‹ Lycée (volume 5)Chapitre 7 sur 15 · SECTION V · texte numérisé non relu

SECTION V

De rÉducation publique.

Au moment où h destruction des jésuites laissait un grand vide dans Tinstructioh publique, et où Ton s'occupait à la fois des moyens de le remplir, et dé quelques améliorations à effectuer dans le plan général des études; quand l'jE'/ni/e de Rousseau venait de réveiller l'attention sur cet objet, Diderot aussi voulut être législateur en cette partie, et donna un petit Traité d'une centaine de pages sur X Education publique. Vous croirez entendre ici un autre auteur, tant la religion tient une place éminente dans ce système d'études : mais vous ne devez nullement vous en étonner; ^ c'était toujours le niême Homme , mais avec une autre amHtion qui tenait aux circonstances. Il eût bien voulu que ce fut un philosophe qui eut l'honneur d'être le réformateur de l'instruction publique ét< de la discipline des collèges, et dès lors il n'y avait pas moyen d'être extravagant et impie. Il fut donc ici assez habituellement raisonnable; ce qui vous prouve que cette classe d'hommes l'aurait été comme les autres , si elle l'eût voulu, et qu'ils déraisonnaient par projet et par métier, beaucoup plus c(ue par conviction. Diderot se crut d'autant plus obhgé de se con-* pftmet ici aux idées générales , qu'il tenait beau-

ni& €Oras iMT UTrtfjmvuu

coup à son plan particulier, et ne désespérait pa» de le voir adopté. Sofn ourrage adu mérite : il j a même une partie très-bien traitée ; c'est la première , celle qui contient la classification des oIk jels de nos connaissances, Tone des nôlleoies qae Ton ait £iites, et où Ton lecoimait ua homme à qui le travail de P Encyclopédie avait diKmér rhabitude de Tanalyae. H y joint le mérite d'une diction nette, précise , souvent même éna^iqoe^ et l'on v(Ht que l'auteur avait soigné oe morceau» Mais il sen faut de lieaucoup que la seconde par^ ûe I celle où il en vient au dioix et k la distnbtH tion des études daseîques, soit aussi bien conçue; elle me parait défectueuse à bien des égards^ ^ moins dirigée v^rs la perfection possible que vers rinnovation gratuite : c'est là que l'auteur te*^ tombe dans son faiUe. Je orois devoir m'arréter un peu sur ce sujet, qui me conduità desobseac* vations dont pei;ut*être on pourra tirer quelque fruit lors du rexiouvellement des études » qu'il nous est permis de ne pas croire éloigné* .

Écoutes ce préambule, et vous verresb que Diderot aussi peut vous édifier, caamie un autre.

a Jai^elle connaissances es8e^tielles cdlcs qui » ont des objets réels et nécessaires à tous les^ » états s dans tous les temps, et auisquelles. rien » ne peut suppléer , parce qu'elles comprennent » tout ce que l'homme doit absolument savoir et » faire, sous peine d'être dégradé et pfialhffurwnu

» Elles se réduisent à tnns : 1 \ la religion , par » laquelle nous devons commencer , continuer et n finir, parce que nous sonomes de Dieu , par lui » et pour lui; 2^. la morale, pour se connaitre^ :: > soi-même et les autres , ce que' Ton peut et ce I » que Ton dttt dans Tes cas divers où il plait k la » Providence de nous placer; 3*. la physique,' » pour prendre une idée de la nature et de se»^ » opérations, de notre propre corps j et de ce qui » fait la santé où la rétablit , et des arts divers j^ qui augmentent Taisance en adoucissant les en- » nuis.

» L'homme a une âme à perfectionner, des de-^ % voirs à observer, et une autre vie à prétendre^ )» n est sous la main de Dieu , lié à une société et » chargé de lui-même. Or, le premier comman- » dément de Dieu est qu'on lui rende hommage » de toutes ses facultés, en travaillant selon Tor^ » dre de la Providence. La première loi de toute «> société est qu'on lui soit utile pour acheter par » des services les avantages qu'elle procure. Le » premier conseil de l'amour-propre * est Jaug- )» ménter son bien-être par l'aisance que la raison » permet , et la conâdération que le mérite at- )) tire, n faut donc que l'on abjure sa destination » et son existence , ou que l'on connaisse les œu«

^ Qui n'est ici que Tamour de soi , réglé par la raison, comme cela est i*eça dans la langue philoscq^diiqae.

128 COUBS DE UTTÉRATDBE*

» vres de Dieu et le culte qu'il exige, les droits de » la nature et les ressources de l'économie , les » lois de sa patrie et les talens qu'elle honore , » les moyens de la santé et les arts d'agrément. » Jl faut adora: Dieu, aimer les hommes, et tra- » Tailler à son bonheur pour le temps et pour l'é- )» temité. Religion , morale , physique , ces trois » objets se représentent sans cesse et ne se sépa- )) rent point. »

lisez ce morceau chez tous les peuples policés , quels qu'ils soient , je ne dis pas seulement chez des chrétiens, puisqu'il ne s'agit encore, dans ces prolégomènes, que du besoin d'une religion, mais chez toutes les nations qui ont senti ce besoin , puisqu'elles sont civilisées ; portez cet exposé des premiers élémens de toute éducation pubhque à Constantinople, à Ispahan, à Dheii, à Pékin, partout il trouvera un assentiment universel, partout on y reconnaîtra ce que la raison a fait sentir à tout le monde , et ce que tout gouvernement ^ mis en principe et en pratique. Mais, au lieu de cet exposé SI sage, et auquel il ne manque rien que ce que le christianisme seul pourrait encore y ajouter, allez présenter à quelque peuple que ce soit les inconcevables amphigouris qui servent de préambule à tous ces prétendus plans d'éducation qui se succèdent sans cesse parmi nous, et qui ne sont que des plans d'extravagance; tous ces volumineux fatras où l'on fait des efforts si visiblement bjpo*

DIDSBOr. DB HÈDVCXnOV* 12^

crites pour paraître ne pas renoncer à la morale , en mettant de côté Dieu et la religion j[ et partout Ton demandera de quel hôpital de fous sont sorties ces scandaleuses rêveries , et quel est \e peuple assez insensé y assez malheureux , assez abject pour qu^une pareille doctrine y puisse être publique , et soit même celle du gouvernement. Portez où vous voudresK Tarrêté tout récent du corps administratif d'une de ios provinces, qui déclare en termes exprès (et je me siiis fait Un devoir de les récueillir pour Tétonnement et l'horreur de la dernière postérité ) que , fidèle aux principes républicains-, il a soigneusement défendu aux instituteurs qu'il a nommés pour les écoles pu* bliques de fnêlér à leurs leçons rien qui puisse rappeler Fiêée dun culte religieux. '¥9iVio\xt on se demandera quel doit être l'état d'un peuple dont les magistrats parlent ce langage au nom de la loij et ce que peut être une république^ dont ce Sont là les principes. La réponse ne pourrait être que l'histoire de la révolution tout entière , et j'avoue que cette réponse même laissera encore une longue et très-longue admiration... de^l'éternelle

** Je ne dôutë pas qu'on ne demande aussi un jour s'il est bien vm qu'on ait pu s'exprimer en pnblic comme je f^ ici^ et prêcher cette doctrine en 1797, sans être surlê:champ jeté dans un cachot , fusillé ou déporté. C'est le fait : je ne puis que répéter de nouveau que tout cela fut textuellement prononcé en y joignant même tout ce que xvin. • 9

128 COUBS DE LITTÉRATURE.

» vres de Dieu et le culte qu*il exige ^ ^ ^

» la nature et les ressources de V'/^;' es.

