ALBIN
Je ne vois rien en lui qu*un rival généreux»
El ne vois rien en tous c^u*un ^lére rigoureux.
2'JO Cai;R:& DE LITTEfUTL'BE.
rsKix.
Qne tu discernes mal le ccnir cTarec la mine i Daaf rime il hait Félix et dédaigne Pauline : Et ft*il Taima jadis» il estime aujourd'hui Les restes d'un rival trop indignes de lui.
II parle en sa faveur, il me prie, il menace. Et me perdra , dit41, ai je ne lui fait grâce : Tranchant du généreux, il croit m épouvanter L'arti^e est trop lourd pour ne pas l'éventer : Je sais des gens de cour cpielle est la politique ; J*en connais mieux que lui la plus Jmt pratique, Cett en vain qu il itmpéie et feint d'être en fureur; Je vois ce qu'il prétend auprès de l'empereur : De ce qu'il me demande H m j Serait un crime; Ëpai^ant son rival , je serais sa victime ; Et s'il avait aifinre à quelque maladroit.
Le piège est hien tendu, sans doute il le perdrait. Mais un vieux courtisan est un peu moins crédule; II voit quand on le joue et quand on dissimule; Et m<Â, jen ai tant vu de toaies les façons.
Qu'à lui-même au besoin j'en ferais des leçons.
Ces vers réunissent tous les genres de &utes. Comparons-les à ceux que l'on vient d'entendre de Pauline , et affirmons , comme une chose constante, que le style de Corneille , quoi qu'on en ait dît , est ordinairement analogue à ses idées. Quand il pense bien , il s'exprime bien. Quand sa pensée est mauvaise, sa diction Test encore plus. Toute cette scène fait voir dans Félix un homme aussi bas que maladroit ; bas , parce qu'il ne se résout à faire périr son gendre que dans la crainte de perdre sa place ; maladroit , parce qu'il se persuade
sans raison tout le contraire de la vérité. H est impossiUe de ne pas concevoir du mépris pour un homme qui va commettre une cruauté par des vues si petites, et qui se pique d'être fin lorsqu'il se trompe si lourdement. Ce caractère n'est pas digne de la tragédie, et le langage ne l'est pas non plus. On a pu voir la même ckose dans Maxime, et Ton peut faire la môme épreuve sur toutes les pièces de Corneille. C'est Tàme ^^ a dit un ancien , qui nous fait éloquens : pectus est quod disertum facit. II lest toutes les fois que son àme l'inspire ^ bien. Quand son esprit s'égare , il ne l'est plus. . Je ne prétenda paa relever toutes les fautes du morceau que je viens de citer : elles sont assçz . sensibles. Mais il y a dans les termes mêmes , à huit vers de distance , unecontradiction choquante,, qui prouve combien, l'auteur mettait de n^ligence dans cette partie de sa composition.
L'artifice est trop lourd pour ne pas Férentcr.
. £t un moment après :
Le pi^e est Lien tendu....
Si r artifice est trop lourde comment le piège est-il bien tendu? Cest une étrange inadvertance. Voltaire y que l'on accuse de relever trop minutieusement de petites fautes , n'a pourtant rien dit de cell&fHi ; et il en a passé bien d'autres*
Mais en supposant que les moti& de Félix fus-
2»^ a COURS jm littératube.
sent naturels, sont-ils suffisans? Non. Il manque îcî cette proportion nécessaire entre les ntioyens et Taction. Il s'agit de savoir si Félix fera ntiourir nn des personnages les plus importans de la pièce , s'il enverra son gendre à Téchafaud. Il y répugne, car on ne le peint ni cruel ni fanatique. Quel est donc le contre-poids qui le fera pencher vers la ligueur ? Il n*y en a point d'autre que le calcul erroné d'une très-mauvaise et très-lâche politique^ et la possibilité très-incertaine de perdre le gouvernement d'Arménie. Ce n'est pas là un ressort suffisant pour la tragédie , où il faut toujours que chaque personnage ait un degré d'intérêt proportionnel , relativement à l'intérêt général.
Si les motifs de Félix ne sont ni naturels ni Éntfisans , ils ne sont pas plus tragiques. Un personnage qui , dans tout le cours d'une pièce , placé entre sa fille et son gendre , dont il feut envoyer l'un à la mort et laisser l'autre dans le deuil , ne s'occupe que de savoir s'il sera plus ou moins ^rand seigneur , ne peut inspirer aucun des sentimens que demande la tragédie. Quand il dit •
Pol jeucte est ici rappui de ma Camille ; Mais si , par son trépas , Vautre épousait ma fille « J^acquerraîs bien par là de plus puissans appuis , Qui me mettraient plus haut cent fois que je ne sub;
^and il parle ainsi , il parait vil ; et lorsqu'il dit,
Je sais des courtisans la plus Jinc pratique „••
COANEILLB. POLT£UCT£. 3^3
Et moi , jen ai tant vu de fouies les façons « Qu*à lui-même au bctoio j'en ferab des leçons,
le spectateur , qui n'a rien aperçu qui puisse excuser la méprise, qui le voit juger si mal ce Sévère que tout le monde connaît si bien , et se vanter de son habileté quand il manque de sens , trouve ici ce qu'il y a de pis , le ridicule joint à la bassesse. .
Voltaire pense que Corneille aurait dû peindre Félix comme un païen entêté de sa religion , et vengeant sur un sacrilège la cause des dieux de Tempire. Je crois qu'il a entièrement raison , et que cette idée aurait fait disparaître de la tragédie de Poljeucte un défaut très^onsidérable , quî gâte une pièce , d'ailleurs la mieux conduite de celles de l'auteur.
Elle a encore un autre mérite : c'est celui du dialogue , en général plus naturel que ne Test ordinairement celui de Corneille , et souvent d'ime rapidité et d'une vivacité qui lui sont particulières. Voyez la scène entre Polyeucte et Néarque.
MEABQUE.
Ce zèle est trop ardent : soufTrez qu'il se modère.
POLTEUCTE.
On n en peut avoir trop pour le Dieu qu'on révère.
WEARQCE.
Vous trouverez I4 mort»
3^4 COURS DE LITTÉEATUBB.
POXTBVOTJK.
Je la cherche pour lui
XÈARQVX.
Et si ce cflBwr Vëhnnle?
rOLTXDCTS.
Il tcra. sun fi fiiit
U ne commande point que Ton s*j prëc^iite*
poLrxncTB.
Plut elle est volontaire, et plus elle mërite.
]fÉA.aODZ.
H suffît MHS diercher d'attendre et de «rafinr*
»0S.TX1TCVX.
On 6ouffi« «Toe n^ret cpand on n*oie t'ofirir. Mais daxis ce temple enfin la mort e6t assurée.
tOLTEVOTX.
llaîa dans le ciel déjà la palme est proposée, etc.
Et la scène entre Félix et sa fille , quand elle lui demande la grâce de son époux :
PAULinS.
Ne l'abandonnez pas aux fureurs de sa secte.
FÉLIX
Je Fabandonne aux lois qu'il £aat que je respecte.
PADLIXIB.
Estrce ainsi que d'un gendre un beau-père est l'appui ?
FÉLIX
Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui.
CORinCILLE. POLTEUCint; Hif^
Mais il cst-aTeaglé..^
FELIX
Mais il se plaît li Tétre.
Qui chérit son erreur ne la Teut pas connaître.
PÂUI.IIIX.
Mon xtere^ au nom des 'diem..*.