo^ gne, quel règne il promettait à la France, et quels regrets le suivirent lorsque tant d'espérances s'en allèrent avec lui dans le même tombeau.

Ecartons toujours cette espèce de critique qui demande à un écrivain le mérite qu'il n'a pas dû avoir. Je ne chercherai pas plus dans Télémaque là force et la profondeur de Montesquieu que dans \ Esprit de^ Lois lès grâces et la douceur de Flsnéldn. Rendons hommage à la nature, qui en sait plus que tous les critiques, et qui, déterminant toujours les hommes qu'elle a doués vers le genre dô travail t)ù elle les appelle , leur donne les qualités propres à y réussir.

Voltaire rapporte qu'après la mort du duc de Bourgogne, liouis XIV , qui n'aimait pas l'auteur dé Télémaque , brûla tous les manuscrits du pré-

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cepteur, que l'élève avait conservés. Il cite au même endroit une lettre de Ramsay, ami de Fénélon , où il est dit que , si l'archevêque de Cambvay eût vécu en Angleterre , il aurait donné l essor à ses principes , que personne na connus. Les manuscrits brûlés sont une perte sans doute; quoiqu'ils ne consistassent probablement que dans une correspondance suivie de l'instituteur et du prince, il serait curieux et intéressant de voir ce qu'écrivait Fénélon au duc de Bourgogne, qui le consultait sur tout : mais d'ailleurs , je ne sais trop ce que peut entendre Ramsay par ses principes ^ que personne na connus -y je crois qu'ils le sont suffisamment par les Dialogues des Morts ^ et encore plus par le livre intitulé Direction pour la conscience d'un roi. Peut-^tre ni l'un ni l'autre n'étaient imprimés quand Ramsay écrivit sa lettre : le dernier n'a paru que de nos jours, long-temp^ après la mort de Tauteur. Quoi qu'il en soit, toute sa morale sur la manière de gouverner est trèsclairement développée dans ces deux ouvrages. Elle est d'abord, par rapport aux républiques, comme résumée tout entière dans ce peu de mots qu'il- met dans la bouche de Socrate : « Il faut » qu'un peup]6 ait des lois écrites, toujours con- » stantes et consacrées par toute la nation ; qu elles » soient au-dessus de toutj que ceux qui gouver- » nent n'aient d'autorité que ppr elles ; qu'ils puijs- » sent tout ppup le bien, suivant les lois; qu'ils ne

» puissent rien contre ces lois pour autoriber le fi mal. » Quand Fénélon aurait écrit en Angleterre, eût-il pu dire mieux? eût-il pu dire davantage? Quant aux monarchies pures, qui, sans avoir positivement un premier code politique écrit, un contrat social formel, ont toutes cependant une constitution dans des lois traditionnelles et des coutumes fondamentales, Fénélon a tracé les devoirs de leurs souverains dans la Direction pour la conscience d'un roi.

« L'amour du peuple , le bien public , ^intérêt » général de la société, est donc la loi immuable » et universelle des souverains. Cette loi est anté- » rieure à tout contrat : elle est fondée sur la na- )) ture même; elle est la source et la règle sûre de » toutes les autres lois. Celui qui gouverne doit » être le premier et le plus obéissant à cette loi » primitive. Il peut tout sur les peuples; mais » cette loi doit pouvoir tout sur lui. Le père com- » mun de la grande famille ne lui a confié ses » enfans que pour les rendre heureux; il veut » qu'un seul homme serve par sa sagesse à la fé- » licite de tant d'hommes, et non que tant d'hom- I) mes servent par leur misère à flatter Torguol » d'un seul. Ce n'est point pour lui-même que » Dieu l'a fait roi : il ne l'est que pour être l'homme » des peuples. Le despotisme tyrannique des sou- » verains est un attentat sur les droits de la fra- » terni té humaine; c'est renverser la grande et

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» sage loi de la nature , loi dont ils ne doivent être » que les conservateurs... Le pouvoir sans bornes » est une frénésie qui ruine leur propre autorité... » On peut, en conservant la subordination des » rangs, concilier la liberté du peuple avec l'o- » béissance due aux souverains , et rendre les » hommes tout ensemble bons citoyens et fidèles » sujets , soumis sans être esclaves , et libres sans » être eflFrénés. L'amour de Tordre est la source de » toutes les vertus politiques, aussi-bien que de » toutes les vertus divines. »

