SECTION II
Des pensées pbilosophi^piea.
• Nous atons vu Diderot lAiéîstê * avée 8|i&âes« Ibnaj'y en 1s745 : trois ^ns ap^ès , il^almt d^ïi Êiit Uii graad pcogvès, et il e» fiti d^pciis bien d'a*^ ires. Il n'élait plus que déiste qucmd il dotnia las Pes^ées philosophiques. {La différence de cef deux mots , no» pas étymologique, mais usudli
dans le lan^^^ des écoles, t^ est xpœ te tbâste^ admet Texistence de Dieu comme premier fondement d'une- sdigion et d!un coite public; et le déiste, en admettant le premier fondement , rejette une religion, et .ua eulte public.) Ce petit livre y. de cinquante pages , fut le premier ouvrage de Diderot (jia fit :dvtbii0t datns le monde. La part qu avait eue l'auteur au Dictionnaire de me-* jdtdne^ et qilelquesesBais de mathématiques et de pLilosojphie morale ne l'avaient guère féit connaître que des savant Cet opuscule fort lii même jdes femimea, pacte qu'il étaîlf court, et itaarquà , parce ^'il était baidi;. AJor» cegenref d^èsprit avait au moiiBB le piqitavt de la bardiesee, qui* îaSs sait Oublier son extrèàie fiidlité. Cette faôKté tient surtout à ce que le vulgaire des lecteurs^ dès qve you3 attaquée ce cpà. est étabK, vou» dispense à peu prèa de preuves : il ne leur £int que des» objections Diderot avaifb émtnerankent le premier relief de ce genre d'écrire^ le ton tranchant, qui est uioe autorité pour les ignorant ^ comme la raison pour lesgens insferaifs. C'est dans ces Pert" sêes que l'on commence à reconnatlM^^ la natiure et les dé&uts du talent de l'auteur r u» esprit vif, maia^qui ne conçoit que par saillies, et qui ha*- 3arde beaucoup pour renoontrer qtmlqudbfs; un stjle qui a du nerf, nMiia qui laîiae trop^vcnTrè^ fort; des idées , mais plus souvent dés fbnénes gra* ^temeat sentencieuses pour ce q^'il y a de plus
l6 COURS DE UTTÉRATURE.
commun, on impératives pour ce qu'il y a de plus^ absurde.
n débute ainsi : « J'écris de Dieu. Je compte* A sur peu de lecteurs , et n aspire qu*à quelques » suffrages. Si ces Pensées ne plaisent à personne^ » elles pourront n'être que mauvaises; mais je » les tiens pour détestables, si elles plaisent à tout » le monde. »
Cette dernière pbrase , si singulièrement énig-matique, est ici d'autant plus remarquable, que , dans le reste de Touvi^age, le style est assez clair, et que Tauteur n'avait pas encpre fait de l'obscu*^ rite un des caractères du sien, qui l'a fait nommer le Lycophron de la pbilosopliie. Gomment^ un livre peut-il être détestable parce qu'il plait à tout le monde ? Je le laisse à deviner à ceux qui sont dans le secret de cette manière d'écrire. Ge^ qu'il y a de vrai, c'est que ce petit recueil est comme bien d'autres, quoiqu'il y en ait peu d'aussi courts : parmi ces Pensées il y en a de vraies et de fausses , de raisonnables et de folles , d'ingénieuses et de plates. L'auteur commence par l'é^ loge des passions, et redit en prose assez médiocre ce que Voltaire avait dit en fort beaux vers dans* ses Discours sur t homme. Mais Diderot , comme il lui arrive le plus souvent , a outré ce qu'il voulait renforcer, et il manque, dès les premières lignes, de cette mesure qui est de devoir en philosophie bien plus qu'en poésie. Voltaire avait
DIDEROT» FENSiSS PHILOSOPHIQOES, I»f
montré le bien qui peut résulter des grandes pat* sions bien dirigées :
Je yeux que ce torrent , par un heureux secours » Sans monder mes champs, les abreuye en son cours. Vents, épurez les airs, et soufiQez sans tempêtes; Soleil , sans nous briiler, marche et luis sur nos tètes.
