CORNEILLE. CINNA
ture est embarrassante. Cependant il e^ère qu*à
force dy réi^r.... La scène finit à cette suspen-
sion, par l'arrivée de dinna. Avouons, avamt
d'aller plus loin , que cet mcident , qui va produire
une révolution , est froid et naal imaginé.
D'abord ces sortes d'amours qu'on vient annoncer au troisième acte conuxie une nouvelle indifférente, et sans qu'on ait dit jusque-là un mot qui pût nous y préparer, sont opposées à l'esprit de la tragédie , qui exige que tous les ressorts dont se compose l'intrigue aient un degré d'intérêt suffisant pour attacher le spectateur. Et qui peiit en prendre le moindre à cet amour subit de Maxime, qu'on voit déjà délibérer avec luir-même sur une action infâme , en homme tout prêt à la faire ? H n'y a rien de moins tragique. On voit que l'auteur avait besoin de ce moyen pour révéler la conspiration ; mais on voit aussi qu'il fallait absolument en trouver un autre. La scène suivante amène une surprise bien extraordinaire. Ginna luirait : mais ce n'est plus ce Cinna que l'on a wu jusqu'ici fiirieux de patriotique et avide du sang d'Auguste , c'est un homme tourmenté des plus vifs remords, se condamnant luinoiênfê, et ne pouvant , malgré tout son amour foar Ëiuilie , se résoudre à une action qu'il regarde à présent comme un crime abominable , et qui tout à l'henre lui paraissait la plus belle et la plus glorieuse tqpi put immortaliser un Romain. Qui iionc l'a pu
2AS COtRS DE LITTÉllATURE.
changer à ce point? Que s'est-il passé qui puisse tout à coup le rendre si diflférent de lui-même? Les remords sont dans la nature, sans doute, mais c'est lorsqu'on se résout à une action que l'on regarde soi-même comme un crime; etCinna nous a parlé jusqu'ici de son entreprise comme d'un acte de vertu. Écoutons-le maintenant.
Je sens au fond du cœur mille remords cuisans ,
Qui rendent à mes yeux tous ses bienfaits présens.
Cette faveur si pleine et si mal reconnue
Par un mortel reproche à tout moment me tue.
Il me semble surtout incessamment le voir
Déposer en nos mains son absolu pouvoir,
Écouter mes avis , m* applaudir et me dire :
« Cinna, par vos conseils je retiendrai l'empire;
» Mais je le retiendrai pour vous en faire part..... »
£t je puis en son sein enfoncer le poignard 1
Quel est l'homme qui dans le fond du cœ ne lui réponde pas aussitôt: «Puisque vous êtes » susceptible d'un attendrissement si naturel^ » comment n'avez-vous pas ressenti ces émotions » dans le moment où Auguste venait d'avoir avec » vous cette effusion de cœur si touchante? Com- » ment , loin d'être attendri , avez-vous paru plus "» endurci que jamais dans votre haine pour lui -» et dans la résolution de lui arracher la vie? Je » vous ai cru un Romain forcené , et ce n'est que » sous ce rapport que votre conduite me paraissait » concevable; mais puisque vous êtes capable d'être » ému à ce point, c'était alors que vous deviez l'être ;
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j) OU la nature n'est pas en vous ce qu elle est dans » les autres hommes. »
Ce n'est pas tout : on pourrait croire que ce mouvement , quoique inattendu et déplacé , n'est au moins que passager, mais non : c'est désormais le sentiment qui domine dans Cinna. Sa manière de voir est changée en tout ; ce n'est pas une faiblesse involontaire qu'il se reproche , c'est le cri de sa conscience, qu'il n'est plus en lui de repousser. Auguste n'est plus à ses yeux un monstre abominable ; il ose le justifier , l'exalter en présence même d'Emilie qui persiste à demander sa mort. La conspiration lui parait désormais un attentat odieux et inexcusable ; il ne balancerait pas à renoncer à ses desseins , s'il n'était encore retenu par son amour pour Emilie ; et quand , à force de reproches , elle est parvenue à recouvrer tout son empire sur lui , ce n'est qu'avec le désespoir dans l'àme qu'il se détermine à lui obéir; c'est en lui annonçant que sa propre mort suivra celle d'Auguste.
Vous le voulez , j*j cours ; ma parole est donnée : Mais ma main , aussitôt contre mon sein tournée, Aux mânes d'un tel prince immolant votre amant, A mon crime forcé joindra mou châtiment.
Et par cette action dans l'autre confondue, Recouvrera ma gloire aussitôt que perdue.
Adieu.
Où sonmies-nous? Un tel prince !mon crime!
a5o COURS DE LITTÉRATURE.
ma gloire perdue! Pour faire sentir comUeu ce contraste inconcevable doit renverser tCHXtes loB idées que le poëte avait imprimées dans Tesprit des spectateurs , opposons quelques morceaux des premiers actes à ceux qui les contredisent d'une notanière si formidle dans les suivans.
Plut aux dieux que Tous-méme eussîec tu de quel zèle GeUe troupe entrepread «ne ootkm si belle i
S*il est pour me trakir des esprits assez LaSj Ma vertu pour le moins ne me trahira pas :
Vous la Yerrez , fariUamte an bord des précipices , Se couronner de gloire en bravani les .supplices.
Cest ainsi que Cinna parlait à Emilie dans le premier acte. Au deuxième, il disait à Maxime, après la scène avec Auguste :
Octaye anra donc ru sa ûtreun assomries.
Pillé jusqu'aux autels, sacrifié nos yies.
Rempli les champs d'horreur, comblé Rome de morts ,
Et sera quitte après pour Teffet d*un remords !
Maxime lui objectant en vain l'ofire que venait de faire Auguste de rendre la liberté à Rome, que répondait-il ?
Ce ne peut être un bien qu elle daigne estimer. Quand il Tient d'une main lasse de Topprimer. Elle a le cœur trop bon pour se voir avec joie Le rebut du tjrran dont elle fut la proie.
Assurément il ne s'est rien passé de nouveau de-