Fénélon ne se borne pas à ces vues générales. Sa Direction est un examen sommaire de tous les devoirs du prince, et par conséquent de tous les droits des sujets : rien n'y est oublié; et dans ce moment où un monarque patriote veut entendre la nation , parce qu'il veut et peut seul la régénérer ^ , vous. reconnaîtriez dans ce livre de Fénélon les vœux qui se manifestent de tous côtés. Je ne m'arrêterai que sur deux articles principaux, l'emploi des revenus publics et le degré de confiance qu'il faut accorder aux ministres. « Le bien des » peuples ne doit être employé qu'à la vraie utilité » des peuples mêmes. Vous avez votre domaine » qu'il faut retirer et liquider : il e§t destiné à la » subsistance de votre maison. Vous devez modé- » rer cette dépense , surtout quand vos revenus de

* On voit que ceci a été écrit en 1 788

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» domaines sont engagés, et qi^eles peuples sont » épuisés. Les subventions des peuples doivent » être employées pour les vraies charges de Té- » tat. Vous devez vous étudier à retrancher , » dans les temps de pauvreté publique, toutes » les charges qui ne sont pas d'une nécessité » absolue. Avez-vous consulté les personnes les » plus habiles et les mieux intentionnées, qui » peuvent vous instruire de l'état de» provinces, de » la culture des terres, de la fertilité des années » dernières, de l'état du commerce, pour savoir » ce que l'état peut payer sans souffrir? Avez-vous )) réglé là-dessus les impôts de chaque année?..*. » Vous savez qu'autrefois le roi ne prenait jamais » rien sur les peuples par sa seule autorité. C'était » \e parlement , c'est-à-dire, l'assemblée de lana- » tion , qui lui accordait les fonds nécessaires pour » les besoins extraordinaires de l'état : hors ce cas , » il vivait de son domaine. Qu'est-ce qui a changé . » cet ordre , sinon l'autorité absolue que les rois » ont prise? De nos jours on voyait encore lespar- » lemens, qui sont des compagnies infiniment' » inférieutes aux anciens parlemens ou états de » la nation , faire des remontrances pour n enre- » gistrer pas les édits bursaux. Du moins devez- » vous n'en faire aucun sans avoir bien consulté » des personnes incapables de vous flatter^ ^t qiji » aient un véritable zèle pour le bien public. ITa- » vez-vous point mis sur les ppup}es de nouvelle

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» charges pour soutenir vos dépenses superflues, }) le luxe de votre table, dé vos équipages: et de- » vos meubles, l'embellissement de vos jardins et » de vos maisons, les grâces excessives prodiguées » à vos favoris ? »

La publication de ce livre n'aurait sûrement p^s. été permise sous le règne de Louis XIV : c'eût été une censure trop directe et trop terrible de ces^tra vaux de Maintenon et de Versailles , aussi meurtriers que dispendieux , q^i dévoraient à la fois (selon le rapport des historiens), ,et la substance des peuples qui les payaient , et la vie des soldats qi^'on y employait. Il fut publié pour la première fois en 1748, dans les temps dés prospérités de Louis XV, et il a été réimprimé en 1 774 , au com-» mencement du règne actuel , et> suivant les termes, des éditeurs, du consentement exprès du roi.

L'autre morceau a pour but de faire voir com-. bien il est dangereux pour un monarque de s'en rapporter uniquement à ceux qui sont en posses^ sioa de sa confiance. «Q n'est point permis de< » n'écouter et de ne croire qu'un certain nombre » de gens : ils sont certainement hommes, et, )) quand même ils seraient incorruptibles, ; du. » moins ils ne sont pas infaillibles. Qyelque con«^ » fiance que vous ayez en leurs lumières et en leurs, ji vertus, vous êtes obligé d'examiner s'ils ne 5ont . •Il point trompés par d'autres, et s'ils ne s'entêtent. » point* Toutes les fois que vous vous livrez à nu-"

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» certain nombre de personnes qui sont liées en- » semble par les mêmes intérêts ou par les mêmes » sentîmens , vous vous exposez volontairement à » être trompé , et à faire des injustices. »

