SECTION IV
X«*lDterprëtatîon dfi la Nature, et les Principes do Philoicqpliîe
morale.
Quand Y Interprétation parut en 1 754 , un journaliste estimé , Clément de Genève ^ ^ en parla ainsi :
« C'est un verbiage ténébreux , aussi frivole » que savant.... Il n'est presque ititelligible que D lorsqu'il devient trivial. Mais celui qui aurd le » courage de le suivre à tâtons dans sa caverne, -» pourra s'éclairer de temps en temps de quelques T) lueurs heureuses. »
Ce jugement est juste dans tous ses points. Jai!nais la nature n'a été plus cacbée que quand Diderot s'en est fait Y interprète. Il eût suffi, pour s'y attendre, de la prétention du titre: Ce mot di interprétation suppose d'abord qu'il y a énigme; et, en effet, la nature en est une dont le mot n'est connu et ne peut l'être que de son auteur : c'est ce qui a été avoué de tous ceux qui auraient, eu le plus de moyens pour y pénétrer, si cela eût été donné à l'homme. Mais il ne faut pas attendre tant de modestie d'un écrivain qui débute par ces
^ Auteur des Cinq années littéraitos*
mots : Jeune homme ^prends et li^. On eut raison de s en moquer , et les amis de Tauteur eurent tort de vouloir les justifier. Quand on ya parler dé la nature , il faudrait descendre du ciel pour avoir droit de dire : Prends et Us. De plus, ce n'est pas à la jeunesse qu'il convient d'adresser particulier tement des méditations sur la nature : ce n'est pas l'étude de cet âge , qui ne peut encore s'y préparer que de loin. La philosophie, d'autant plus circonspecte qu'elle a plus médité , n'a pas ce ton impérieux d'un inspiré , ni cet air d'exakation prophétique. On la permet aux poètes, oui : c'est à eux de rendre des oracles , ceux de l'imagination, leur divinité, qui sont sans conséquence, et dont on ne croit que ce qui amuse. Cette espèce de délire est même nécessaire aux poètes pour se mieux persuader leurs fictions , et nous les rendre plus sensibles. Mais ce qui est chez eux l'enthoo^ aasme de l'art n'est qu'emphase et morgue dans les spéculatif. Les encyclopédistes prirent constamment ce ton pour un signe de supérioté. Il n'y en a point de plus facile à prendre; c^st celui qui est propre aux charlatans: comment pourrait-il être celui des sages? Il n*y en a point qui soit plus familier à Diderot : c'est un des travers qui le caractérisent. H prend pour une force de style l'arrogance des paroles, qui, loin de la suppléer, ne saurait même s*y joindre sans la gâter. It insulte le lecteur, et c'est un mauvais signe r
» dans ce liyre^ une mesure assez bonne de la por- » tée des esprits, et une satire beaucoup meilleure î) de notre vanité. Nous pourrions dire : Fermât « alla jusqu'à telle page; Ârchimède était allé quel- )» ques pages plus loin. Quel est donc notre but ? » l'exécution d'un ouvrage qui ne peut jamais être yi fait, et qui serait au-dessus dé l'intelligence hu« » maine , s'il était achevé. »
11 y a beaucoup d'esprit dans cette nouvelle démonstration d'une vérité d'ailleurs si souvent répétée. L'auteur a très-bien vu que la science qui cherche des principes et des résultats doit être quelque jour comme accablée par la multitude des faits > et comme perdue au miUeu des immenses matériaux amassés par les siècles. Le seul travail de la mémoire doit absorber alors celui de Tesprit , et à mesure cju'il y aura plus k savoir, il sera plus difficile de comparer. L'idée du livre ^crit par l'Éternel me parait belle et vraie ; mais l'auteur ne s'est pas aperçu qu'il faisait un aveu dont la conséquence retombait sur lui et sur tous les incrédules. S'il a senti que l'œuvre du Créateur, expliquée même par lui, serait encore incompréhensible pour nous, il a donc saisi une fois cette vérité^ qui, toute simple qu'elle est, semble avoir échappé à tous nos sophistes : que Dieu lui-même ne peut élever ici-bas notre raison, obscurcie par nos sens , jusqu'à la perception des idées infinies , qui sont celles du Créateur. Mais
en ce cas , Tincompréhensibilité n'est donc plus une objection contre ce que Dieu a révélé ^ non plus que contre ce qu'il a fait^ dès que la révélation et les faits seront prouvés. C'est pourtant ce dont aucun de nos adversaires ne veut convenir , puisque^ toujours réduits au silence par la réalité des ùitSy aussi bien démontrée que mal attaquée , ils se retranchent toujours dans ce que les mystères et les miracles ont en eux-mêmes d'incompréhensible. L'inconséquence est évidente, et c'est ce qui leur ôte toute excuse , à moins que l'opiniâtreté n'eii soit une.
CSe hestu paragraphe de Diderot est placé immédiatement après celui où il assigne des limites très-prochaines à l'étude et au progrès de toutes les sciences naturelles. Il ne donne pas un siècle à la géométrie ; il compte l'histoire même de la nature parmi les sciences qui cesseront d'instruire et déplaire. Je ne vois Ik ni connexion ni vérité. De ce que chaque science marche vers un terme qn'eUe n'atteindra jamais , il ne s'ensuit nullement qu'eUe cessera d'instruire eu de plaire. Cette manie de prophétiser philosophiquement a été fort commune dans ce siècle. On a imaginé de se réfugier dans l'avenir, quand on nepouvaitpas iSffèv parti du présent et du passé ; et il est sûr que Ta* venir est un poste où l'on n'est pas aisément forcé. Mais cette manie a fait dire d'étrangeis choses; et, malgré la prédiction de Diderot, c'est parce qu^
go COUIIS DE UTTÉRATURS*
y aura toujours à découvrir » qu'il y aura toujours un motif pour étudier , de ragréme&t et de Futilité à apprendre , et de Thoimeur à enseigner. En pkysique , par example ^ c'est justement parce que les causes générales sont inaccessihles quelon seia toujours cnirieux des &its particuliers. Si nous poa* vions connaître les causes y tous les £ûts seraient dès lors expliqués , et il serait indifférent d'en savoir plus ou numis : la synthèse dispenserait de Tanalyse. C'est en ce sens que la Sagesse a. dil; : Mundum tradidit disputationi eorum : «Dieua livré le monde aux opinions des bomaies. » Si le inonde était dévoilé , il n'y aurait plus ni opkiions ni disputes d'opinions^
Comment croire que Thi^oire natordle ;eii par^
ticulier deviendra jamais indijBKérente aux hosomes,
. pour qui elle a un attrait général ; comme si Dieu
eût voulu augmenter sans cesse €a noua l'adinûra*
tion de ses œuvres^ par le plaisir de les étudier » et l'idée de sa grandeur par l'impossibiliité de leS'Coalprendre? Qui dira plus haut et^plus 9Qt]veiit que le naturaliste, Magnus Dominas %^ le Sçïigneur ' est grand ? » Prédire le temps où Ton cessera id^observer^ c'est prédire le texnps où l'hiHnaEie n'aura phfs dé curiosité; ce qui ne pourrait arriver qœ quand il saurait tout, ou ne; voudrait plys riefi savoir : et dans le premier cas^ Thomnobe serait un Dieu; dans l'autre, une brute. Diderot n'< pas l'un ^ povurqupl suppose-t-jl r^iutre ? S'il
moBROT. gi
Tient que les chcxses n'ont pas de bornes, pourqvx en marque-t*il de si prochaines à Tétude des choses? C'est se contredire hien étourdiment. Biais par bonbeur les adage&de ces pJiilosophes , qui arrangent l'avenir cènHue le présent, ne démgent point le {Jan de la Providence, et ne bornait pas plua ses bienfaits que nos facultés.