Diderot n*est pas bomme à s*en tenir là , et quand le poète est raisonnable en vers , le philosophe extrayague en prose. Il prononce : « Il n*j a que » les passions, et les grandes passions qni puissent » élever lliomme aux grandes choses.» Ainsi , en rendant sa proposition exclusive pour la. rendre plus forte, il ne réussit qu'à la rendre fausse; car. le sacrifice d^une grande passion au devoir est à coup sûr une grande chose , puisque ce sacrifice est la vertu , et que rien n^est plus grand que la vertu , et très-certainement encore la vertu^ n'est point une passion : donc Fauteur n a su ce qu'il disait. Il continue sur le même ton : « Sans M elles point de sublime, soit dans les mœurs, soit » dans les ouvrages. » Dans les ouvrages d'imagination, soit; dans les ouvrages de spéculation, non. Il j a du sublime dans F Esprit des lois , dans Y Histoire naturelle^ dans la Métaphysique de Platon , etc. ; et il n'y a là aucune espèce de pas^ sien. A l'égard des mœurs, c'est là qu'il fallait absolument distinguer les passions généreuses, car les passions perverses peuvent avoir aussi leur grandeur et leur force , et c'est tant pis ; mais xvni. 2
id .C0U&5 DE LITTÉRATUKB.
pliiA cette distinction était nécessaire , plus Veai^ teur s'en est préservé. Il y a du sublime dans le» XQûrnÊF" romaines, parce que les graiides passions des Romains, dans les beaux jours de Rome, étaient Tamour de la patrie, de la gloire et de la liberté , et que cespa^^/o72^-là sont belles en elles* mêmes. Quand ils y substituèrent celles du luxe, des plaisirs et des spectacles , leurs mœurs furent viles et dépravées, et pourtant leurs passions étaient encore grandes en ce genre , car elles allaient jusqua la fureur <tet au délire ^ témoin tout ce que noua savons de leurs histrions et de leurs cirques. Il y a du sublime dans lés mt3eur8 françaises : la passion de l'honneur en est la source. L'histoire eist pleine de traits qm l'attestent.
« Les passions sobres font les hommes corn- » jnuns. »
Passons sur Y expi^ssion sobres ^ que l'auteur croit neuve , et qui n'est que forcée. H est faux que les passions modérées ( comme* l'auteur voulait et devait dire ) fassent toujours des hommes communs. Aristide, Marc«Aurèle, Phocion, étaient très-modérés dans leurs passions, très-^oire^ dans tous les sens , pour répéter le terme de l'auteur : étaient^e i^^e^ hommes communs? £t combien j!€n pourrais citer d'autres I
Voyez ce que deviennent à l'examen ces sentences proclamées comme des édits en morale; voyez si elles peuvent résister un moment aux
DIDEBOT» SEKSÉBS PHCLOSOPBIQXJES. ig
gards de la raison la plus commune. Mais oom- Hep de gens qni ne sauraient se persuader qu'on puisse se tromper quand on parait si sur âH^son fiât, ni quW dénosoDue « «MiT^nt quand on affirme toujours! Le plus grand avantage de nos^ philoscphes a été de Jûen connaître toute la sot^ tise et toute < la ocnrruption des hommes de leur temps ;ieur grand: toort , de ne pa6 préroîr.^'en cbangeant cette' sottise en doctrhve et cette cor^ ruption en loi y tîntes les deux pourraient se tourner même »€aiitï?è «leurs >?ta«^re» r c'e$t qu'ils n'ont eu quêi de Yeffpti^t ^ dt^pqàë )ë ^sen» commui»^ Toutes ces b^és imaxxËnes ^ye ytms v^oes d^ëntendire y et ÂiiUe autres où tîiïimoi*aflité, qm n'est encore iel qu'en deihi-joiir, s'est mfin moirtrce à découvert', sont devenues le codé du vice et du crime , qui ne demandaient que des autorités. Au momtent où je parle , il est public , et vous le savez tous, messieurs, que c'est dans les écrits que j'analyse que sont puisées toutes celles dont s'appuyait un monstre dont j-'ai quelque peine à citer le nom , mais dont au moins lé nom dit tout, de Babeuf*. Si du moins des exemples decette force pouvaient ouvrir les yeuxl Mais poursuivons.