Je regarde comme un devoir de citer encore ( <juoiqu'on l'ait cité partout ) ce qui regarde la liberté de conscience. «'Sur toute chose, ne forcez » jamais vos sujets à changer de religion. Nulle » puissance humaine ne peut forcer le retranche- » ment impénétrable de la liberté du cœur. La » force ne peut jamais persuader les hommes ; » elle ne fait que des hypocrites. Quand les rois se » mêlent de religion , au lieu de la protéger ils » la mettent en servitude. Accordez à tous la to- » lérance civile , non en approuvant tout comme » indifférent , mais en souffrant avec patience » tout ce que Dieu souflBre , et en tâchant de ra- » mener les hommes par une douce persuasion. »

Ces choses-là ne peuvent trop se répéter : elles ont bien une autre force dans un écrivain tel que Fénélon que dans ceux qui n'ont été que philosophes. Ce n'est pas que la vérité soit en ellemême susceptible de plus ou de moins ; mais une vérité de cette nature a plus d'autorité auprès de ceux qui l'entendent, quand elle sort de la bouche d'un prélat de l'Église romaine. Il n'est que trop commun , quand on ne peut combattre les choses, de se rejeter sur la personne. Que Bayle fasse un livre exprès pour prouver que la tolérance civile est

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de droit naturel , bien des gens diront , Cest un philosophe y et croiront avoir répondu. Mais qui osera dire à Fénélon : Vous n'êtes pas un bon chrétien? Ce n est pas la moindre partie de sa gloire d'avoir été l'apôtre de la tolérance sous un règne de persécution; et si nous avons été affligés de voir un Bossuet préconiser celle de Louis XIV. nous en aimerons davantage Fénélon, qui a osé la condamner.

Les Dialogues j qu'il n'eût pas fallu intituler Dialogues des Morts , puisqu'il y en a beaucoup dont les interlocuteurs sont censés vivans, ne roulent pas en général sur un fonds d'idées aussi grave ni aussi sévère; ils sont proportionnés à l'âge du prince pour lequel ils étaient faits. La plupart ont pour résultat un point de morale qui doit servir de leçon; mais quelquefois l'auteur, tout occupé de son dessein , sacrifie un peu la dignité du personnage pour établir le précepte ; et quelques grands hommes de l'antiquité sont obligés de descendre pour instruire le petit-fils de Louis XIV. Les Dialogues entre les modernes sont d'une raison plus forte , parce que celle du prince devenait plus mûre. Les meilleurs, à mon gré, sont ceux de Louis XI et du cardinal La Balue , de Charles- Quint et de François I". Ces quatre personnages se disent des vérités fort dures, mais fort instructives, et leurs caractères sont bien conservés. Fénélon a tiré un autre dialogue très-court , mais

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très -bien conçu, de l'anecdote piquante de ce jeune moine de Saint- Just , que l'ennuyé Gharfes- Quint allait réveiller avant lé jour, et qui' lui dit avec une naïveté si plaisante : Eh ! riêtes-vous pas content d'avoir si long ^ temps troublé le repos du monde ? Faut-il donc que vous Votiez à un pauvre novice qui ne demande quà dormir? En total , quoique ces Dialogues soient quelquefois un peu négligés dans la diction , et d'une raison assez conamune , je préfèreraîs le naturel qu'on y sent toujours, et le bon esprit qu'on y aperçoit souvent, au babil si spirituellement raffiné qui fatigue dans ceux de Fontenelle. On a joint à ceux de Fénélon quelques historiettes morales à la portée de la première jeunesse; maâs tout le monde peut lire avec grand plaisir le mwceau qui a pour, titre : Aventures d'Aristonàûs. n est écrit comme le Télémaque.

Nicole, oublié comme controversiste , a conservé de la réputation par ses Essais de morale , quoiqu'on ne les lise guère plus que ses' Disser^ tations polémiques. C'est un logicien fort exact, et un auteur d'un style pur et simple , comme tous ceux de Port-Royàl ; mais il est un peu froid et très-verbeux : il prouve plus la morale qu'il ne la persuade, et raisonne plus qu'il ne touche; ce qui n'empêche pas que la le ture de ses écrits ne soit utile ; Voltaire lui-même en a loué plusieurs.