- £lle a été assez magnifique dans ses ouvrages pour
^i>ccup€r encore les dernières générations des dei> niers âges du monde , quelle qu'en soit la durée ;
; elle a su jr attacher un cbarnie toujours renaissant pour la reconnàissaibce , et une ricbesae inépui-
. sable pour sos besoins et nos plaisirs.
' Ne serait-ce pas par aversicm pour les causes filiales q^ie Diderot veut nous dégoûter d tôt de Tbia^
• toire naturelle? Il est certain que plus cette bis^
4oireest approfondie, plus Targument tiré de ces causes devient irrésistible; et c'est ce que Diderot ne saurait supporter. Il se déclare formeUement l'ennemi des causes finales, et emploie toute son aur-, tonte , c^est-àrdire , le ton d autorité qui est le sien,
-pour les bannir à jamais de la pbjrsique , où , malgré lui , elles tiendront toujours une très-grande place , et la place la mieux démontrée. C'est peutêtre la plus notable absurdité où l'esprit bumain
. soit jamais tombé, que de nier un dessein là où l'on a'oserait contester le rapport des moyens, à la fin. Mais même ce rapport , qui nous fi:appe comme
.le jour à midi, étant un ténooignage irrécusable
9^ COURS DE UTTiRATURE.
que la nature rend à son auteur , il est tout sim* pie que des philosophes tels que Diderot , qui se servent quelquefois du nom de Dieu , dans leuis phrases , comme d'une figure de rhétorique , mais qui n en veulent pas dans leur philosophie y ne s'accommodent nullement d'un dessdn dans Ibuvrage quand ils rejettent absolument l'ouvrier. C'est , au moins sous ce point de vue, être consé* quent dans l'absurde^ ce qui ne leur arrive pas toujours. '
Où l'auteur a-t-il pris que les causes finales étaient un sjrstème? C'est un fait , non*sailement démontré en physique , mais d'une nécessité métaphysique , précisément comme le rapport dés prémisses à la conséquence est nécessaire et essentiel en logique. Dès qu'il y a une connexion de la fin aux moyens, qui dans les phénomènes naturels suppose l'intelligence , le dessein de cette connexion ( qu'on appelle cause finale ) est aussi nécessairement renfermé dans les phénomènes, que la conséquence d'un raisonnement juste Test dans les prémisses. On objecte que l'observation est susceptible d'erreur sur les phénomènes, et par conséquent sur les causes finales. Qui en doute? Mais nos connaissances sont-elles nulles pour être infaillibles, et les sciences n'existent -elles plus parce qu'il n'y en a pas qui ne puisse être fautive? On objecte l'abus qu'ont fait des causes finales ceux qui ont voulu en voir où il n'y en avait pas;
DIDIROT. 93
et Tobjection prouve contre ceux qui ont abusé , el . nullement contre la chose* Enfin , Diderot tranche en ces termes, par sa méthode impéradve: « Le physicien , dont la profession est d*instruîre, »Bi non pasi £ édifier^ abandonnera le pour-^ 9^Hoij et ne s*occupera que du comment. Ïa » comment se tire des êtres , le pourquoi de notre V entendement : il tient à nos^^téme^ ; il dépend )i du progrès de nos connaissances. »
Et où serait le mal que la physique pût à la fois instruire et édifier? Songes^ mesneurs» que cette édification que Ton interdit ici au physicien ne va pas plus kûn que l'idée d'un Être suprême, d'un Dieu créateur; et appréciez, si vous le pouvez, Tespèce d'horroir qu*inspire à Diderot et à tous les athées cette seule idée d'un Dieu. Jugez* en par cette inhibition si sévèrement adressée au physicien : «Observe, si tu peux, la régularité D des phénomènes; c'est là nous instruire : mais » garde-toi d'y montrer jamais un dessein et une » intelligence; tu édifierais, et ce ri est pas ta » profession, d'édifier. » Le physicien qui n'aura pas l'honneur d'être athée (et ce mot, qui ne vous parait qu'une ironie, est très-sérieux dans la secte.) peut répondre à Diderot: De quel droit ôtez-^ous donc à ma profession, un but moral , quand il n'y en a pas une qui ne s'honore de pouvoir eo offrir un? Depuis quand est-il défendu à la science de servir à nous rendre mdUeurs? Sans
^ COURS DS: ^TVteATURE.
cda toute seiènce ii «stndle pas yaine^ au jiigf partit même des aages dn paganisme? Quoii Vôltain^ veut que la poésie mèaiey à qû Von permet de* ii*étre qu'agréable 9 .aok utile à la morale, aoaa. peine d'être vu art /nw)ley, et Diderot ne veut pas que la physique puisse édifier! Il veut que lephjaicien explique la machine^ sans dine un mot de l'intention de l'ouvrier. MalbelBreuxi tàdies^ donc d'empêcher qu'elle ne se manifeste par ello» même. Tàdiez qu'dile ne se montre pas aux jeux de la raison, comme la Inmière aux yeux du corps. Empêchez iqu'une démonstration anaiosm* que ne »ok un a»emUage de pn,dig« qui je«e„t les spectateurs dans TeKtose; et quand ils auront' été atterrés du JmermUenx mécanisme nécessaiee pour la seule circulation du sang, quand ils «n-^ ront d'autant plus admiré rinrarbibilité des eflEçts,. qu'ils auront été plus épouvantés de la firagilité des ressorts, mettee-vous à ma place , et veneu leur dire : « Tout cela est fort Iwau^ il est vrai ^ » miûs si vous croyez que les vaisseaux, les artère» » et les soiipapes aient été disposés ainsi pour qae » toute la masse dusang passât parle oosur de cinij » 'minutes en einq minutes, et y: rcnouvdàt sans )» cesse la rie, vous tous trompes beaucoup. H y a ' » va quelque chose de plus beau, dont vous ne )) TOUS doutez pas, parce que yoos n'êtes pas pid- » loaophes : c'est que tout cela s'est fait tout seul. » Cest une consolation , messieurs, que la haino^
SUIROT* gS
contre Diea nécessite absdument de si enonùeB absoiditéslTaceoiJderâiijoe qos sopiustes ont d'ailleurs plus d'esprit qoe celai, dont Malherbe disait si plaisamment : Dieu mJA un sot ennemi. Mais je vois partout nu malheur attaché à Tadiëisme, et qui suffirait seul pour en dégoûter ; c'est qu'il y a pour les athées un chapitre, et celui-là revient trè^eouvent , sur ie^pd . oetui d'entre eux qui aura le plQS d'esprit sera toujours forcé de raisonner comme s'il n en avait pas l'ombre, et cela est dnr. On disait autrefeis que les voleurs avaient une maladie de plus que les atitres hommes, la potence; et la révolution les en a ^u^s^ comme cela était juste^- On peat dire^ même que les athées ont une «naiadie dtï cerveau que les autres homm^ ne connaissent pas{ et rien ne les en:
guérira jamais , si la révolution même n'a pu en venir à hout.