c< Les passions amorties dégradent les hommes » extraordinaires. »
^ On venait de publier en plusieurs volumes les pièces de son procès^ qui sont curieuses^ et qui ne seront pasc . inutiles à Hûstoire^
20 G0UB8 OB UTTiaATUBE»
Si elles ne sont cpi amorties , elles ne peuvent guère Tétre que par Tàge ; et alors , s*il n'y a pas de mérite y il n'y a pas non plus de dégradation: fii elles sont surmontées , ce ne peut être que par une force de réflexion , un retour sur soi-même, qui , bien loin de dégrader ^ ne peut que faire honneur. Qu a donc voulu dire l'auteur ? Voyons si ce qui suit le fera mieux comprendre. « La con- » trainte anéantit la grandeur et l'énergie de la » nature. Voyez cet arbre : c'est au luxe de ses » branches que vous devez la fraîcheur et l'étentt due de ses ombres; vous en jotiirez jusqu'à ce « que l'hiver vienne le dépouiller de sa chevelure.» Cette comparaison est encore de Voltaire, qui ien est servi si fort à propos en prose et en vers ; mais ici que signifie-t-elle ? Que les passions sont en nous ce qu'est dans un arbre le luxe de ses branches? Mais tout le monde sait qu'en taillant et élaguant les arbres , non-seulement on ne leur nuit pas, mais qu'on les fortifie, qu'on les embellit. Il suivrait donc de cet emblème choisi par l'auteur qu'il faut corriger la nature en nous comme dans les arbres; et c'est pourtant ce qui est fort loin de son intention. Et que peut vouloir dire ici ïhiver, qui achève la comparaison , si ce n'est que la vieillesse, en refroidissant en nous la sève des passions avec le sang , ne nous laisse plus ni les mêmes moyens ni les mêmes forces, soit pour le bien , soit pour le mal ? Eh 1 que peut conclure
DIDEROT. PBNSjâES PHILOSOPHIQUES. 21
Fauteur de cette vérité triviale? Où va-t-îl? et que veut-il? Observez ici comme partout , dans les écrivains de la même trempe , Taffectation des termes abstraits, vagues, indéfinis, la grandeur, T énergie, la nature^ sans jamais énoncer quelle grandeur, quelle énergie, quelle nature; comme si tout cela ne pouvait pas être tour à tour, et selon les rapports différens, bon ou mauvais. Jamais un esprit droit , jamais un grand écrivain n'emploiera en morale cette façon d'écrire, qui prête à tout ce quon veut. Mais pourquoi ces homme&<:i, au contraire, y ont-ils si souvent re» cours? C'est, ou embarras dans leurs propres conceptions dont ils ne sauraient se rendre compte, ou vide dans les idées, qui se trouveraient nulles en pesant les termes, ou quelquefois une sorte de bonté de leurs propres pensées , dont ils craindraient de s'avouer les conséquences trop révoltantes, en même temps qu'ils font tout ce qu'ils peuvent pour être devipés ou interprétés. Mais c'est principalement un dessein et une précaution pour se ménager une bypocrite apologie , s'ils se t^uvent forcés de s'expliquer avant d'être les plus forts. Combien de fois leur est-il arrivé de recourir à ces misérables subterfuges , et de traduire au besoin leurs paroles en un sens tout contraire à celui qu'ils avaient bien réellement voulu leur donner ! Combien de fois les a-t-on entendus s'ap* plaùdir de cette métbode d'artifice, long-tempr
a2 COURS D£ LITTJÈRATUBS. T
un des secrets du parti, avant qu'il eût des piqaei il ses ordres! Je ne saurais, quant à moi, exprimer tout le mépris ^ quelle m'inspire.