Duguet^ autre écrivain de la même école, et

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qui soutint aussi pour elle de longs combats dont on ne parle plus , est digne de se reproduire aux regards de la postérité , par le mérite et l'importance du sujet qu'il a traité sous le titre di Institution d'un Prince j livre composé pour le fils aîné du duc de Savoie , Victor- Amédée. Il est vrai que ce qui concerne la religion et le clergé occupe trop de place dans cet ouvrage : de quatre volumes,

• les deux derniers y sont entièrement consacrés; et Fénélon , dans une Direction de conscience , en dit cent *jis moins sur les matières ecclésiastiques

• quéDugùet dans un Traité de l'art de gouverner. C'est -que le premier, comme touâ les esprits supérieurs , se restreint à l'essentiel , s'oublie lui-même

• pour son sujet, et ne prétend pas qu un souverain *en sache autant qu'un évêque ou un docteur;

l'autre, au contraire, abonde avec complaisance dans ce qui a été l'objet de ses études, et ne songe fias que , pour bien instruire , il ne faut pas dire >.tout ce qu'on sait , mais seulement ce qui convient ..à ceux qu'on instruit.' Cependant en laissant de .icôté ces deux volumes , qui pour un prince auraient pu» être réduits à dix pages , on trouve dans les deux » premiers , quoiqu'ils soient encore ; trop : difiiis , beaucoup d'ordre et de clarté , un { fends 'd'instruction solide, des principes sages, -et des moyens très -judicieusement présentés .pour garantir un souverain de tous les pièges qui I l'environnent , pour trouver la vérité^ et deg

^ amis , écarter le mensonge et éviter l'injustice. Le plan de conduite et de gouvernement qu'il trace est certainement très-bon à suivre ; mais aussi celui qu'il a suivi lui-même dans son livre lui ménageait de grands secours. Il en a fait une espèce de recueil des plus beaux préceptes de sagesse et des traits les plus heureux des anciens philosophes qui ont écrit pour former de bons princes, ou pour les louer, de Tacite , de Sénèque, de Pline, et des meilleurs historiens du siècle d'Auguste ou du moyen âge. Personne n'a plus mis à contribution l'antiquité, mais personne n'a mis plus de bonne foi dans ses emprunts : il cite régulièrement en note tout ce qu'il traduit dans son texte ; et son érudition et sa candeur font un honneur égal aux bonnes études qu'il avait faites, et aux maîtres qui les avaient dirigées. Son style a plus de force et d'intérêt que celui de Nicole, quoiqu'on puisse désirer qu'au talent de fondre habilement l'esprit des anciens dans son ouvrage il eût joint celui de s'exprimer, comme eux, avec cette imagination qui anime tout. H est du moins animé d'un sincère amour de la vertu et du bien public : il déteste toute flatterie , et n'oublie rien pour mettre le prince en garde contre elle , et faire tomber toutes les sortes de masques dont elle se couvre. On pourra juger de la sévérité de ses maximes par ce morceau , qui aurait un peu embarrassé les prédicateurs qui se font panégyristes;

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« Un pni^ce doit défendre en public comme en

» secret tout ce qui est excessif, et regarder comme

D excessif tout ce qui blesse la vérité. Un discours

» flatteur , prononcé dans une cérémonie , doit ,

» être interrompu par lui , si celui qui le fait n*a

. » pas profité des avis qu'on lui a fait donner, de

» n'y rien mêler que de sage et de raisonnable. Une

' » action de cet éclat est sue dans tout le royaurtie ;

.» elle ferme la bouche à tous ceux qui croiraient

' » avoir de l'esprit en disant de belles paroles , sans

» se mettre en peine qu'elles fussent vraies ; elle met

» en honneur le prince, comme ennemi déclaré

» du mensonge; elle apprend à tous ses sujets que

» le moyen de lui plaire est d'aimer, commelui ,

» la vérité... » Et ailleurs : « Les inscriptions qu'on

» graverai sur le marbre ou sur l'airain seront con-

» damnées par le prince, et changées par son

» ordre, si elles ne sont simples et sincères. C'est

» un mal plus grand de perpétuer la flatterie par

» des monumens durables que de là souffrir dans

)) des discours qui ne laissent point dé vestiges. C'est

» rendre le scandale comme éternel , et apprendre

» à la postérité à mépriser la vérité , que de lui lais-

» ser de si mauvais exemples. Les hommes s'y ac-

» coutument; mais l'indignation de Dieu ne passe

» point, et une statue avec un titre insolent est

» une espèce d'idole qui lui rend odieux le Ueu où

» elle est érigée, et le peuple qui n'en gémit pas. »

Jusqu'ici ce n'est que le langage d'une raisou

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