» lois de sa patrie et les talent ' • '/ ces

» les moyens de la santé et ]' .' ? c*est

» Il faut adora: Dieu, aime- ^' ' 9 ^69

» Tailler à son bonheur y .. .* ns voir,

» ternité. Religion , n^ ;' i, qu'on

» objets se représen^ ' .nparer à

)) rent point. » -«on pas seu-

Lisez ce morr , mais contre toute

quels qu'ils sr ^iOlitique. Son exaltation de

des chrétier ^^^it que croître en vieillissant, a

prolégoir . progrès dans les écrits de ses demières

chez tr •;,>-^j^ai6 enfin, dans ce conflit perpétuel

puis' z^'^*' posées, de quel côté était la conviction?

P"" j^^[gûOX^ ; niais il est beaucoup plus aisé d'ex*

<^^ la cause des paradoxes et des contradic*

/,< • elle est la même que celle de ta A; d'autres

^fts qui sont dans l'esprit bumain , la vanité.

i^eit elle qui disait tout bas à Diderot , à Bous*

^u, à tous les sopbistes : «U faut faire du bruit:

y pour en faire avec la vérité , il faut qu'elle soit

» bien éloquente; et cda est difficile , et pour*

Taction oratoire pouvait me fournir de moyens. Afais cev- Jà le comprendront qui auront bien compris que jamais les médians ne penvent alU r que jusqu'ob la Providence les uiécliaos aillent. Ils ajoumereni leur venf^ance, et ce ne fut que quelques mois après que cette Providence ]ui permit d*agir.

DIPIUIOT, DB l'ÉDUGATIOCC. i3i.

n'est pas extraordinaire , car c'est la route

, où le talent et le génie ont marché de-

^-temps. Ce qui frappe surtout, c'est

naire; et quand on vient tard, il faut

Or, quoi de plus extraordinaire que

hardinient la raison de tous les

\g A onne la multitude comme Vau-

m : c'est le sublime pour les .uu de sots diront : Il &ut que cet .u en sache plus que tout le monde, car il ^ contredit tout le monde l m

Cette petit harangue de la vanité n'a*t-elle pas dû être trèsrpersuasive chez un peuple devenu fou de vanité., à une époque où elle était le pre^ mier et presque le seul intérêt social , le premier mobile des paroles et des actions , où Ton se disputait, où Ion s'arrachait les succès et la célébrité , non-seulement devant le public , mais dans chaque maison , dans chaque cercle, partout où il 7 avait concurrence ? Il est vrai que la raison dit aussi , quand c'est son tour de parler : Ils n'étaient donc que vains ces sages ? Et quoi de plus petit et de plus puénl que la vanité? Quoi de plus opposé & la sagesse , qui apprécie les choses à leur valeur? Mais si cet orgueil ne parait d'abord qu'une sottise d^^s son principe, voyez ce qu'il a été dans ses conséquences, et jugez si celui qui nous- a dit que l'orgueil était la première source de tout malj a bien connu l'Ii^pmiVLe et Ta bien instruit.

iS^ COURS BB LirriKATDBS.

Quant au rang que donne Tauteur à la phjaque après la religion et la morale , sans cloute il n*a pas vcHilu dire qu'il fut aussi essentiel d'être physicien que d'être éclairé sur la religion , qui est le fondement ae la morale. Quoique dans sa concision rapide il ait négligé de s'expliquer suflSsamment pour qu'on n'abusât pas de ce rapprochement des trois choses qu'il nomme essentielles, il parait trop sensé en cet endroit pour que ion puisse lui imputer cette erreur. On voit d'ailleurs , dans le contexte de ce même passage, que ce qu'il marque comme essentiellement usuel dans la physique , c'est l'avantage général d'entrer dans les procédés ou les matériaux de tous les arts d'utilité ou d'agrément.

Il observe, et avec vérité, qu'excepté les sciences de pur calcul, telles que l'arithmétique, la géométrie , l'algèbre , qui traitent des quantités et des grandeurs abstraites, toutes les autres sont plus ou moins dépendantes des faits. <r Ce sont les )) choses de fait qui font naître les idées. Sans la î) connaissance des faits , -c'est une nécessité que » l'on raisonne faux ou en l'air, comme on le voit » trop souvent, même avec ce qu'on appelle de » l'esprit ; et au contraire , plus on a de faits , plus » il est aisé de ji^er, puiisqu'on a plus de pièces » de comparaison ; et plus on combine , mieux on » se décide , mieux, on agit. »

Diderot ne songeait g^tère que ce qu'il écrivait

DIDE^OT^ D£ L*JÊDUCATION. l33

là était la condamnation formelle de cette prétendue philosophie qui est si souvent la sienne , et qui , comptant pour rien les faits en tout genre , ' ne bâtit jamais qu'en hypothèse. La nature de rhomme , ce qu il est par lui-même , et ce qu il a été dans tous les temps , ce sont bien là des faits , et des faits à combiner avec ce qu'il peut être en mieux , afin de juger à quel point et en quoi ce mieux est possible , et de se bien décider pour bien agir. C'est pourtant là ce qu ont oublié , mais complètement oublié , tous ces arrogans sophistes qui, depuis si long-temps, ne nous parlent que de refaire l'homme. £h! plats charlatans, essayez d'abord votre science sur vous-mêmes ; tâchez au moins de vous rtfaire : il y aurait de quoi , si cela vous était possible» Un de leurs disciples ne vient -il pas de nous dire en propres . termes ^ : « Ce n est pas seulement une révolution politique » que nous avons voulu faire : nous avons voulu » recréer Fentendement humain ^ , changer les

^ Dans le journal intitulé Clef des Cabinets.

