PHILOSOPHIE
plus d autre privilège dala grandeur que d*exister pour jouir : double erreur et douUe désordre ; car la vie humaine n a point assez de plaisirs pour se passer de travail , et les plaisirs eux - mêmes ne peuvent se diversifier assez, en se répétant, pour se perpétuer sans dégoût. Qu arrivait-il ? Ceux de ces plaisirs dont l'attrait est le plus délicat, le plus varié , et offre le plus de ressources , ceux de l'esprit, durent bientôt tenir une grande et trop grande place dans un monde qui a /ait de l'éducation et de la vanité. Ceux-là sont de nature à ce qu'on en jouisse d'autant plus qu'on s'y connaît mieux ; et pour apprendre à s'y connaître, il fallut fréquenter davantage ceux qui les donnent, ceux qui en sont les meilleurs juges et les meilleurs modèles, les gens de lettres. On les avait vus parfaitement à leur place dans le dernier siècle j^ sous un gouvernement porté à honorer et à récompenser volontiers les talens qu'il ne pouvait ni craindre ni envier, et qui étaient satisfaits d'une juste considération et d'une honnête aisance. Ils ne rougissaient pas d'être protégés parla puissance suprême, également protectrice de tous les ordres de citoyens. Ils s'en faisaient même honneur , et avec raison , puisque tous les honneurs , dans une monarchie , dérivaient de la même source, et que Racine et Boileau étaient distingués par l'accueil de Louis XIV, en proportion de la nature de leurs talens, tout comme Catinat et Villars. Mais tout se désordonna
quand cette proportion fut presque effecée, soit en^ réalité, soit en prétention. Louis XIV avait montré beaucoup de jugement quand il répondit si gaiement à ce courtisan qui trouvait fort étrange que BoiJeau prétendît se connaître en vers mieux que le roi : Oh ! pour cela fai^oue que Boileau a raison. C'était garder sa place de roi, et laisser à Boileau sa place de poëte. Chacun des deux y gagnait, et tout était bien; car rien n'est bien qu'à sa place. Mais rien n'y fut plus quand les grands, à force de vouloir s'amuser, et ne s'amusant plus qu'à force d'espnt, l'esprit se trouva enfin partout ce qu'il n'est et ne doit être nulle part, excepté à l'Académie, c'est-à-dire, au premier rang; non sans doute dans l'ordre politique , ce qui était impossible; mais au moins dans l'ordre social, ce qui était très-pernicieux, comme on l'a dû voir enfin quand cette prééminence d'opinion dans l'ordre social a renversé Tordre politique. En effet , cet amour-propre mal entendu , cette vanité effrénée devait gâter à la fois et les gens de i lettres et les gens du monde , surtout nos philo^ f sophes d'un côté, et les grands de l'autre. Ceux-ci, voulant être au niveau des premiers en réputation d'esprit, tombèrent nécessairement fort au-dessous du rang qui leur était propre, sans atteindre à celui qu'ils affectaient. Ceux-là, déjà naturellement impérieux dans leur langage , dominateurs dans leui^ livres, ne virent, dans la nouvelle ambition
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des grands qui \enaient se confondre avec eux^ que le nouveau tri(Hnphe de la raison, qui faisait reconnaître enfin dans la science et le talent d'écrivain la première puissance de l'univers.
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