Qu^estHDe^ encore que cette distînctiod du corn-ment et du pourquoi y dont Fun se dre des êtres , etl'autre de notre entendement PCkmimé si le eomr ment et le pourquoi ^ c'est -ii -dire les moyens et la fin, n'étai^t pas également dans les êtres physiques ; comme si Tun et l'autne n'-étaient pas égaleiiient en eux le sujet eur lequel notre enten^^ dément opère parle jugement et la comparaisott. Et c'est à tles philosophes qu^oA est cMîgé de jap^ peler ces nbtions élémentaires que n*ignore pas le moindre tôlier. Il le faut pourtant, saiis quoi'
^. COURS DE UrfÛATURE.
les ignorans adniireraieut Fantitlièse doctorale da comment et du pourquoi , d'autant plus qu'elle n a ici aucun sens. Le pourquoi^ nous dit-on , dé^ pend du progrès de nos connaissances. Vous verrez que le comment n en dépend pas l Vous verrez que Texacte observation de la fin et des moyens, et des rapports qui lient Fun à lautre^ ne dépend pas du plus ou du moins de sagacité et de science qu'on y apporte 1 Cest cela même qui nous apprend pourquoi les causes finales ont été plus d^une fois mal saisies ou gratuitement supposées. Quoiqu'elles existent partout nécessairement , partout indépendamment de nos connaissances; quoique, dans toute mécanique, le rapport des forces à la résistance, du ressort au frottement, du levier au fardeau, existe, aperçu ou inaperçu, il est très-sûr que nous ne pouvons l'expliquer qu'en raison de nos connaissances. C'est cette ex* plication qui dépend de leur progrès , et nullement la chose même ; et c'est un artifice de sophiste de substituer l'utle k l'autre. Il n'est pas moins sûr que cette explication est plus ou moins facile, suivant que les causes finales sont plus ou ncioins clairement marquées dans chaque partie delœuvre du Créateur , et qu'il en est même beaucoup qui doivent nous échapper, parce que nous nen savous pas autant que lui, quoique nos philosophes en sachent beaucoup plus que lui. Mais parce qu'on ne voit pas tout, ne voit-on rien ? Parce
qae toute science a ses obscurités , n'a-t-elle plus ses démonstrations? Quelle marche que^'celle de nos sophistes ? Ils se vantent de nous avoir appris à douter^ et ils mentent; car c'est Bacon, c'est Descartes, qui ont été les vrais précepteurs du doute raisonnable. Quant à eux, en deux mots^ affirmer d'autant plus qu'il y a plus à douter, douter d'autant plus qu'il y a plus de raisons d'affirmer, c'est là tout ce qu'ils nous ont appris.
Que d'erreurs en quatre lignes de Diderot ! Et il faut des pages pour les détruire. Oui; et l'on a tort de s'étonner quelquefois de cette disproportion : elle tient au principe fécond que j'ai exposé ci-dessus, à la nature de l'ordre et du désordre, et à leurs conséquences, opposées comme leurs propriétés. Pour Dieu , tout est bien facile , et le mal seul est impossible. Pour nous, le mal est toujours aisé en comparaison du bien; nous n'ordonnons rien qu'avec travail , et nous désordou* nous d'emblée. Les matériaux de l'édifice qu'on élève et ceux de l'édifice qu'on détruit sont les mêmes : on détruit en quelques jours, et il faut des années pour construire. Vous renversez par terre une planche d'imprimerie en une minute ; pour refaire la feuille , il faut souvent plusieurs journées. Le métier de sophiste est de brouiller les idées et les mots, comme des caractères d'imprimerie jetés pêle-mêle. Et ne faut-il pas du temps pour tout remettre à sa place? Heureusement ce xviu, 7
^ COURS PB IJTTSRATTJRE.
ii*est paB un temps perdu ; mais ce <|ui tea «xsiit im f ce seraît de percer Tobscurké d'une iooie de passages de Y Interprétation ^ où Diderot^ ea accu* jmilant les généralités à perte de vue , j^araît ne s^être rendu inintelligible que par une puâdUe affectation de profondeur. Tel est celui^ , où fl nous enseigne la véritable manière de phile$^ pher .* « Ce serait d*appli<pier rentendenoBont à' D Texpérienoe, l'entendenoLeait'etr^Kpérience abx
V sens, les sens à la nature^ la natisoe à Teijiéw menée des instrumens^ les instnunens ià la xe-
V cherche «t à la perfection des arts. » Je ne aais pas si quelqu'un sera ienté de se âeneir «Ib -oette manière de philosopher : il fiuidcaît oonamenecar par Tentendre, et malheur ;à celui ifiii CMÎTaitlV voir entendu. Ce que je sais, cest que parâa naSÊt Diderot lui-même , qui plus d'ime foâa a £ût des aveux de cette espèce , convint qu^en aNlîs&nt cet ouvrage il ne Tavait pas toujours comprî&yfetqne, sur quelques endroits semblables à celniJày qu'nm jeune adepte se vantait devant lui ,d!eiEteisdre fort bien , il lui dit : f^ous avez donc plus cCesprit que moiyrcarje vous avoue que je <»e lesmnteaàs pas.
Au reste, de ce ténébreux sublime Si descend tout de suite au grotesque, *et termine M^oAitm fastueux gahmatias : ce Et Von Jetterait les aarts m au peuple , pour lui apprendre à tr^pecter lt$ » philosophes.»
DXDEKQT* 99
Quoi! vous nez, messieurs! Vous n*étes pas Trappes de respect devant ce style imposant! vous ne sentez pas la beauté de ce majestueux dédain! Jeter les arts au peuple vomme on jette des grdures? « Tenez, pauvre peuple , voilà ce qui vous n appartient. Notre philosophie est trop au-des- )) -sus de VOUS] nous la gardons. Les arts sont trop » au-dessous de nous; nous vous les jetons.: ra- )) massez.» Grand jaevciy philosophe. Je sui^ jpeuple ici, et je ramasse. Mais, messieurs, ils n'ont pas touj^ours été si fiers ; c'est de Voltaire surtout qu'ils apprirent depuis kjeter au peuple leur j>hilosQphie raème^ en la mettant à sa portée à force de libertinage^ d'impiété grossière^ d'obdcénité et de dépravation; et^ pour cette fois., x'étaient bien des ordures , en eflfet, gu'ils \m jetaient. Vous savez trop conjbien de gens les ont ramassées, même sans être peuple : et moi qui vous parle , j'en avais bien ramassé quel<|ue cbose; mais c'est pour cela même que je me fais un devoir de les fouler aux pieds devant vous et devant le monde entier.
Avant de quitter cet ouvrage, encore un échantillon , s'il vous plaît^ de ce pompeux fatras dont il est rempli , qui n'eût trouvé que des rieurs dans le siècle du goût et du bon sens, et ne pouvait trouver des admirateurs et des apologistes que dans ce siècle de philosophie. L'auteur prétend bien justifier l'obscurité qu'on lui reprochait ; ^
Ton ne peut s y prendre mieux, car sa justification en est un modèle. Ohscurum per obscunus.
a S'il était permis à quelques auteurs d'être » obscurs , dût-on m'accuser de faire ici mon apo- » logie y j'oserais dire que c'est aux seuls métaphj- » siciens proprement dits. Les grandes abstrac* » tions ne comportent qu'une hieur sombre ; Tacte » de la généralisation tend à dépouiller les con- » cepts de tout ce qu'ils ont de sensible. A mesure » que cet acte avance , les spectres corporels s'é- )» yanouissent, les notions se retirent peu à peu » de l'imagination vers l'entendement, et les idées » deviennent purement intellectuelles. Alors le » philosophe spéculatif ressemble à celui qui re- » garde du haut de ces montagnes dont les som- )) mets se perdent dans les nues : les objets de la D plaine ont disparu devant lui; il ne lui reste » plus que le spectacle de ses pensées, et que la » conscience de la hauteur à laquelle il s'est élevé ,( » et où peut-être il n'est pas donné à tous de le » suivre et de respirer. »
Je le croîs, et descends bien vite de la mort' tagne , afin de respirer de la terrible phrase et de la conscience de la hauteur ^ dont je suis tout essoufilé. Mais si du haut de sa montagne Diderot avait été capable d'entendre quelque chose, je lui aurais humblement représenté d'en bas que Locke et Condillac sont bien des métaphysiciens proprement dits , et n'ont point réclamé le privi-
DIDBROT. 10 1
lége d'être obscurs , parce qu'ils n'en avaient pas besoin. Je lui aurais demandé comment des notions c[ui ne peuvent être que dans Yenteîidement peuvent se retirer vers t entendement-^ ce que c'est que des spectres corporels , puisque tout spectre est fantastique et n'a point de corps , et ce que font les corps et les spectres à la métaphysique , qui ne considère point les corps ni les spectres.... J'allais lui faire encore bien d'autres questions; mais il était sur sa montagne , occupé du grand acte de la généralisation ^ du spectacle de ses pensées et du dépouillement des concepts. Je crois que nous ferons bien de ly laisser, et de passer à un autre ouvrage 9 les Principes de morale.