^. Il est bon de remarquer, ce que j'ai déjà remarqué en plus d'un endroit 9 le danger des métaphores feulement outrées. C'est Thomas qui le pi^emier se servit de ceUe hyperbole insensée dans l'éloge de Descartes, qui, selon lui» recréa V entendement humain. Thomas ne se doutait pas que cette mauvaise figure de style, cette vicieuse exagération, scçait un joui* prise à la lettre, comme bien d'autres f cao il ne faut pas s'y ti'omper, elle est ici da,ns

râ4 iScrtJitth, tjfr LîrrÉÂA*fertv

% idées, les opinions ; les sentîttietis , te& moenin^ » les coutumes , etc. » Vous Fenteadea , rectéer F entendement humain ; et au dix-huitîèmc sièelè{ Il faut le lire pour le croire; et , pour croire qu^oû Tait pensé et poulu sérieusement^ il faut t^ute nôtre ré volutiorr. Mais qu après cette révolution même on n'en soit pas encore revenu ! que ce sdit jla huitième année de ôettô révolution qu'on en 'soit encore là !... grand Dieu! vous avez bien raison de détester Torgueil : il est bien horriblement incorrigible. Jîec/Téér l'entendement hummnl Eit le commentaire qui suit , tt où l'auteur développe toute Pétendue de la démence contenue dans ee ; peu de mots , comme s^il eût craint qu'on ae IV ' perçut pas ! Certes^. on né'^rà plus àéa&pmsis on orgueil diabolique y un orgueil infernal t on dnu un orgueil philosophique, un orgueil té^ohuitmnatte. Il est bien prouvé que celui-ci est fort aadeséus de celui des démons. Les démons Mr veulent ' du moitïs que le mal qu'as peuvent fbire; mais nos philosophes y e\j\Qïit même celui qu'ils ne peu-

titi lèm rîgdurefut ,.etriElutèur n^ pas voulu qii^oa s'y méprît. Le fait d'ailleut'S'est d'accord avec leé teroMs» et Tesprit de la révolution , quand cHe a diangé k laïq^ogeàf6rc6 ouverte et sous peine de la vie , était bien véiitaUexnent de changer ks idées, si cela eût été possible; de /tefatre la pensée , de donner à Thômme un ilutre entendement : et ils* n'y ont pas renoncé ; ils ie venleat encore {dut * qtiejllnitiï/et jttsqu-aiideniîernonvint;

DroEROT. PS l'éducation. Jt36^

<teftkt paff, que perseni^ ne peut^^et sankles.jp^V»^ xtosophes j'aurais crà que, depuis qu'il a ij^ h Dieu de créer t enterviement huptainyîl rij avait 'que le père étemel des Petiteft-Madsons qui lut de ïbrce à le recréer^

. Mais c^iendant qa*oat-iIs efifectué de ce qu'il»

-6e vantent encore de çoùioiri et à quoi ontr-ils.

- iréuflsi? A pousser la jnëdianceté faurnsône plus<

loin y beaucoup plus loin qu'elle n'avait encore été ^

• e'est-à-dire , à rendre plus méchant ce qui dgà

' était xnéchfiBt, 4 intimider ce qui était fiiWe r

vcoià tous leurs succès. Mais d'aillears on a eu beau

torturer en tout s^is la nature pour la révolutionr-

ner^ l'homme est resté ce 'qu'il était. Vainement

^ comprimée et défigurée unrmoment à rextérieur ^

" là nature a bientôt rèpam de tous côtés^. die a

jeté et foulé aixx pieds les masques hideux qu'où

lui avait mis de force, et partout elle repirend ses

traits et sa -physîbncMme ; die na point diangé et

ne changera pdnt« Ses ç^ppf esseurs jo^^op^s ^3

Be peuvent it^^sSÈev sa voix par les cris de ragel

' qu'ib ne ee88ent;(f élever eemtre elle , et ces cris ne

' font qu'attester l'impuissance de leurs efforts^ Déjk

" lèmr place n'est plus tenakle ^ns Topinion : e^est

^' 'dire assez que b^ntôt ils n'en auront plus aucune^

" Hévàions y et continuons à nous édifier avec Dide-

^ "it>t : cela n'est pas commun, et il faut enprofiter.

' « l'observe que la religion , la morale et la pbjr-

'< » sique, c'est-i|-dire, toutes les vraies sdqsuces^ ont;

l36 COLRS D£ UTTÉRATURB.

» en effet chacune trob parties bien distinctes, » dont la première est le fondement de la seconde , » et celle-ci le principe de la troisième, savoir : » rhistoire, c'est-à-dire , le recueil des faits relatif )) à la chose , et qui servent de matériaux à Tes- » prit ; la théorie , qui contibine ces faits, en cherche » les raisons., et en déduit la chaîne des axiomes » et des règles; la pratique, qui, munie de ce » secours , opère avec sa Imnière , et doit être le » principal et dernier but de toute étude sensée...» » L'histoire de la religion a deux parties, celle » du peuple de Dieu , laquelle remonte à rorigioe D des siècles, ce que n'a fait aucune au|xe histoire, » et celle de TÉglise, qui, remplaçant ce peuple D proscrit , he finira qu'avec le monde. L'une çon« )> tient les faits , les lois et les orades qui ont pré* » paré la venue du Messie ; lautre nous montre » la loi éternelle et immuable , établie par le Messie » et les apôtres , avec l'oracle toujours subsistant » dans rÉglise , qui explique ses mystères et con- » sacre sa doctrine. Les monumens authentiques » de cette histoire sont , d'une part , les livres sa* » crés de l'Ancien et du Nouveau^Testament ; et )i de l'autre , les décisions des saints conciles gêné* » raux, et les traditions unanimement reçues des » anciens pères. On y ajoute la suite de la disci* » pline, des rites et des établissemens , divers, » moins essentiels, sans doute , puisqu'ils peuvent » changer , mais qui constituent spécialement ïhisr

piDÇBOT. DE LÉDUCATipir. iZ»]

-;» toire ecclésiastic[ue ^ Voilà les faits delà reli- 3» gion y et Tobjet de ce qu'on appelle théologie m positive f ^ns laquelle il n'y eut jamais que de » vains et dangereux raisonneniens« Je ne parle 9 donc ici que de la religion révélée : Thistoire des D fausses religions et des hérésies ,en est , à la véj» rite , un accessoire ^ mais qui dépend de la mo- ' » raie , puisque c'est Thistoire , non de Dieu , mais x> des hommes. ••• H ne peut y avpir de théorie et » plus sûre et plus nette que celle de la religion, » puisque les &its qui lui servent de base sont dé- » ddés et authentiques : il n'est point d'ignorance » plus honteuse que celle de la vraie théologie, 9 puisqu'il n'est point de science plus importante » et plus aisée à apprendre. »

. Diderot ajoute, avec non moins de raison, que s'il y a tant d'obscurités et de disputes dans cette étude, c'est que l'on confond la scolastique avec la théologie véritable, qui a trois parties, celle de l'histoire , ou la théologie positive; celle du dogme, ou la théologie dogmatique , qui ne peut être qu'une: logique saine , appliquée aux faits de la ipeligion; celle de la morale, qui se réduit à une seule et grande règle » la. conformité de nos volontés à celle de Dieu, et qui n'est qu'un déve-

^ Il convenait d^ajouter dans Fordre spîutnel , car les -faits de Tordi^é temporel sont aussi de rhistoîre eodé- 'm3tîque.

iSft COIJH0 DE UTTÉliATimlB.

loppement méthodique de la Icn de l^yangSé et des ordonnances de FÉglise universelle. •

Tout cela est exact , et il n'est pas indiffèrent de trouver sous la plume d*un de nos philosophas antagonistes de la religion un exposé si simple et si lumineux de ce qui en fait le fond et la sul>stance , et si difi&ent des caricatures mensongères qu'ils y ont si souvent substituées. H parait que Diderot n^avait pas:, mal profité des étoées tliéôlogiques qu'il avait faites chez les jésuites de Langres, et que ce n'est pas par ignorance de la religion que <;etui4à s'est tant ^garé depuis; ce qu'on ne saurait dire de Voltaire et de la fiuile des écoliers d'incrédulité qui ont écrit d'après lui*: ceux-là paraissent aussi- étrangers à la connaissance du christianiffliie que pourraient l'être des docteurs miusulmans.