« Plus d'excellence en poésie, en peinture, en » musique , quand la superstition aura fait sur l& » tempérament VonYT^^e de la vieillesse. »
Ahl voilà enfin où l'auteur en voulait venir, et * heureusement aussi , à mesure qu'il se découvre , l'absurdité se laisse voir dans toute son étendue : je défie qu'on trouve dans cette phrase l'omhre da hon sens. S'il s'agit de la superstition proprement dite, je ne vois pas pourquoi , dans ce cas méme^ un poëte , un peintre , un musicien perdrait son talent avant le temps parce qu'il savait supersti* tieux. La superstition est une petitesse ridicule qui peut influer sur la conduite et les mœurs, fort peu sur le talent ; et quand Raphaël et Per^ gdlèze auraient porté de petits cierges à toutes les madones du pays , et cru fermement à tous les miracles. des bonnes femmes, je ne crois pas que cela eut empêché l'un de &ire son tableau de
^ Je ne m'exempte point da tout de ce mepiîs, puisqu'il m'est arrivé y lorsque j'étais à cette école, de me ser* vir moi-même de cette méthode pour justifier ce qu'il y avait de répréhensibie dans Y Eloge de Fénélon et dans Mélanie; et pourtant j'étais naturellement ennemi du mensonge et de la dissimulation ; mais cette philosophie et le mensonge sont essentiellement inséparables dans tous les sens
DIDEROT. PEBTSÊES PHILOSOPHIQUES. ' 3-3
la Transfiguration , ni Tautre son S t abat. Si la supers:titi07%i signifie (comme a le droit de le penser, et comme tous ces philosophesAk , sans exception y voilent qu on le pense) la reL'gion , c'est encore ^ il faut trancher le mot , une bêtise : cat qaj a-t-il de plus bête que de démentir d^ faits sans ncmibre^ qui. TOUS écrasent dèsquVm lek articule; de démentir tous les chefs-d'œikvms de tous np» grand» artistes en tout genre dans ïû siècle dernier^ et leur invariable attachement à la religion ^ qui n'est pas plus douteux que leur mé* rite? Il £aut avoir un front de philosophe pour ^exposer à cet inévitable excès de confusion* Mais je vais plus loin, et je veux montrer un ^et tout opposé dans ce qu'il plaît à cette tourbe insolente d'appeler superstition : je veux montref dans le progrès de la piété lé progrès du génie; ce qui est ^k)in de son affiiiblissemen t. Jusqu'à Phèdre , Racine avait toù ours été très-bon chrétien: cela n'est pas équivoque : mais il était plus, il était dévot,; et dévot jusqu'à renoncer m théfl^ tre, quand il fit ce qui est universellement re^ notiamé pour son chef-d'œuvre et celui de la scène, de l'aveu de Voltaire même, Athalie. Qui croirait^ si un philosophe ne nous l'apprenait pas 9 qu'un hoiïime est si prodigieusement déchu quand il fait une Athalie ? Et Descartes^l Vous verrez qu'il était devenu imbécile quand il laissa un ex^oto à Notre-Dame-de-Lorette»*%* Je
^4 €m:9s 0E unfauTciB*
m'diréte; fmsaot^ k la conrimion de Faoteor.