C'est un petit traité fort court, et qu'on pourrait appeler élémentaire , s'il était mieux pensé et mieux rédigé. H parut en 1 745 , avant les Pen-sées ( et ne fit pas à beaucoup près le même bruit, parce qu'il était infiniment moins scandaleux. Ljauteur semblait alors essayer à la fois ses opinions et son talent , et je n'en fais ici mention que parce que j'y ai retrouvé des erreurs pernicieuses, qui annonçaient déjà un ennemi des bons principes , et qui furent alors peu remarquées dans une série très-commune de propositions générales, tirées de tous les cahiers de philosophie que l'auteur pouvait avoir lus.
L'inexactitude et la confusion habituelle des idées et des mots se remarquent partout dans cet
JOn COURS M trrrtRATURE.
écrivain , même quand il ne parait pas en abuser à dessein. Il veut expKquer la cause de nos erreurs en morale et en conduite , et il dît : « Si la 19 volonté est aussi essentieHement destinée à clioi^ » sir le bien qire Tœil à voir la Turaière, d^oi jr viennent ces méprises fréquentes?... Cest que » les erreurs de Tentendement en. produisent dans » les déterminations de la volonté. »
A coup sûr il ne dît pas ce qu'il a voulu dire: il veut parler de la tendance essentielle que nous avons tous au bien-être réel ou apparent. Cést cela seul qui est vrai ; mais il est très-faux que la volonté ( comme il le dit au même endroit, où il se répète en d'autres termes ) soit ins^ariàbh-* ment déterminée à choisir le bien : ce seraît l'attribut dfune créature parfaite. Notre volonté est généralement mue vers ce quî lui parait un bien\ et pas même invariablement sous ce point de vue, puisqu'il n'est point du tout rare que. la passion choisisse ce qui lui paraît à elle-même un mal. Video meliora proboque , détériora sequor ^ j et jamais ce mot de Médée n'a été argué cîe faux. Or , la passion n*est autre chose que Fénergie de la volonté ; et si cette volonté peut être une erreur, la volonté n*est donc rien moins qu mi'ariahle duns le choix du bien. L'explication qu^ en donne uest pas aussi fausse; mais elle n'est
^OviSde* MStammTfho9ts ^ TU, A.
DIDEROT. • lôî
qjie partiellement vraie, et par conséquent ttcsinsuffisante. Les erreurs de Teatendiement égarent sans doute la volonté, et de là ce mot connu, que le ,crime est un faux jugement. Maïs ce faux jugement vient tout aussi souvent de ta volonté pervertie que de t'entendement aveugle ; car, bien que l'un et Tautre soient des facultés très-dis- ,tînctes Je la substance qui pense et qui veut, 'toutes les deux agissent et réagissent contimielîe* ment Tune sur Fautre, et je penserais mêrne qu'h tout prendre, la volonté, séduite sans cesse par les sens et Tamour-propre , porte d'ans notre esprit plus d^erreurs qu elle Tien reçoit. Mais ce qu'il' j a de pis , c'est que l'esprit, une fois obscurci de cette manière, devient plus mauvais encore que Te cœur ; il se fait Favocat du vice , dévient flatteur en devenant esclave, et se fait un jeu ou utr devoir de justifier ce qu'au fond il n'approuve pas; . YoîlS nos orateurs de tribune, nos journalistes ' de révolution, nos sophistes de république: voilà rhomme.
Bans les paragraphes suîvans, Diderot ras^ semble , et même avec auta-nt de précision que dfe forer' , les preuves qu'on a données de la IibértÉ de riiomme; et Je ne Tobserve ici que pour vous rappeler qu'il a feit tfepuîs un Kvre entier* pour Ik dlétruîre , Jacques le Fataliste'. Voftarre en a bit autant. Ces variations , cette perpétuelle versatilité sont un yîcc misèrent au métier de sophiste.
il04 COURS DE LITTÉRATURE.
« L'homme est moins fait pour être "parfaite" » ment heureux dans cette vie que pour travailler N à* le devenir. ,»
Uimpossible n'admet ni plus ni moins. L'homme n'est point fait pour être parfaitement heureux dans cette vie : ce serait donc une erreur que de chercher ce bonheur pa fait , et surtout ce ne doit pas être celle d'un philosophe, La \^olupté des épicuriens et le souverain bien des stoïciens étaient également des illusions , l'une des sens , l'autre de l'orgueil ; et , malgré les rêveries de ces deux sectes , la nature seule a pris suffisamment le soin de nous convaincre qu'il n'y a point de bonheur parfait dans cette vie. C'est , je crois , de toutes les vérités morales la moins méconnue , tant elle est démontrée par le sentiment de nos misères*. L'auteur a naturellement l'esprit si peu philosophique y qu'il ne s'est pas aperçu que ses propres expressions attestaient cette vérité qu'il oubliait. Travailler à devenir heureux prouve clairement l'absence du bonheur , car personne ne cherche ce qu'il a ; et s'il faut le chercher dans cette vie , il est évident qu'il n'y est pas. S'il y était , s'il pouvait s'y trouver, il serait essentiel à notre être, et dispenserait de toute recherche. Ausçi dans les livres saints, dépôt de toute vérité, le bonheur s'appelle toujours paix , repos , joie ^ ; ce qui ex-
^ « Us n entreroQt Doint dans mon repos.*. Entres dans
dut toute idée de travail et d'effort. Ainsi, pour 8*raprimer ^ je ne dis pas même en chrétien , mais seulement en philosophe , il fallait dire : « Pour » être heureux , autant qu'il est possible , dans )) cette vie , il faut travailler à le devenir parfais 1» tement dans Tautre. » La vie^ de l'homme icibas serait une inexplicable inconséquence sans la vie à venir, et rien n'est inconséquent dans ce que Dieu a fait. On entrera plus avant dans cette idée à mesure qu'on aura plus de vraie philosophie.
Quoique celle de l'auteur soit , dans ce petit ouvrage , le pur déisme , il ne laisse pas d y avoir inséré des proportions très-favora blés à l'athéisme, et particulièrement celle qui est la thèse favorite des athées, en ce qu'elle repousserait, si elle était vraie , le reproche le plus général qu'on lui ait, fait, celui d'ôter toute base à la morale. Il dit avec eux, et d'autant plus affirmativement, suivant l'usage, que l'assertion est plus fausse : «C'est une » thèse incontestable que les lois naturelles sont » suffisamment munies de sanction par la raison » qui les découvre , et par l'intérêt de les prati- » quer. » L'auteur devait d'autant moins adopter ici une pareille doctrine , qu'elle est l'opposé de celles des déistes, qui est celle de tout son livre;
» la Joie de votre Seigneur..* C'est id le lieu de mon repos • poui^ toujours, etc.»
car ce sont les déistes eux-mêmes qui ont tougouvi^ soutenu, contre les athées, que, sans u» Dm»
rémunérateur et vengeur, là morale n'avait pas de? sanction. Aussi Diderot, pour échapper à leuvs argumens , commence par définir très-mal le mot de sanction , et rien ne met les sophiste»^ plti» à Taise que définir mal.