Diderot en vient à la pratique de la religion , et ses expressions sont celles d'une^ jnsMôee écl»rée. Si elles n'étaient pas dans son cœur, comme le dira sans doute la secte philosophiste , tant pis pour lui et pour eux : il ne s'agit ici que de ce qui est sous sa plume. « Également éloigné de la » superstition qui rend imbécile, '^ du fanatisme yy qui rend féroce , la pratique lest i- )^r les pa»- » teurs, le gouvernement de leur église etl'admi- >» nistration des sacremens; pour les docteurs ^ » la prédication et la controverse ; pour les béné- » ficiers^ la prière et la frugalité; pour • tous y 1^

» ftl^édâftëe, 1k piété solkle et la cKdrfté tuiiyër-

î » 3elle. Mais ddles^d sont le principe et là £n, 3 le fondement et le feite d^ Fëdificé éternel ; » car 9 sans ell^s , Dieu est oublie oir insulté : la Ht controrersé aigrit au lieu de contaînere; le pfé-

: » dicat«ttr amuse kà lieu d:e toudier ; le confes- » seur égare «a lien de diriger ; le bénéficier t> scandalise au lieu d'édifier ; le pasteur s'endort , » et les brebis étonnées se divisent. ••• La religion D. ne prêche que Tordre et Tanatôur, et n*ôte point 9 la raison^ xasiseâerépmre et Tennoblit; elle ne

. » détnEiit pas les bommes, mais elle en fait des }) saints* La mâfràle humaine n'est 'polnt le dkris-

t. » tianisQtDe , mais elte ne peut le contretKre t elle > Tient da ciei comfme lui. La pratique de la mo*

, 1^ raie, c'est la justice, qui comprend également 9 k piété et Thumanité , et en elles toutes les

:. « vertuiB, La. piété adore Dieu avec le respect pro-

:-'9 fond d'une faible créature ppur le Dieu de Ta- » nivérs, et la tendre confiance d'un fils honnête

,: m pour son père^ii

L'on peut bien dire ki avec Boilean :

• . • Et sur ce'poLnt, si sayamment toucliëy

D^Muattls id&iks âûnt-Roeh n*aurait pas mieux préclië*

L'aMéu* commence son pkn d'études par la t^ ligioa# «Ce séria toujours là première leçon éfla » leçon de tous les jours. Ëst41 concevable qae » JMsqM'à pvésenk L'os n'ait oas senti que cela d^-

l4o COUBB DB ïJTTÈRATUèM*

3» yaît être?....; ITest-îl pas scaBdaleu que ki » jeunes gens parlent si hardiment de la religion s dans le monde, et qu'ils en soient si pea iii- » struits?.... L'on commencera par £adre appren* » dre aux en£ins le petit Catéchisme de Flemy: 31 il est vraiment substantiel , au-dessus de tout » éloge j et £iit exprès pour mon plan. Cest à de 3» tels honrunes qu'il convient de &ire de petits 31 abrégés ; mais s'il était permis de toucher à un » ouvrage si précieux , on ajouterait à la partie » historique trois ou quatre leçons sur les concfles » et les pères y et autant à la partie dogmatique sur » la grâce , les abstinences et les fêtes. »

Ce passage mérite quelques réflexions. Il j a quelque chose de vrai dans ce que l'on dit ici de l'enseignement de la religion dans les collées j quoique le reproche de négligence et d'oubli ne soit nullement fondé. Je passe sur ce qu'il propose d'ajouter au Catéchisme de Fleury, dont il fidt d'ailleurs un juste éloge : mais il oublie qu'il est encore à la première classe, celle de huit à neuf ans; et que la grâce , les conciles et les pères sont au-dessus de cet âge. Il n'a que trop raison sur l'ignorance trop commune de la religion , et sur la confiance vraiment ridicule des jeunes gens qui en parlent d'un ton que leur âge ne rend que plus indécent p loin de le rendre plus excusable. Ils en rongpL* raient , s'ils étaient seulement capables de se rappeler le nom des hommes qui ont respecté ce

nmBor* ra l éducation. i^

qu'ils méprisent; mais le plus grand mal, c'est que leur présomption nr'est, en effet, que de Tignorance, au point que, si on leur demandait de nous dire sérieusement ce que c'est que cette religion dont ils se moquent ; la plupart , en se hasardant à répondre , risqueraient de dire une sottise à diaque mot. Cependant ce n'était ni faute de zèle ni faute de leçons que cette étude n'avait pas dans les écoles publiques tout l'effet qu elle devait avoir, et .que souvent on en remportait si peu de chose pour le reste de la vie. Sans compter l'observance régulière des devoirs et* des offices religieux , il y avait (je suis obligé de dire //^ avait , puisque vous savez que , si les collèges subsistent encore comme édifices, ils ne subsistent plus comme écoles ) , il y avait chaque semaine un catéchisme proportionné aux différens âges , et cela était en soi-niême suffisant. Yoici , je pense , ce qui manquait pour la. suite, et ce qui, je l'espère, sera un jour suppléé. On ne s'est pas assez aperçu que la religion n'était pas pour les enfans (comme, en effet , elle ne pouvait pas l'être ) un objet d'étude, mais seulement de inémoire ; une croyance apprise, et non pas expliquée. Tout œ qu'on peut faire jusqu'à quinze ans, c'est de leur apprendre leur foi, et de fourner, .autant qu'il est possjblè^ la pratique. e||ilb|bitude , et le respect en amour ; et c'est ce que généralement on tâchait de fsiiro.. Mais qu'arrivait -)jl>^ A pcâne: hors de^ classes,

toutes ces leçons, un peu sévères pour la légèreté de cet âge , se confondant bientôt y dans lopinioa et dans le discours / avec toute cette discipline de collège qu'on ne traitait plus que de pédan* tisme , dès qu'on n'y était plus assujetti , tout cela ne paraissait plus qu'une routine d'école , qu'on oubliait bientôt , comme le latin ; et la raillerie philosophiste avait beau jeu à vous renvoyer, sur la religion, à Vôtre précepteur et à votre bonne. Trois ou quatre sophismes usés , trms ou quatre plaisanteries triviales , mais qui étaient des nouveautés pour la jeunesse , leur semblaient des lumières d'hommes, faites pour refirplaèer la crédulité de l'enfance, comme la liberté, du monde pour remplacer la férule. Et combien peu étaient en état de résister à une séduction qui faisait disparaître toute idée de joug dans Tège où il paraît le plus gênant ! Quelle devait être l'autorité de la mode, et la crainte d'une sorte de lidicule, pour les jeunes esprits qui n'avaient à y opposer que des leçons fort bornées , et dont ils se souvenaient ^d'autant moins qu'Us les avaient entendues avec moins d'attention et d'intérêt 1 Je né prétends pas qu'il eût fallu faire de tous les étudians autant de théologiens : chaque état a ses dévoila particuliers. Mais que Ëillait«il pour prémunir et armer la jeunesse contre des erreurs de respri^^^fl'- favorflî>les alors aux feiblesses du cœur et & la fougue des aenaP^pi'elle fût au moins en éteft de répondre sur

