GOBN£ILLE. LES HORACES. 22'J
qui laisse pourtant k la sensîhilité pateriielle ce qu'elle doit lui laisser , oublierons- nous ce que nous devons d'éloges aux rôles de Curiace et du jeune Horace si habilement contrastés ? Le dernier montre partout cette espèce de rigidité féroce qui , dans les premiers temps de la république , endurcissait toutes les vertus romaines , et qui convenait d'ailleurs k un gueirier farouche, quon voit dans la suite de la pièce répandre le sang de sa sœur , pour avoir fait entendre dans le bruit de sa victoire les emportemens d'une amante malheureuse. Curiace , au contraire , fait voir une fermeté mesurée , et même douce , qui n'exclut point les sentimens de l'amour et de Famitié, C'est avec ^ette opposition si belle et si dramatique que Corneille a fait un chef-d'œuvre de la scène entre ces deux guerriers; et si l'on oublie quelques fautes de diction , quels vers ! quel style l
BOIIÀCE.
Le sort qui de ThoTineur nous ouvre la Ijarrière
Oilre à notre constance une illustre matière.
11 épuise sa force à former un maliieur.
Pour mieux se mesurer avec noire valeur;
Et comme il voit en nous des âmes peu communes.
Hors de l'ordre commun il nous fait des fortunes.
Combattre un ennemi pour le salut de tous ,
Et contre un iîîconnu s* exposer seul aux coups,
D'ime simple vertu c*est l'efTet ordinaire ;
Mille déjà l'ont fait, mille pourraient le faire ^.
^ YGitaii'e blume ce dciudème hémistiche, ccNOime tait
2^8 COURS DE UTTÉRATLRB.
Mourir pour son pays est un si digne sort, Qu*on briguerait en foule une si belle mort.
Mais vouloir au public immoler ce qu on aime , S'attacher au combat contre un autre soi-même , Attaquer un parti qui prend pour défenseur Le frère d'une femme et Famant d'une sœur.
Et, rompant tous ces noeuds, s'armer pour la patrie G>ntre un sang qu'on voudrait racheter de sa yie. Une telle vertu n'appartenait qu'à nous..
L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux. Et peu d'hommes au cœur Font assez imprimée Pour oser aspirer à tant de renonmiée.