« On entend par sanction le bien ou le nral qoe- » le sujet craint ou espère du vielement cm dew l'observation de Ta loi. »
Non pas, s^il vous plait. Ce que vous dites làt est bien une suite de la sanction , nyais: «km pas la sanction même : cela est trè&<liffi£renty. et. la; différence est très - importantes. Je crois: devoir appuyer sur la démonstration , qtnik[d^ 'ii^eatm nullement dans mon plan de eombnttr^ en. JEbrine Fa théisme , sur lequel totrt est dit enmiétaplijai^pe depuis long-temps. Conehcsum est. MÛâ. il ne s^agitîci que de ses conséquences moralss, et desà une occasion de forcer les aliiées^ dbss leQx& ie« traucbemens , ou ils comberttent contre: nit pdm^ cipe majeur, qui est la basetnriqw, ethenrensec ment indiestructible , sur laqœâe repose tout Tordre moral de Fmiîvers.
Et'dTiabord, pour rétablir ks idëcs'eB difini»* sant les termes, la sanction est te caractère d*a»-' torité imprimé à une loi en raison du droit et du pouvoir q&sle législateur dftpiuiâs le» oéfraiçtaijnea; c'est ce qui est ligoureusemesl^ jwfit p m é';chiis
unncROïc to^
MikpÊÊAopd htane im mot % et ce qjA est assasx prouvé pav se»' acceptioa nnwecsdie. Or appli« ^iie& cette définitixïav datt&tous ses points , à Dieu et à. kt Hierak^vouft serres que Vwx neut seui dofiser la saœtiofi à Tautre.
Gomment. V&ommeliEi kiL cbmssrait^U? Où est son dfoijt et son pouvoir pouc sanctionner les leHS naturelles ? -«— iSîer raison. ^^ Depuis quand k raison dun honnne peut^le commander k celle d'uni autreî'— • Eîïle peut procover. — Peut-elle commande? dese rendre à la preuve ? Il faudrait pouf? cébk deux choses qui ne sont pas f que la raison de toufrles honuoea (ùt dé la même force ^ et qu elle fût: une puissance habituelle sur tous Ifil hommes. Miaîs les passions, les erreurs et rign0'* sauce, les mettez; -vous décote? — Un peuplb peut se filtre,, pnr besoin, de» &)ii positîsms jOa les Eecevoiir d'un^ législateur ; et la sanction e^ danB k putesn^nee, publique et k: volonté gêné* isJtt. -** Foft lûeBr; e^est k théooîe probable des gpnveiaaainieBS* priçniti&r t mais, quoique ces hw ffMiâive& soknt' des eonséquenees plus ou moins iiapaciaitâ desi lois^ MoiureUêS y combien: dte» en diiSSèrent par Vsat na4luire 1 Autotit quek conscienee difi^re. des aete& esEtésieurs. Ses loi& pasitôres^pe» %eiiL régkr Geus-<u;> que peuvent -»elks sur k
' ^Sancire, paomer en loi-, ovdorxûeTÎégalement. PbpuRis sanxitf le peujdr m^fétimiéy disait-en à RcMiiey parce que
I08 COURS DE UTTÉBATUBE.
conscience ? Rien , absolument rien. Et combieii rhomme est plus souvent seul avec sa conseillée, qu*en présence de la loi I Tout lliomme est dans le cœur : c^est une vérité éternelle , et le cœur est-il du domaine de la loi ? Ah ! cette haute extravagance devait exister une fois dans le monde^ il est vrai; mais il ne fallait pour cela rien moins ^'une^ révolution firançaise. Cest elle-même qui a pu imaginer, pour la première fois, de faire entrer Y amour et la haine dans ce qu il lui plaît d'appeler des lois; de prescrire légalement des sermensd'a* mour et de haine ^ comme s'il y avait des lois et des sermens pour les affections du cœur , essentiellement libres et indépendantes; de faire un délit de Yégoismey comme si un vice était un délit, comme s'il y avait des juges d'un vice, pu qu'une loi pût commander le désintéressement ; de punir Yincii^isme , comme s'il était possible qu'une loi caractérisât ce qui est Clinique ou /nc£vique. Mais qu'est-ce que cela prouve P-Qu'îl fallait que la tyrannie, en voulant se faire l^islatrice, créât des délits arbitraires pour une oppression arbitraire. N'est-ce pas elle aussi qui a fait entrer, pour la première fois , dans la législation le mot de vertu ? Il appartient exclusivement à la morale, mais il est à l'usage du charlatanisme , qui devait s'emparer du mot de vertu ^ quand pour la première fois le crime a été législateur.
Les lois positives exclues, qui dbnc se fera Far-
bître de la conscience d'autrui? La raison j nous dira encore Diderot avec tous ses philosophes ; et de là aussi, et d'après eux , la haute et très-haute extravagance dje ceux qui ont prétendu très-sérieusement ^owç^erw^r les peuples par la raison, comme si la raison d'un livre était la même chose que la raison d'un peuple ^ . On a vu ce qu'elle était dans la France révolutionnée ; et ^e ne manquerai jamais ces applications, pour faire bien sentir que toutes ;I^ erreurs se tiennent, comme toutes les vérités.
^ Yoltaire , dans Candide , fait violer une femme par un matelot^ sur les débris de Lisbonne^ renversée par un tremblement de teiTe ; et le philosophe Pangloss dit au matelot : « Mon ami... vous manquez à la raison universelle , » Vous prenez mal votre temps. » Le matelot répond s « Tête et sang! je suis matelot , et né à Batavia. J'ai mar- » ché trois fois sur le crucifix dans trois voyages au Japon. » Tu as bien trouvé ton homme avec ta raison ûniver- » selle! » Aux termes près, c'est ce que répondra la passion dans tout homme à qui Ton n'opposera que la raison; et il n'est pas malheureux que ce soit un philosophe même qui nous en fournisse un exemple. Mais^en même temps il est bien singulier que ce soit un philosophe , un historien, qui adopte ce conte populaire du crucifix foulé aux pieds y dont tous les gens instruits connaissent la fausseté. Il y a une bonne raison pour que la chose ne puisse p'as être, c'est qu'on sait que les Hollandais ne peuvent pas m.ettre pied à terre au Japon. Le commerce se fait dans la petite lie de Disma, au milieu du poi*t, aicec les précautions les plus humiliantes de la part des Japonais , mais sans que la religion y entre pour rien.
IJO GOXJBS D^ IJTirâliATURE.