^a religion , cpnune elle aurait pu le Êine sur ce qu*elle avait appris de laxliétoiri<{ue , des Iprumanitâ» et de la physique; et c'est ce <pi'eUe ne poonraît jguère, faute d'un moyen qui était , ce me semble^ mie lacune dans les études. C'est dans le oouts de plûlosopbie^ qui est de deux annéea, et^oà les jetines gens sont assez forts. pour U logique et la inétaphysique ; c'est ]k qu'il devait y avoir un senieatre consacré à l'appUcatiQja de ces deux acien-* ces aux principes de la rdigion. Dès lors , j'oâe le croire^ elle. eût paru tout ai3i|;re ; en devenant une science d'honome , elle acquérait dé Vimportancë pleine pour Faixiour-propre, qu'il faut bien îhtéM re3ser à tout , puisqu'il est de Thomme. Dès Idrs ce n'était plus le catécbisn^deraàfanee, dont on se moque si aisément et si platement , parce qu il neccHitient que ce qu'il doit contenir pour cet 4gCj des dognles qu'il faut l'accoutumer à croire av^nt qu'il soit à portée d'en comprendre les preu- ; ves : c'était tout autre cbose ; c'était, cojnme le dit ici Diderot lui-mênne, la premiè]?e des sdèncêsy la philosophie la plus sublime. Et qui doute que l'àme sensible de la jeunesse ne soit faite poiiir en ; ^ntir le dkiarma et l'élévation? Avec qudle facilité elle aurait appris i se jouer de ces hommefli ' qui, ne se hasardent guère à raisonner Bnlessus en <x>nversation que quand iJs ne. soient personne ^en éiat dq leur répondre^ qui Qnt M^ujours k la main deux ou trois objecbonA r ^wenl; mêma mal ^p«

l44 C0X7RS DE LITTERATURE.

prises , mille fois réfutées, et dont il ne reste que le ridicule dès qu'on y a répliqué I

Et quel avantage n'a-t-on pas sur les moqueurs, quand on a prouvé leur ignorance ! Souvent elle est telle , que l'homme instruit est obligé de refaire leur objection même qu'ils ne savent pa3 expliquer, et qu'il peut s'amuser à faire la de-* mande pour eux et la réponse pour lui. Croyez qu'ils ne feraient pas meilleure contenance devant un homme ainsi préparé, que ce raisonneur maladroit qui venait de déraisonner sur là physique devant un académicien des sciences qui n'avait pas jugé à propos de dire un mot. <c Eh bien ! monsieur D r académicien , à quoi donc est bonne une aca-* » demie des sciences y si i^ous ne pouvez pas nous 1^ rendre compte de cesfaits4à ? -^ A vous ap- » prendre , monsieur ^ ce que vous paraissez igno^ » rer, quil ne faut jamais prononcer que sur y> des faits certains. » Et le savant fit voir aussitôt à la société , en fort peu de mots , que l'ignorant avait disserté sur ce qui n'existait pas, et n'entendait pas même les termes dont il s'était servi. L'on peut juger de quel côté furent les rieurs.

Dans le plan de Diderot , les objets de la première classe, de huit à neuf ans, seraient la morale, la phyâiqueet la grammaire raisonnée, celle de Port-Royal. Je ne suis nullement dé cet avis, tout cela est trop fort pour cet âge : ce qu'il fatit. occuper alors ^ c'est la mémoire et les sens, qui

DIDEROT. DE l'ÉDUCATION. 1^5

précèdent les progrès de la raison. Quand on sait lire et écrire ( ce que l'on n'apprend rien -que dans cette première époque de la vie ) , Tarithmé-t tique et la géographie , le dessin pour ceux qui montrent de la disposition en ce genre , me paraissent rpccùpation la plus naturelle et la plus à leur portée. L'arithmétique peut leur plaire par la. certitude et la facilité de ses opérations, que l'heureuse invention du décuple progressif, par la ju2^taposition des nomhres , a rendues presque mécaniques; et la satisfaction de trouver des ré** sultats toujours sûrs , quoique sans savoir encore pourquoi, est un attrait de plus qui peut faire éclore le germe du talent dans ceux qui auraient naturellement du goût pour 'les sciences exactes. La géographie amusera leur curiosité et leurs yeux, qui apprendront à lire sur la carte, et leur mémoire s'exercera à retenir les noms dont la carte fixe le rapport dans leur pensée. Mais les faits que peut montrer la physique exigeraient des explications que les enfans demandent toujours , et qui sont au-dessus de leur intelligence. C'est par la même raison qu'à cet âge je n'étendrais pas leurs études géographiques au delà du globe terrestre , réservant l'application de la sphère céleste pour la classe de philosophie, dont les élémens d'astronomie font une partie ordinaire. En général, il ne faut appliquer les enfans à rien qui puisse^ porter trop loin leur curiosité naturelle, xYiu. # 10

1^6 COUBS DE uttératurb;

^e Foni riacpe de rebuter quand on ne sdnrait lai satisfaire;; et Varithmétdque et la géograpliie n'ont point cet inconvénient. Des traits d'histoire à leur portée sont aussi pour eux un exercice de mémoire, et un plaisir qui eM fort de leur goût; et c'est, à mon gré, la vraie manière de leur donner 1 silors des idées de morale usuelle, dent ces traits ^ bien choisis doivent toujours renfermer une leçon-, mais une leçon; trës^sîmple et faite pour Tinstinet naturel , comme les bons apologues. lia: morale raisonnée et méthodique est, aU contài^ire> unepartie essentielle de la philosophie, qu'il ne-con*^ vient pas d'entamer avant de pouvmr Vaehever,. et renvoyée par conséquent à Ih fin* dfis étudeSb. A regard de la grammaire, j'aiî toujours penséqu'on la commençait trop tôt dans les collèges, et de là vient aussi qu'on l'y. apprenait mal. Le dégoût trc^^ fréquent qu'elle inspirait dans Impremières classes aurait dû &ire sentir qull n'y avait point d'étude moins &îte pour l'enfance , et je me souviens encore de la douleur que mecausait l'extrême difficulté de comprendre, avec la meilleure volonté du monde. Déjà sans doute il y aurait: eu sur ce point une "^ réforme dont on avait ap^çu! la nécessité, sa les parens enx^ mêmes n'eussent voulu à toute force &ire entrer trop tôt letu!s enfans au collège , pour les faire entrer trop tôt dans le monde. C'était un douMe tort qui tenait à d'autres abus, et qui a <u des ;

DlBCROr. DE l'éducation* f^j

çnitai ftinestes^ car réducation trop tôt tennsiiiée^ it la jeunesse Ptop tôt émaneipée , sont dens oaoaes d'ignoranoe^ et de désordre , qui' existaient mt France beaucoup plus que partout ailleurs > et qu'une triste expérience doit noos^ apprendre k éloigner.

