CORNEILLE. LE CID. JM
d'hui après cent cinquante ans d'expérience; mais il n'est pas indifférent à la gloire de Corneille de faire voir qu'il lui arriva ce qui arrive toujours, aux esprits créateurs , c'est que non-seulement il faisait mieux que tous ses rivaux , mais qu'il en savait plus que tous ses juges.
Les reproches incontestables que l'on peut faire au Cid sont :
1 "*. Le rôle de l'Infante , qui a le double inconvénient d'être absolument inutile , et de venir se mêler mal à propos aux situations les plus intéressantes. ( Ce rôle fut retranché lorsque Rousseau le lyrique arrangea le Cid de la manière dont on le joue maintenant; mais j'examine l'ouvrage tel qu'il fut composé. )
2°. L'imprudence du roi de Castille, qui ne prend aucune mesure pour prévenir la descente des Maures , quoiqu'il en soit instruit à temps , et qui , par conséquent , joue un rôle peu digne de la royauté.
3"*. L'invraisemblance de la scène où don Sanche apporte son épée à Chimène , qui se persuade que Rodrigue est mort , et persiste dans une méprise beaucoup trop prolongée , et dont un seul mot pouvait la tirer. On voit que l'auteur s'est servi de ce moyen forcé pour amener le désespoir de Chimène jusqu'à l'aveu public de son amour pour Rodrigue, et afiâiblir ainsi la résistance qu'elle oppose au roi, qui veut l'unir à son amant»
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Wbàb il ne parait pas que ce ressort fut néceasaine, et la passion de Cbimène était suffîaaounent eonnue.
À"*. La violation fréquente de cette règle essen-* tîelle qui défend de laisser jamais la scène vide, et que les acteurs entrent et sortent sans se parler on sans se voir.
5"". La monotonie qui se fait sentir dans toutes les scènes ent^e Gkimène et Rodrigue , où ce dernier offre continuellement de mourir^ J'ignore si, dans le plan de Toiivrage, il était possible de fkiire autrement : j'avouerai aussi que Corneille a mis beaucoup d'esprit et d'adresse avarier, autant qu'il le pouvait, par les détails , cette uniformité de fond ; mais enfin elle se fait sentir , et Voltaire ajoute avec raison* que Rodrigue offiraint toujours sa vie à sa maîtresse a une tournure un peu trop romanesque.
Yoilà , ce me semble , les vrais déËiuts^ qu'on peut blâmer dans la conduite du Cid : ils sont assez graves. Remarquons pourtant qu'il n'y en a pas un qui soit capital , c'est-à-dire , qui Ëisse crouler l'ouvrage par les fondemens, ou qui détruise l'intérêt ; car un rôle inutile peut être retranché , et nous en avons plus d'un exemple. n est possible à toute force que le roi de Castille manque dé prudence et de précaution , et que don Sanche, étourdi de Femportement de Gliimène., n'ose point l'înterr(»npre pour ht d é tro mpe r : ce