KCe/nerait dmc tm bonbear, me din-C-cn, » dWoîr le» pMMOiif fiMtes.«.« »
Av^ot d'eotieiidre sa réponse, remaïqiies too- JKHir» 4|ull se gardera bien de disdngaer jamais a» que tout moraliste a distingaé , les penchans louables et les pencbans yiciewL» Biais il sait bien a» ({U*il &it : les autres moralistes , n ayant rien à d^(f uiser , marchent au grand jour ; les sophistes , au i^ontraire , sont comme les voleurs, ils ont besoin da la nuit. Voyons à présent sa réponse : je crois bien que vous ne vous y attendez pas. « Oui, I» sans doute , si elles sont toutes à Tunisson. Éta- » blisses; entre elles une juste harmonie, et nen H appréhendez point de désordres. Si Tespérance M enit balancée par la crainte, le point d'honneur )i par Vamour de la vie , le penchant au plaisir V par Vintérét de la santé , vous n'aurez ni liber- ^ tins» ni téméraires, ni lâches. »
Ce qui e^t clair, c'est le but de Fauteur, qui est de retrancher tout frein morale, toute idée d'ordre, de juHtice > de conscience , toutes ces pusillanimes superstitions , et d opposer seulement les passions aux passions, afin d'affranchir l'homme de ces petits moyens puérils de morale et de religion , enti^ai^es honteuses que des législateurs ineptes ou hypocrites ont crues de tout temps névessaireSy et que la philosophie du dix^huitième sièdc a smk apprit à briser. Je vous répète des
phrases auxquelles VOS oreilles ne sont que trop accoutumées , et que vous trouverez retournées de cent manières dans les autres écrits de Diderot et consorts, comme dans ceux de la révolution. Il y préludait ici avec un reste de réserve qu il perdit bientôt quand on se crut à temps de parler sans ambiguïté. Mais si le dessein est aisé à voir, si même les expressions sont claires, il n'en est pas plus facile de trouver un sens dans la phrase , qui ne présente, quand on cherche le sens dans les mots, qu'une incroyable complication d'absurdités et d'inepties : Il y en a tant , qu'on ne sait par où commencer. Il est de toute impossibilité que l'auteur se soit entendu lui-même ; et Diderot est , de tous les écrivains , celui qui est le plus souvent dans ce cas , quoique je sois persuadé qu'il croyait s'entendre, tant il avait, dans la déraison, une sorte de quiétude, et , pour ainsi dire, de bonhomie que je n'ai vue qu'à lui , soit dans ses livres , soit dans sa conversation , et qui ressemblait parfaitement , ou à la folie d'un homme d'esprit , ou aux rêves d'un somnambule. Je ne doute pas non plus que bien des gens ( et il en est que je pourl'ais nommer ) ne trouvent une grande prqfon^ deur dans cette phrase de Diderot , comme dans mille autres de la même espèce: examinez-la; vous n'y verrez qu'un amris d'idées contradictoires , le chaos dans toute" sa beauté. Gioncevez ^ •'il est possible, comment des passions fortes^
momie ^ '^amme La^ oaEOB» jLjul rma*iiiiwu:;> iii
monttar la marnmft jnmmuie^ Isl maKhintf iOBaûs^ fin iTaf tiïng g^uinqiigy. ^amxJBm jxl ma&Tniwfrt: :. vg igii iV^^sc lunsiiir uQizdie •i&n& \ak oite 'is pezamiiiff 2t (Ui riaiuu#>r itauik'la Leari*^ J«iil âui: «is cpiiiiL ^seun ^ 'ist ;iu«cmua.. «IL imun&:9ic le gay t?r. < jiaanii Us oui; f^ 1 ivtrr^ie: 'JUt iJtsccicxiter .. iiaii& sKmft wi im:
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UèsHp^tui démrdre ,. ^P^r fc m» iiiia—ini^. 1 1 nn di^it. r£(> lui ; e^ inEposHble. Il est cntaÔK ^mr ai tatïUêUfi de Ui^ietat é^pk azà paàit éf AfiiDanur^ da œ iK J:>attr:;i pa» ck âoA;, mu» €«: &hrm pus ttOA pktf ecocxe reiiiiipii ^ <n itstem ciiei sqLEk tait C etét/L €m qm cÊ^dàÊimi] ,ià tatit iiriBliii li
nature que les passons de lliomme , et surtout lés passions/brtôs » puissent jamais être égales : s*il est mû et déterminé 9 s'il agit (et il faut qu'il agisse), c'est parce qu'il a toujours un mobile prépondéraiA en bien ou en mal. Si un fripon ne vole pas, c'est quand il y a plus de danger d'être découvert que d'espérance de ne l'être pas , et alort l'amour de la vie l'emporte sur l'amour de l'argent. Mais il ne s'ensuit nullement que dès lors le /ripon A^esi^Ue plus ; Car il volera une autre fois , quand Vocca^ inféra le larron ; et le dicton populaire a plus de sens que la philpsophie de Diderot. La belle philosophie que celle qui nous assure qu îZ 7i!jr a plus de fripons dès qu'on a peur d'être pendu • La respectable morale ! Ce ne serait pas même un axiome de police , tant il y a d'exceptions , tant il y a de fripons qui disent « comme M. Longuemain :
S*il faut être pendu , ce n est pas une affaire.