Reste .j dans la thèse incontestable à^ Bîderot, tintera de pratiquer la ventu^ et itout le ^mmàm sait ce que nos philosophes ont répété là-dessus , d'après tout le inonde ^ sur les ônanivénîe&s eu. vice et les avantages de la vertu , et ce qui -aviît . été dit mille fois mieux par les morsJistes et les prédicateurs chrétiensu Mais si cet enseignemeM est très-conséqu^DLt dans ceux-ci , et même pour ce monde ^ il est très-gratuit pour ceux q[ui ne ve* connaissent pas le Dieu de ce monde et de Taotisp; et y quoiqu'il ne soit point faut en lui-même , puisqu'en effet la vertu est bonne en elle-même, et le vice en lui-mêmeinauvais , cet enseigneaieirt T^ea est pas moins nul dans la bouche des athées/ parce qu'il n'est qu'une pétition de principe dans un système où il ne peut réellement y avoir tii vice ni {^ertu. Ainsi donc je leur t^oimIs d'abiffd que ce prétendu intérêt dont ils parlent n'est point une sanction, qua^d même il pourrait s'accorder avec leur doctrine ^ attendu qu'un intérêt quelconque est un motif et non pas une sanction^ qu me sanction est invariable et imprescri{ptiUe ^ 1« même en tout temps et pour tous , au lieu qu'on intérêt et ,un mo^j^ varient à l'infim^ suivant les caractères, les affections , les circonstances, les lumières , etc. Vous en voyez la preuve dans le» lois positives et dans la société; la crainte du chà«^ timent ou du mépris , ces deux grands mMlei que vantent les adiées » sont dHme insuffisance al».
jtofitée .à {tout naonent , piÛKjue tiegi ta'est fflu» tcwamim que dléohiqpper à Tvut ou .à Fautrie^ «ou lea néatité ou >eaà respérance ( ce -qm revient ici au même ^Ur l'efiSat ) , ou de hraver tom les deux. Maïs ce quoi y ra id de pkis ieraible oontxe nos i' 4id?ep;sa»es ^ coutse Jjeur intérêt j, «eft leur chdtiA 4neni^etleur ^n^ns^^wxOxeftQiAs les iBiDyeBs qu'ik tveuleut substituer jJL la àadactioB divise , et dont ils Iffétendent isî mat rà ^propos faifie udae autve sano- .4ion » c'est TimpoflaUbiliAé où ils iseinrot à jamais de .vépiliquer .un seul BAOt à tou3; fripon , .à tout 8ûââ:'at iqm aura «m pw de logique , let ^qui xopposera Iqs Métoens de Jbur doctriœ .à la iuitâlîté on à Uiypogcrôeie de leur moirale. Je vais la meUi^ aux pcîse^ ame ^u^^t i^us jugepeK s'ils fiieui«ieint:s'ten tirer.
A Que $g»e '^aoûm-v^m? Vous êtes àesjphilos(y
-» fhes^ n'iest^epas? et,moi;aussi.^uS'nerdevions
j» donc pas oious ^servir de :mots "vides 'de sens. .Que
<» somm^s-AOua, irous et moi? De^ madbânés orga-
i» «fiées, on ine sait par qui et comment /qui se
Qi^j^aen^yent aujouï^dÏMi, et cesseront demain de
# 'Se oamvmr ; ien un mot, 4es parties d^un ;grddid
^ 4» tout que oaious ne connaissons [pas plus ^que nous
j» jofe ixxovB connaisfions «ous-na^mes. C'est là «votre
jè jpbiloscphie^ et i^'Cat .aussi la mienne. H s'en-
p» rsuit assucément «qu'ien ma qualité de ^aaachine
» «oifganisée je <ne dois arien .à personne, comme
a pecsonne ne me doit rien.; tcar qu'est-ce que des
a machines j>euv.ent se devoir réoijproqu^ûfieiitf
9 Je ne dois donc rien qu'à moi; car, si fignore » comment j'existe , je suis sur que j'existe pour )» moi, pour mon bien -être avant tout; et par » conséquent ce qui est bien pour moi est le seul « bien, n importe aux dépens de qui, à moins D qu'il ne puisse m*en arriver du mal; et je vous D ai fait voir que je n'ai rien à craindre. Je suis » le plus fort, le plus puissant; je puis tuer cet -» bomme et prendre sa dépouille, comme il pour- -» rait faire, s'il était à ma place; et je n'ai pas -» peur qu il m'en arrive aucun mal , car c'est un T» prêtre, un émigré. XJue venez-vous me dire » pour m'en empêcher ? Que peut-être un jour je » ne serai pas le plus fort, et qu'on me pendra? » Mais c'est un futur contingent très-incertain, V et le gain que je vais faire est présent , certain. » Et me conseillerez-vous de balancer sur le choix? » Cela ne serait pas raisonnable. Que me dites- » vous encore, que, si je ne suis pas pendu, je » serai méprisé, détesté? Détesté! que m'importe » tant que la haine est impuissante? Méprisé! » pourquoi? parce qu'on méprise le méchant (car » ce sont là vos paroles)? Mais qu'est-ce que le » méchant? — Celui qui fait le mal. — Et qu'est- » ce que l'homme bon? — Celui qui fait le bien. » — Eh! ne vous ai-je pas prouvé que je faisais » mon bien? y en a-t-il un autre? que je n'avais » à craindre aucun mal ; et y a-t-il un autre mal » pour moi que celui qu'on pourrait me fidre?
» S'il ny a m nu autre mal niun autre bien, )» comme cela est dans vos principes et dans les » miens 9 ^e signifient ces mots de vice et de » i^ertu dont Vous vous êtes servis avec moi? rien » que des conventions sociales^ comme mille au- » très. Et que me font des conventions sociales » quand je fais mon bien , qui est pour moi le n seul , et qu on ne peut me faire aucun mal ? » Qu'est-ce que le mépris dont vous me menacez? » L'opinion des autres? Pourquoi donc serait-elle » meilleure que la mienne? Si les sots me mé- » prisent en répétant les mots insignifians de » crime et de^ertu, les gens d'esprit m'approu- 3» veront potir avoir connu le seul bien réel , le » xmen* "De "pluSj med chers philosophes, où avez* n vous donc vU qu^'on fût si méprisé quand on est » riche et puissant? Je serai très -^certainement » très-bien traité de tous ceux que je verrai.. Que » me-^ont ceux que je ne verrai pas? Il ne vous 9 manquerait plus que de me parler de remords; » mais vous ne l'oseriez pas : il y aurait de quoi » rire; car c'est l'un de vous\ qui m'a aj^ps 9 qu'iï ny dirait point (ïuutres remords ^ q^e la » crainte du supplice, et je suis exempt de cetti^ » crainte. D'ailleurs, quand il n'y a réellement 9 ni vice m: vertu, comme nous^le savons tous^ » il est dair que le remords est une chimère, un
^ Helvétius.
xvm. 8
Il4 COUBS DB UTrt&ATUBE.
9 fantôme de rimagination, un reste des iàéeê 9 de Tenfânce; et ni vans ni moi ne aommes eft» y pables de donner dans ces niaiseries. Voilà iiîeii 9 toute TOtre prétendue monde réduite au néant. i> Ne m'en parlez donc plus^ si rouB ne vooks » pas que je tous croie assez imbéciles pour ne pas » vous entendre you9-mèmes , ou que je crme que » TOUS Toulez faire de moi une dupe. Plus de y morale, encore une fois , je vous prie , et veneai » demain souper avec moi... au LuxendKNKg#.. » Je défie tous les athées du monde de trouver une réponse à cet honnne. B n'y en m poibt pour eux dans la l(^que. Ce n'est pointant paa que j'aille aussi loin que Rousseau, qui va toujours trop loin en tout, et qui nuit à la vérité plus qu'il ne la sert, a J'ai long-temps cru, dit-il, qu'on pou-- » yait avoir de la probité sans religion. Je ne le » crois plus, n Je crcHS que cela est possible, quoi« que fort rare, surtout si l'on donne-toute l'étenfchie convenable à ce mot de probité, quefim restreint d'ordinaire, et fort mal h propos, k s^abstenir du bien d'autrui. La probité véritable consiste il ne léser ni tromper personne en quoi que ce soit; et combien de gens, qui ne voudraient pas prendre la bourse de leur ennemi, prendront sans scru* pule la bourse de leur ami? Mais, dans tous les cas , un athée peut être un honnête homme selon le monde ; c'est l'affaire de son éducation , de son caractère; de sa situation; miais il le sem^ indé-^
pendnosaent de 6a doctrine , et même malgré sa doctrine ^ qui certainement ne lui impose aucune espèce de devoir; et c^est de la doctrine qv'il s'agit ici. Lies exceptions personndles ne font rien ûa tout à la ^esticoi; elle est léadhie dès qull est démontré que ^ dans le arfstème de Ta^iéisme ^ il n'y a aucune esfèce, de aanctioii pour la morale et c'est ce qui ne peut laisser aucua doute. Cest en Dieu seul qu'est cette sanction» Il y a un autre juge pour cdiû que Dieu voit , que Dieu entend , et cette salutaire idée^ dont il est si diflicile et même presqœ impossiUe à Thomme de se défaire entièrement» ee serait la philosophie qui voudrait la détruire! Jamab aucun homme raison* nahle n'accordera les honneurs de ee nom h ht folie de l'athéisme. Ohjectera^tron qfue cette sanc-* tioa divine n'empêche pas qu'il n'y ait des viôla-t teurs de la loi? Oui^cette objecti<ui , toute puérile qu'elle est ^ a été de tout temps la dernière res-^ source de nos adversaires. Qu'ils anéantissent donc aussi ^Dutes les lob criminelles^ car elles n'empochent pa)^ qu'il n'y ait des malfaiteivs^. Gomment peut- ont se permettre des objections si plates , qu'il n*y a qu'à en tirer tout de suite là
^ On repTodiait au marédial de Berwick sa sévérité a>ntre les maraudeurs , et on lui représentait , comme ici , qu'il Y en avait toujours , quoiqu'il ne leur fit point de grâce. Le général feignit de se rendre à leurs conseils , et promit de fermer les yeux. Plusieurs coupables furent ainsi
Ii6 G0UR9 DB UTTÉRATXJRE.