Pour revenir à liiigraiiumirej ib est fkdûe de^ oomprendre qu'elle ne- peut avoir aucune' espèce de rapport avec Tenfance , et c'est une considé-^ iBtion qui n'est pas- à négligec« L'étude des langues n'est et ne' peut être d'abord que «elle des< mots et des constructions ,. étude abstraite, trop routante pour un âge à qui toute étude déplaît par eUe-même , siron n'y joint au mdins unattrait; Et pourquoi nW faudrait-il- pa» à l'enfaneie , puisqu'il en fantmémeà la raison? Cônnment voulez^ vous qu'un en£u»t dabuit à- neuf ans se soucie que l'adjectif s'accorde avee le substfemtif en genre , en nombre et en cas? Pas plus qu'il ne peut le concevoir. Tous ces termes scolastiques ne peuvent que lui faire peur et le mettre au désespoir. Aussi , que faisaitrcm? La diéorieélant impraticable, on ,se traînait pcjndant des années sur la pratique répétée-y et c'était, seulement par cette' répétition presque maobînalequ'^nfin l'éeoMer de quatrième commençait à ne plus guère se trompe^ dans l'application des pnncipes qu'il n'entendait encore^ ainsi que les mots, mêmes, que trèsr:iip.par&ite<' ment , et dont aucune des classes aubaliitiesi 4mt

Ii|8 COVBjS de LITTÉaATUBB.

lui donndit Tanalyse. C'était une perte ae temps, et (Tua temps précieux ; et j'ai vu des enfans de sept ans occupés ainsi du rudiment sans aucune utilité. Si , au contraire , vous reculez Tétude du grec et du latin jusqu à onze ans , toutes ces difficultés s'aplanissent. Trois ans, quatre ans, sont beaucoup à cette époque : alors un écolier apprendra en six mois , en un an tout au plus , la grammaire latine et grecque , que rien n'empêche de faire marcher de front, parce que,. s'il n'est pas dénué d'intelligence et de mémoire, il est fort en état de se rendre un compte raisonné de ce qu'on lui enseigne, et de saisir les rapports et les^ différences des deux syntaxes. Ce serait de plus ime préparation pour la grammaire française, que Ton apprendrait en seconde , afin de pouvoir écrira en français dans les compositions de rhétorique , et de cette maniée on ne sortirait pas du collège sans avoir au moins quelque connaissance théorique de sa propre langue , comme il. n'arrivait que tro{) souvent.

C'était aussi le seul changement important que j'eusse désiré dès 1790, et je le proposais alors \ en rendant d'ailleurs au système général des études de l'Université, et à l'esprit qui le diri-

"* Dans le Mercure de France , dont la partie littéraire venait d'être confiée de nouveau à trois académiciens , MM. Màrmontel, Chamfort et moi, afin de pouvoir effectuer le paiement des pensions. - -

DIDEBOT. DE l'jÊDUGATION. 1^9

geaity toute la justice qui lui était due et quej^avais opposée en tout temps à ses aveugles détracteurs. Je réduisais ainsi à quatre années , au lieu de six ou sept y ce qu'on appelle^le cours (^humanités , c'e^à-dire les langues grecque et latine , qui, dans mon plan^ ne devaient jamais se séparer, et je suis persuadé que ce cours , commencé plus tard , peut en effet être achevé en moins de temps y et que quatre années classiques peuvent y suffire. Mais à celles de rhétorique et de philosophie j'ajoutais, de dix-huit à dix-neuf ans, pour ceux qui se seraient destinés au talent de la parole, une classe nouvelle que j'appelais la chétorique supérieure, parce que, fortifiée des connaissances philosophiques qui l'auraient pré^ cédée , elle devait avoir pour but immédiat de former des orateurs , soit pour la chaire, soit pour le barreau. Mon cours entier d'études, diminué dans ses conomencemens et prolongé sur sa fin , mais enrichi de nouveaux objets à Tune et à l'autre époque , durait huit ans comme l'ancien , mais ne finissait qu'à dix-neuf ans. Je suis convaincu que cette prolongation est utile en elle-même, et j'at pour moi l'exemple d'un peuple très-éclairé , les Anglais , qui ont formé sur ce principe les écoles d'Oxford et de Cambridge , et qui les poussent même beaucoup plus loin ; ce qui fait qu'en gêné* rai leur jeunesse est plus instruite que la nôtre ^^

^ J'ai eu occasioii de voir à Paris M. Fitz-Herbert » lor$>*

«So GOUHS BG LnréHATtJBB*

' En général, on abandonnait trop tôt y parmi noug^ è une dangereuse indépendance cette inappréda*hle saison de la vie , la seide *où Ton puisse tottt apprendre et tout retenir , celle où lés organes ont toute leur fraîcheur et toute leur force , et dont

on ne saurait trop profiter avant qu'eue soit livrée aux distractions et aux passions. -

^Diderot, dans sa troisième classe de dix à ônase ans , recommande d abord Thistoire sainte ; car ici

. la religion est toujours chez lui en pmnière ligue. .

lu ajoute : (c II ne faut pas glisser tMp légèrement y :sur les lois de Moïse r^c'est un chéWœuvre d*é» 31 iconomie poUtique ^ , dont les plus fiimeux I^is- 9 lateurs nont pas approché.» Ici "du moins je puis répondre de sa banne foi ; je sais personnelle» ment que c'était son opinion , et qu'il voyait à la fois dans Moîto le plus grand poëte et le 'jflus grand législateur qui ait existé. Il a d'ailléuts ma* nifesté cette même opinion en plusieurs autres ^idroits de ses ouvrages ' ; en cela plus judideux

qu'il y fat enroyé-pai' le cabitiet de Saint-Jamesi 9 âtait de mémoii'e ;Hoinèrè et JDémôdthènes comme aurait pu £sicé ^lors un de nos professeurs de rhétorique , et il m'assura que rien n'était moins rare dans son pays ; mais rien n'é* tait moins commun dans le nôtre.

*! ï^ourquoi donc ». dira-t-on» les Juifs en ont-ils si peu {>roBté ? Vous trouverez la réponse dans Y Apologie : il - fàiltque diaque ckose soit à ^a place.