( Mercure Gâtant. )
Et où en sera la société , quand il n'y aura pas de risque de l'être? il y a tant de manières d'être fripon sans avoir affaire à la justice !
Avec Y amour de la santé ^ en harmonie avec cebU du plaisir, nous n'aurons donc plus de Un bertins! Quand cela serait vrai, il ne resterait plus à notre philosophe qu'à nous enseigner le moyen d! établir cette harmonie. Établisse:^ ,
a8 COURS Dt LITTÉRATURB.
il. G^est avoir le commandement beau ; mais ditesnous du' moins comment. Quel est le père qui, là-dessus , ne donne pas à son fils tous les avertissemens possibles , et souvent même les leçons de sa propre expérience ? Y a-t-il beaucoup de jeunes gens qui en profitent? Cependant tout le monde aime la santé , quoique cet amour ne soit pas proprement une passion, si ce n'est dans les -malades imaginaires ; et alors c'est une autre espèce de mal : on se fait par la crainte celui qu'on ne se fait pas par le plaisir ; et cela nous rap« pelle une autre vérité, que Diderot a oubliée, c'est qu'en elles - mêmes les passions fortes ne sont point des remèdes moraux, et par conséquent se corrigent fort mal les unes par les autres. Tout mouvement déréglé est un mal en soi : une passion forte n'est pas autre chose , et ce qui est dérèglement ne saurait rien régler ; cela répugne dans les idées et dans les termes. Des maladies qui se combattent ne produisent point la santé ; seulement les unes sont plus dangereuses que les autres, et plus tôt ou plus tard mortelles.
La débauche avait un grand danger de moins chez les anciens que chez nous. La Providence, que l'on se plait tant à inculper, a permis que la volupté eût depuis quelques siècles un poison qu'elle n'avait pas. En sommes-nous devenus plus sages? Non, c'est qu'elle a toujours son attrait, que l'attrait est proche, et le péril éloigné oa
DIDEROT* PENSÉES PfilLOSOPHlQtJES. 29
douteux. Le point moral est donc de donner plus de force au péril du lendemain qu au plaisir d*au-^ jourd'hui. Et qui ne sait contibien Tobjet présent a de pouvoir sur l'homme; combien le désir est naturellement plus fort que la crainte , et les sens plus que la raison ? Ce n'est donc point un équilibre chimérique qu'il faut chercher où il ne peut pas être ; c'est un frein contre tant d'aiguillons. Sauf quelques exceptions qui ne font rien pour la généralité , il n'y en a réellement qu'un , qui même n est pas infaillible , à beaucoup près, puisqu'il faut que l'homme demeure libre ; mais qui très-certainement est reconnu par l'expérience le plus puissant de tous , soit pour opérer le bien , soit pour diminuer le mal. Ce firân, c'est la religion, la première de toutes les puissances mo« raies, et sans laquelle même les autres n'ont point de base ; et c'est celle-là particulièrement à qui nos philosophes ont juré une guerre d'extermination. Les rêves en philosophie tant ancienne que moderne ont , d'un âge à l'autre, remplacé les rêves. Celui d'une perfection qui n'est pas dans l'homme fut autrefois celui des stoïciens ; et nous n'avions pas besoin que Diderot vînt nous crier , après tant d'autres : a C'est le comble de la folie de se ». proposer la ruine des passions. » Soit , mais il n'y en a pas moins à chercher la même perfection que cherchait Zenon, rien qu'en opposant les unes aux autres les passions qu'il voulait anéantir*,
3^ COURS DE LITTÉRATUBB.