conséquence pour les réduire à Fabsurde? Cest quon veut à toute force rejeter comme inutile toute autorité morale et religieuse; Le beau projet l il se manifestait de bonne heure chez nos bienfaisans sophistes , et c'est ce qui dictait à Diderot cette prière qui termine son Interprétation, et que par cette raison il n'est pas inutile de Êiire connaître ici.
. Le commencement 9 tout-à-fait sceptique , ressemble à celle diniL philosophe de cette classe qui disait en mourant : Mon Dieu {^s*iljr en a un), ayez pitié de mon âme ( sifen ai une ). Celui-là , comme vous voyez /ne voulait pas aventurer ses paroles, et ne faisait rien que sous condition. Diderot dit à peu près de même: «J'ai commencé » par la nature , quV^ ont appelée ton ouvrage , n et je finirai par tpi , dont le nom sur la terre » est Dieu. Dieu i je ne sais si tu es ; mais je 9 penserai comme si tu voyais dans mon àme^ . » j'agirai comme si j'étais devant toi. »
Et mcH , je dis avec le prophète :' « Dieu I votre » puissance a convaincu vos ennemis de men^ n songe^.y^ Je dis à Diderot : Si tu avais réfléchi
épargnés , et bientôt on s'aperçut que le prévôt avait ordre de ne point sévir. Au bout de huit jours , des compagnies entières étaient en mai*aude , et les conseillers phi'' losophes furent les premiers à supplier le général d'en revenir à Texécution de la loi.
^ In virtute tua nientiemur tibi irUmici tuù
DinEBor. 117
sur tes propres paroles , tu n*y aurais vu que ta QOudamuation. Ils ont appelée ^ dis-tu : ils est \k éndemment pour tous les hommes ^ parce que tu as craint d'articuler une généralité qui t'effrayait; Mais quel peut être ton motif pour révoquer en doute la croyance intime de tous lés hommes? Ce ne peut être assurément que la crainte de te troni« per avec eux. Tu ne 'pourrais pas en alléguer un autre. Mais d'abord , puisqu'il n'y a de ta partf qu'un doute, n'y a-t-il pas une autre crainte plus ! fondée que celle de se tromper k peu près tout seul? Voilà pour la vraisemblance d'opinion. Voyons k présent l'effet moral. Dans le doute s'il y a ctreur , qu'y a-t-il à considérer avant tout? N'est-ce pas ce qui peut en résulter ? Mais par ce principe, qui est évident , te voilà sans excuse et sans ressource, de ton aveu; car ne nous dis-tu pas, ne dis-tu pas à Dieu , que , même sans être sûr qu'il te voie , tu veux penser et agir comme si tu étais devant lui? Tu reconnais donc que l!idée d'un Dieu est le premier mobile et le premier motif de tout bien ; et si pour toi cette idée , seulement comme possible et problématique, est encore la règle à laquelle tu te glorifies de te conformer, que sera donc pour toi-même comme pour les autres , l'idée d'un Dieu réel et reconnu? Si le bien est déjà dans la seule possibilité , où est donc, où peut être le danger de la réalité ? Par la raisoa des contraires , il ne peut y avoir de danger et de
f l8 COURS Dl tltVftlATUBE.
mal que dans ton doute, qui peut mener d'autres 4 la négation ; et pourtant tu publies ton doute^ Tu es donc inconséquent en taisonnement et em morale à la fois; tu prends évidemment le plus mauvais parti pour toi , comme pour les autres. Diderot , tu disais à Rousseau ^ : Quoi I cous crojre% en Dieu, et vous porterez ce crime à son tribut nul ! Ne pourrait-on pas te dire : Quoi l vous croyez Dieu possible , et vous ne craignez pas de porter devant lui le crime d*avoir publiquement mis en problème ce que vous-même reconnaisses être lé principe de tout bien moral ! Mentita est iniqui^ tas sïbi : L'iniquité a menti contre elle-même.
« Si j'ai péché quelquefois contre ma raison ou » contré ta loi y j'en serai moins satisfait de ma « vie passée , mais je n'en serai pas moins tranr i> quille sur mon sort à venir, parce que tu as ou- « blié ma faute aussitôt que je l'ai reconnue. »
On a poussé l'extravagance jusqu'à reprocber «n même temps aux chrétiens des idées outrées de la miséricorde de Dieu, faites pour rassurer les coupables, et des idées également outrées de sa justice, faites pour porter le désespoir dans les coeurs; et l'impossibilité d'accorder deux reproches qui se détruKe.nt nécessairement Fun par l'autre suffit pour justifier la religion, et arguer
^ Lorsque Rousseau l'aceusa faussement d'un abus d^ confiance dont Diderot était justifié par des témoignages irrécusables. (Voyez les Confesêions.)
d^ignorance OU àe mauvaise foi ceux qui la calomnient. Mais q^e n'aurait-on pas dit , et pour cette fois avec raisgn » si jamais up dbrétien avait fait si bon marché de la clémence de Dieu aux dépens de sa justice? Grâces au ciel, il n'y en a pas un qui se pique de cette grande tranquUUté de Dir* derot. Cest qudque chose sans doute de recon* naître sa fente ; c'est par où il faut conunencer : et Diderot en parle comme s'il n'y avait rien de >plus commun. Ce n'est pas du moins parmi nos ^philosophes ^ qui sûrement n'y sont ]^as sujets. Mais ne faut-il pas de plus repentir et réparation? Diderot n'en dit pas un mot. Les lois humaines Bè conBsâssent pas le repentir; mais elles exigent toujours la réparation, et celui qui met ainsi la justice divine au-dessous de la justice humaine connaît et juge l'une comme l'autre.
« Je ne te demande rien dans ce monde; car v le eours des choses est nécessaire , par lui-même, ji si tu n'es pas, ou par ton décret , si tu es. »
C'est trancher net. C'est dommage que l'idée *de nécessité ^ très-compréhensible et métaphysiquement dén^ontrée dans l'essence du premier principe , soit une absurdité gratuite, un mot vide ' de sens dans les autres êtres. Peu importe à celui qui ne veut rien prouver aux hommes, ni Hen -demander à Dieu : l'un vaut l'autre*
« J'espère ^ à tes récompenses dans l'autre
^ Espérer à est un sdëcûme.