SIDEBOT. DE iL^ÉDUGATION. .iSj

jque Yûltnre, qui affectait uà mépris ù}ti Ineple jpour les;ldîs«deMaîseetla poësksi des livres éainâ. •Mas|)je ne soie plus de Ta^vis de Diderot quand il 4^oiite ? « Bies ien&ns de^cet âge ne peuvent pas ^ sentir ce mérite; mais il leur en restera une idée » qui servira «dam la suite. /»

Je n'ai cxois jieïk. S'ils ne peuvent. pas le sentir j •ii est donc très «inutile de leur en parler. Cest ftottjonrs dans Diderot, et dans les réformateurs -de la même e^ce , roubli d'un principe invairiable qui prescrit de proportionner toujours la mature et les objets de Tinstruction à Tàge des ^élèves. Il serait même ridicule de £ûre lire k des enfans de dix à onee ans leLé^itique et le Deutéronomejet de prétendre le leur expliquer; c'est Ksomme si l'on &isait lire en quatrième l'Esprit Âes Lais et la Politique d'Arastote. Quelle fureur de tout déplacer , de forcer sans cesse les choses ^ les temps! Mais telle est partout cette philosophie , dans l'éducation, connue dans les lois. Ne veut-il pas encore que l'on fasse traduire ici des ^extraits de Ja Bible et des Pères? Pour la Bible. «oliiy en y mettant du choix; «t c'est à quoi jamais on n^ manqué : c'ecrt pour cela même qu^ été fait le petit abrégé qu'il indique , Selectœ è veteri^ avec la précaution très-bien placée de le rédiger en meilleur latin que la Fulgate , dont des auteurs n'ont songé qu'à la littéralité de la -version. Aussi ce petit livre est-il d'un usage uni-

l5a COITBS BIS IITTÉRATUBB.

versel dans les écoles Mais pour les Pères , c'est en rhétori^jue seulement qu'on peut les lire y et seulement par entrait. Je ne puis d'ailleurs qu'ap* plaudir à l'éloge qu'il fait de ces illustres écrivains du christianisme : « Les Pères ont assurément au- )> tant d'esprit que les plus beaux génies d'Athè- >» nés et de Rome. » Je le crois , quoiqu'ils n'aient pas toujours autant de goût. Ne sojeâ^ pas surpris , au reste , que Diderot s'exprime ainsi , sans <îrainte d'être appelé capucin. Songez qu'il écrivait avant les beaux-esprits de la révolution, dont la plupart ne savent pas même l'orthographe^, et qui font un si grand usage de ces mots de capucin et de capucinade. S'ils se souvenaient du pro* verbe, qu'il ne faut pourtant pas prendre à la let** tre ^, ignorant comme un capucin , ils ne prononceraient jamais ce nom-là de peur des applications.

^ Cela est vrai à la lettre. L'un d'eux qui a imprimé une vingtaine de volumes^ m'écrivit en 1792 deux ou trois lettres de sa main » dont l'orthographe aurait pu éti^ celle d'une blanchisseuse. Gomme je pris la liberté de m'en mo** quer un peu , il eut recoui*s à un de ses secrétaires (car il en avait alors }, apparemment un peu plus fort que lui en cette partie , et me fit une réponse oii il y avait encore des fautes 9 mais moins grossières. Quand ces auteurs-là font imprimer, c'est le prote qui corrige leurs manuscrits.

^ C'est chez les capudns que s'est formée de nos jours une société d'Hébratsans, qui ont donné sur les textes originaux de nos livres saints des ouvrages uifiverseIlemeQ< estimés.

mpEftOt; BB l'éducation. i53

Mais sur Tétude du latin, Diderot ne pouvait ^mgnquer de répéter les anathèmes si étourdiment lancés , dans ce siècle de réforme , par ceux qui y blâmant tout et réfléchissant fort peu^ se croyaient en état de tout* remplacer. « Je n'ai ja- » mais compris que Ton pût travailler sérieuse- 3» ment à enseigner à des enfans les délices et les D élégances ^ d'une langue morte qu'ils n'enten- I) dent pas encore , et qu'ils ne sentiront jamais » bien. Ne dirait- on pas que l'ancienne Rome va » renaître de ses ruines , et qu'au sortir du col- » lége ils vont haranguer le peuple à la tribune , » ou réciter des poëmes à Auguste? Il s'agit d'enn tendre le latin , non pas pour le latin même ^ » mais pour les choses utiles écrites en cette lan- » gue, et de le parler, non pour devenir préteur » ou consul j mais pour se faire entendre à des )i étrangers qui ne. veulent que nous entendre : ji aussi est-il à propos d'exercer dès lors et d'obli- » ger les écoliers à parler latin entre eux et' avec » leurs maîtres, m

Pure déclamation, amas de contradictions et de puériUtés , dont il faut bien faire justice une fois , afin qu'on ne les répète plus. J'ai prouvé ailleurs ' que nous avions sur la diction latine des

Ce sont les titres de quelques livres de classes.

^ Dans le Cours de Littérature y tomel^ chapitre Delà jtangue Jrançaiie comparée aux langues anciennes»

]54 COCBS M

conoaûmices beaucoup j^iis assoréesict pios éten* dues qae Jie le croient œu qoi ne Tfiot que -flopérficiellement étodiée. Je me Téftreà œ €pat fm «épondn à ceux qui interdisent aux modefues Dont jugement sur It s^le des antenrs mdens, sous prétexte qn ils n en peuvent savoir là-desRB autant que Gicât>n , Deajs dUalicamasse et Quintilien , comnie si Ton ne pouvait ïien savoir parce qu on ne sait pas tout ; t^omme À une acionce n existait plus paroe qu'elle a ses incotitndes et ses bornes! Si Ton n'apprend pas le latin pour ^ latin même, cela ne peut signifier autre chose, si ce n'est , comme le dit ingénîrusemeiit Diderot , queTon ne songe pas à devenir jeteur ou^smtsul; car d'aiUeurs pourquoi donc ne rapprendrait-en pas pour le plaisir de savoir une très-belle langue , dans laquelle on a écrit de tnè»belles tîhoses? Et dès qu'on apprend, il faut apprendre le nîeax possible : tout ce qu'on veut savoir , il &ut ie savoir^ bien. Diderot veut qu'on ne sache te latin que pour le parler ', c'est d'ordinaire Vusagé qu'on en fait le moins , hors en voyageant dans quel* ques contrées de l!Europe où il «est |dus f»itiiïiér que le français. C'est encore, ajoute^t^â , p^ur 4ès choses utiles écrites en cette <langae, et U ^^ s'agit que de Ventendre. Mais pour entendre une langue , il &ut , ce one semble., que i'<m tous ait enseigné la prc^riété des termes , leui^ 4lifiS^ntes acceptions y la valeur "des cCknMsructiMS V la^^ffi!^