w pense. Or , que cela soit ainsi , c^est à vos lu* » mières, c'est à votre conscience que j'en appelle. » Avez-vous jamais remarqué dans les raisonne- » mens 9 les actions et la conduite de quelque » homme que ce soit , plus d'intelligence , d'or- » dre, de sagacité , de conséquence, que dans le » mécanisme d'un insecte ? La Divinité n'est-elle » pas aussi clairement empreinte dans l'œil d'un » ciron que la faculté de penser dans les écrits du » grand Newton? Quoi! le monde formé prou- » verdit moins une intelligence que le monde ex- » pliqué? QueUe assertion! L'intelligence d'un » premier Être ne m'est-elle pas mieux démon- N trée par ses ouvrages que la faculté de penser » dans un philosophe par ses écrits? Songez donc » que je ne vous objecte que l'aile d'un papillon, » quand je pourrais vous écraser du poids de l'u- » nivers. »
Voilà sans contredit une des pages les plus éloquentes que Diderot ait écrites. Le raisonnement rentre dans celui de Descartes, qui consiste à prouver l'intelligence suprême par celle de l'homme. « Je pense : donc je suis. Si je pense, j'ai en moi I) l'intelligence, et je ne me la suis pas donnée. î> Il y a donc une intelligence créatrice, et par » conséquent infinie : il y a donc un Dieu. » Mais Diderot a répandu la chaleur oratoire dans l'argumentation sèche du philosophe. S'il avait toujours fiait un pareil usage du talent d'écrire , com-
Dnmbr. vbvsèés philosophiques. 33
Inen ce talent se serait élevé plus haut q[u*il p'a fait! et que d'écueils il aurait évités ! il ajoute : « Je distingue les athées en trois classes. H y en a » qui vous disent nettement qu'il n'y a point de 1» Dieu y et qui le pensent ; ce sont les vrais athées : » un grand nombre qui ne savent qu'en penser, » et qui décideraient vplontîers la question à croix » ou pile ^ ; ce sont les athées sceptiques : beaun coup plus qui votidfaient quil ri y en eût » j[>om^^ qui font semblant d'en être persuadés, et » qui vivent comme s'ils l'étaient; ce sont les fanfa- » rons du parti. Je déteste les fanfarons ; ils sont » faux. Je plains lest vrais athées : toute consolation » me semble morte pour eux. Et je prie Dieu » pour les sceptiques; ils manquent de lumières. » Il faut que Diderot ait bien mal prié , et que ses prières niaient pas plus réussi pour lui que pour autrui, puisqu'il a depuis nié si hautement le Dieu qu'il priait ici. Pour peu qu'il eût réfléchi , ce qu'il dît de ccsjari/arons qui {voudraient qu*il rCj eût pas de Dieu aurait dû suffire pour
^ Goteme J.-J. Rousseau décîcla la question d*une Pro« ▼id&'Y^ti jetant une pierre contre un* arbre. (Voyez ses Con^ j^JkO Peut*on croire qu'on homnlie ait l'usage de sa raison ii!|Jand il résout à croix vu pHe un doute qui a d& semblables conséquences? Et puis, qu'on se demande de* bonne foi s'il n'est pas vrai qu*ti y a une. espèce de philosophie qui est tellement une espèce de démence!... O Phk vidence !