‹ Lycée (volume 3)Chapitre 27 sur 32 · LITTÉRATURE MÊLÉE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE MÊLÉE

SECTION PREMIERE

Romans.

Les bons romans sont l'hîstoîre du cœur humain^ et ce n'est pas ce qu'ils furent d'abord parmi nous. Les plus anciens, tels que le Roman de la Rose , ont pu n'être pas inutiles à notre langue naissante, dans un temps où on ne la croyait pas encore digne des ouvrages sérieux. J'avoue franchement que jamais je n'ai pu les lire , non plus que Fjés^ ttxe , quoique beaucoup plus moderne , et malgré la vogue prodigieuse qu'elle avait encore au commencement du dernier siècle. Quelques traits de naïveté , quelques images pastorales que l'on pouvait rechercher dans un temps où l'on manquait de meilleurs modèles, ne peuvent aujourd'hui faire supporter le verbiage et le galimatias, si ce n*est aux philologues de profession, aux érudits, aux étymologistes, qui se font un plaisir d'habiter dans les ténébreuses antiquités de notre lan-

gue, de deviner notre vieux jargon, et qui se croient assez payés de leur patience quand ils ont déterré quelques origines , ou qu Ds peuvent citer un mot heureux : chacun se nourrit de ce qu'il aime. On s'est même avisé de faire revivre ce vieil idiome dans des productions modernes, et d'écrire au dix -huitième siècle comme on parlait au douzième. On a employé dans des romans de nos jours le style de la belle Maguelone et de Pierre de Provence. Il y a des gens qui trouvent dans cette sorte de pastiche une invention merveilleuse ; moi , qui n'y entends pas finesse , je n'y vois qu'un moyen facile de se passer de style et d'esprit.

Je n'ai pas lu non plus, du moins jusqu'au

bout, la Clélie ni le CjruSy dont Boileau s'est tant moqué et avec tant de raison, ni Y Ariane de Desmarets, qui vaut encore moins ^ et qui n'eut pas moins de réputation : ce n'est pas faute de bonne volonté; mais il m'est impossible de lire ce qui m'ennuie.

Il faut toujours en revenir à ce que disait Voltaire : Oh! qu il fait bon venir à propos! Mademoiselle de Scudéry, avec ses grands romans, se fît une grande renommée, du moins jusqu'au moment où Despréaux les eut réduits à leur valeur. On avait alors la manie des portraits, et cette demoiselle ne manquait pas de faire celui de tous les personnages célèbres de son temps sous des

Page 1