» monde , s*il y en a un , quoique tout ce que je » fais dans celuMd je le fasse pour moi. »
C'est peut-être la première fois qu'on a voulu être récompensé de ne rien faire que pour sinj c'est une prétention toute philosophique : maiç elle suppose une générosité qui n est pas du tout divine , car elle n'est pas raisonnable; et c'est ]H*écisément de ces homme»-là que Jésu^-Cbrist a dit dans l'Évangile : Us ont reçu leur récompense , receperunt mercedem suam. Et cela est juste.
« Si je fais le bien , c'est çans effi>rt ; si je laisse » le maly c'est sans penser à toi. »
Philosophe y vous êtes aussi conséquent dans vos prières que dans vos raisonnemens , comme s'il vous arrivait aussi souvent de prier que de philosopher. Tout à l'heure vous promettiez d^agir et de penser comme si Dieu vous voyait , et dix lignes après y vous ne pensez plus à lui. Ainsi vous ne pouvez pas, même pour Dieu , vou3 &ire V effort d'être d'accord avec vous , au moins dans la même page; et vous êtes sûr de /aire le bien et de laisser le mal sans effort. H me semble pourtant qu'il peut en coûter quelque chose pour l'un et pour l'autre , et c'est même cette espèce de force qu'on appelle vertu. Apparemment àes philosophes tels que vous ne connaissent pas. celle-là; mais vous nous permettrez aussi de croire qu'une vertu si facile peut n'être pas très-sûre. C'était du moins Vopinion des anciens sages , qui avaient placé la
Tertu ùi arduo , un peu plus haut que vous ne faites.
« Je ne saurais m'empêcher d'aimer la vérité et » la vertu , et de haïr le mensonge et le vice > quand
^ » je saurais que tu n'es pas^ ou quand je croirais
.» que tu es et que tu t^en offenses. »
1 Le dernier membre de la phrase est absolument inintelligible ; car que peut signifier ce qu'on dit ici à Dieu : «Quand je croirais que tu es et que tu )) t'offenses du mensonge et du vice ^ je ne saurais 3) m'empécher de . hair le vice et le mensonge. i> Pour qu'il y eût ici quelque sens , il faudrait que la croyance en Dieu, et la persuasion qu'il hait le mensonge et le vice, pussent, de quelque manière que ce soit , être une raison pour qu'on ne les
' baisse pas. C'est une extravagance monstrueuse, et qui pourtant est formellement renfermée dans les paroles de l'auteur , au point qu'il est de toute impossibilité de leur donner un sens , si ce n'est ^celui-là ; et en même temps il est trop absurde pour être sa pensée. Que voulez-vous qu'on dise à des gens qui écrivent ainsi? Fiat lux* Mais comment ceux dont le métier était àe faire la lumière sont-ils si souvent ténébreux?
« Me voilà tel que je suis. »
Tel au moins que vous prétendez être. Ce serait bien le cas de vous rappeler le fameux connais^ toi toi-même ^ , que Juvénal dit être descendu des ^ E cœlo detcendâ rvôOt ffcseur^v. ( Juv. SaU 1 i , v. 27.)
133 COURS DE LITTÉRATTRE.
cieux pour sortir de la bouche de Socrate. Maïs qu'est-ce que tous les anciens devant un sage du dîx-huitième siècle?
« Portion organisée d'une matière étemelle, ou 9 peut-être ta créature ; mais si je suis bienfaisant D et bon , qu'importe à mes semblables que ce » soit par un bonheur d'organisation, par des 3» actes libres de ma volonté , ou par le secours de » ta grâce ? »
Cela peut ne pas importer à vos semblabks, parce que , dans tous les cas, chacun ne répond qiie pour soi ; mais cela pourrait vous importer à vous-même un peu plus que vous ne croyez , s'il vous plaisait d'y faire attention en raison de l'imi^ portance des objets.
L'auteur finit par recommander k ceux qui réciteront cette prière , qui est , dit*-il , le symbole de notre philosophie ^ de lire aussi le. précepte suivant :
« Puisque Dieu a permis , ou que le mécanisme » universel ^ qu'on appelle destin a voulu que » nous fussions exposés .à toutes sortes d'événe- » mens , si tu es homme sage et meilleur père que 9 moi, tu persuaderas de bonne heure à ton fils
^ Observez qu'il n'y a point de mécanisme qui ne suppose un machiniste , et qui par conséquent ne soit un effet, et non pas une cause ; et pourtant ce mécanisme, cet effet, a pu vouloir; et les matérialistes et les athées ne sauraient écrire une pa^ sans se contredire ainsi dans leurs propres
DIDEROT. làS
w qa'O est le maître de son existence, afin quHl ne B se plaigne pas de toi^ qui la lui as donnée. »
C'est penser k tout. Et qui aurait cru que le chef-d'cBUYre de Tamour paternel fut d'apprendre 4 son fils qu'il est le maître de se débarrasser de la vie quand il lui plaira ? La belle et consolante leçon-, et la douce philosophie ! « Mon enfant, par- » dorme^moi de t'avoir donné la vie; car, après » tout , tu peux te l'ôter quand tu en auras assez. )> Ces professeurs-là sont un peu comme le Timon d'Athènes, qui ne voulait recevoir de visites que de ceux qui auraient envie, de se pendre , et qui avait planté un figuier tout exprès pour leur commodité , s'engageant de plus k fournir la ftorde. Il était juste qu'il arrivât à point une révolution toute propre à faire fructifier ces honorables documens ; aussi Dieu sait , et lui seul sait tout ce que depuis ce temps il y a de suicides en France : les journalistes sont las de faire mention de ceux qui sont publics , sans compter ceux que Ton cache , et l'on n'y fait plus même attention. Dès avant la révotion , il était de mode de s'extasier en France sur l'héroïsme du suicide , et c'est là ce qu'on admirait le plus dans le génie anglais. Déjà même cette
termes. Gomment concevoir que des gens cf esprit consentent, pendant toute leur vie, à se payer ainsi de mots qui n'ont pas de sens ? C'est bien là une véritable malédiction , 'et la sagesse suprême est bien vengée; dès ce monde » de •ses aveugles ennemis.
; jai COURS D£ UTTÉRATURE.
noble émulation avait gagné qtielques têtes ^ et Von avait vu deux jeunes gens ^ qui s*étaien|; brûlé . la cervelle en laissant un beau testament de mort qui attestait qu'ils n'avaient eu d'autre motif , pour se tuer , que de faire preuve de philosophie. Ce qui était alors un événement n'en est plus un de nos jours , et la vanité française devrait être contente d'avoir surpassé les Anglais , au moins en ce point. Mais qu est-il arrivé ? Les Anglais , par esprit de contrariété anti-gallicane % n ont plus jugé à propos de se tuer, quand ils ont vu que les Français en savaient là-dessus autant et plus qu'eux. Il . n'est presque plus question de ^icide en Angleterre, et la Tamise et le pistolet ne sont plus les remèdes du spleen : ils en ont cbercbé d'autres, et ont bien fait.
A l'égard du symbole àe Dîderot,jene sais s'il est à l'usage de beaucoup de gens; mais, quand ce serait un homme qui aurait fait le Pater ^ en vérité j'aimerais mieux le Pater.
^ L'un d'eux s'appelait ^ je croîs ^ Bordeaux, Tous les papiei^ du temps rendirent compte du fait qui est au* thentique.
^ On sait qu'il y avait à Londres une société appelée les Anti-gallicans^ dont l'esprit consistait à contredire tout ce qui se faisait en France.
DIDBBOT. US llàDVCATlOÊU IdS