HmEROrr. DC L'ÉDtJCATION. 'l55

/ference et la variété des toarnures , et les finesses vd'expressiofn. 'Or , qu'ecrt^ce que tout cela , si ce tn'est pas Vélégance proprement dite? Et c'est ^pourtant ne ipte VmtVsar ne comprend pas qu*on -enseigne mfieusemenL il oublie donc tjue, sans cet enseignement-indispensalîley et qui ne lui parait ique ridicule^ on ne pamendrait jamais à cette simple inteUigenceân «sens des auteurs , à laquelle il^veut boro^ Tinstruction ; il onbliej-il ignore qu'à ?eette même élégance d'esqpression et de phrase , idont il i^eut qu'on ne tienne aucun compte , est attachée le jpluB souvent, dans les orateurs ^ dans des historiens , ^dans les poëtes , cette même intelligence dn sens -qu'il reconnaît nécessaire. Est-il permis de se contredire à ce point , ou de s'enten- €dpe si peu ? Quoi I c'est à un savant ( cat il l'était ) ^qu'il Ëiut rappeler qu'il y a dans toutes les langues une grande distance entre le style femilier et le :8tyle soutenu , cit que c'est précisément cette différence qui constitue ce qu'on appelle élégance ! •Qu'efi*-ce qm arrête un commençant quand il arj xive à la lecture des grands écrivains de Rome ? ? $ont-ce les mots ? il les trouve dgns le dictionnaire; les constructions ordinaires? elles sont dans la syntaxe. Mais ce qui l'embarrasse , let qu'il faut absolument lui enseigner y parce que cela ne se devine pas , c'est la multitude des tropes^'des mots détournés de leur sens et métaphoriquement employés y des figures de diction , des eBipses , des

tourpures empruntées du grec , dont les poètes surtout sont remplis. Pourquoi alors est-il dérouté à chaque pas ? C'est qu'il ne connaît encore , pour cbaque chose , que l'expression con^mune. Et corn* ment lui fera-t-on entendre ces àuteurs-là , si ce n'est en lui enseignant que telle chose , qui se dit ainsi dans l'usage commun , se dit élégamment de telle ou telle autre manière ? Plus il y a de ces tournures dans une langue , grâces au génie de ses écrivains^ plus elle est belle et riche ; et c'est l'éloge du grec et du latin. Diderot voudrait-il nous défendre de faire entrer pour quelque chose dans l'étude du latin le plaisir de lire des écrivains supérieurs , dont le talent devient pour nous la 'récompense de notre travail ? — Fous ne le sentirez jamais bien. — Non pas comn:ie Yarron et Ascouius, je l'avoue; mais serait-il possible que luimême n'eût jamais rien senti en lisant Horace et Virgile , Tacite et Cicéron , et qu'il n'eût fait que les comprendre ? Je ne crois pas qu'il en convint , et il démentirait ce que lui-mêmç en a dit. Mais ce qu'il y'a de décisif , c'est que j'ai prouvé qu'il était impossible de parvenir à les comprendre sans apprendi*e en même temps à les sentir, autant du moins qu'il est permis à ceux qui n'ont pas été leurs concitoyens.

£st quàdam prodire tenus, sinon datùr ultra, £t Mut aller à tout , on va jufiqu où Ton peut*

DIDEROT. DS l'ÉDUGAXION* 187

Les poëtes seuls ici formeraient une preuve pé* remptoire contre DideroU Ou il faut renoncer à les lire, ou il faut savoir la langue poétique , qui est tout autre que celle de la prose» Elle est toute en figures de diétion , qui sont cette élégance pro* prement dite dont il ne veut pas qu'on parle aux écoliers -, parce qu'ils ne réciteront pas àespâërnes à Auguste. Non , mais ils peuvent en faire dans leur langue ; et si Racine et Boileau n'avaient pas été à portée de lire Horace. et Virgile, et de faire beaucoup plus que de les comprendre , n'auraient* ils pas eu un grand secours de moins pour leur génie, et un grand cd>jet d'émulation de moins, celui de^ faire jouter ^ leur langue contre celle des Latins, et même des Grecs? Vous voyez, messieurs, où j'irais, si je voulais pousser les conséquences de ces systèmes philosophiques y aussi meurtriers en fait de goût qu'en raison et en liiorale.

Rien de plus fiiivole encore que cette importance exclusive que l'auteur attache à cet usage familier du latin de conversafion. D'abord, comme on l'a vu , c'est celui qui nous est le plus rarenient nécessaire; ensuite les langues vivant^ déposent elle^-mémes contre le système de Diderot dans une langue morte. Un étranger qui ne voudrait appr^dre le français que de cette manière , sous

^ C'était Texpressiou de Boileau.

l58 OQIIKS DB LITTBHATQUU

prétexte qa-il ne le ^eutiiai jamais aussi bien qoit nous, pourrait safaire enjtendre de scm cordonmoD tout au plus ^ , et a'euteudrait pas mieux RadJoe> et Montesquieu que le eordomiier luir-mèeue^^ cesnme ceux de nos Français qiti nont uppria* Fanglab et Titalien. que dans les auberges d'Aorgleleim et d'Italie sont, incapables de lire Pope.- et rArioste.

Cette nsétbode y dont il parait faire gi»ndcas:^ d'obliger les écoliers àparler latin ^ était. celle.de»^^ jéauitiQ&,,cbez qui Tauteur .avait étudié* EUe fut toujours rejetée dans l'Université , et avec raison*. L'on apprend mal et Ton sait mal ui^eiai^gueque Y<m slaccoutume de si bonne beure à p^trl^ miaL;. et j'ai ËEiit assez voir que , pour tirer qudque firuifl du.latin, il le fiaiut savoir aussi bien qu'.oa le peu^^t selon ses facultés» Diderot, avoucti et c'est peutnètre;^ ce qu'il y a ici de plus plaisant ^ q^e cette enûèra. connaissance du latin est nécessaire à ceux qfn.60. destinent ii l'enseigner* Maia comment , si elle est impossiUe y estrcUe en même temps nécessaire? ou si elle n'est pas impossible pour les uns , ccfmr^ mentl'estrelle pour les autres ? Ainsi les uns auront: Uea appris pour enseigner mal* Et puis ^ il y auia donc deux écoles, une pour ceux qui ne veulent

''Témoin cet Anglais qui disait au sien : « Vous m'avci » fait des souliers trop équitables. » Si on lui eàfttppcw les différences du mot juste au physique et au moral p il n'aurait pas fait cette faute* . , j: .

DIDEBOT. DE l'ÉDUCATIOW. iSg

du latin qne pour parler aux AHemands , une autre pour ceux qui voudront lire Tite-Iive et Tacite?^ Que serait-ce si , considérant Féradition et les seien^c^y qui ne devaient pas être îndiffîrentes à un' s^ant de profession , je demandais à Diderot ce que deviendrait^ dans son système d'études , cette laiiguedans laqudilesont écrits, depuis la renais*: sance des lettres:, tat^ d'ouvrages de physique, de médecine, de chimie; en un mot, tant de livres excellena dans tous le& genres de doctrine , qui n'ont été et ne sont encore k Fusage.de toutes 1^ nations de l'Europe et du. Nouveau-Monde, que parce que le latin est, depuis le saoième siècle, comme la langue commune de tous les- hommes Hen élevés? Pour composer dans une langue vivante ou morte , il feiut la savoir à^ fond ; et parmi deux qui Fétudient, quels seront ceux dont on pourra s'assurer d'avance qu'ils n'en feront jamais d'usage pour écrire ou pour enseigner ?

Mais , quandméme ce ne serait ni pour l'un ni pour Fautce , je: dis encore que Fou ne sait pas bien le latin, si Fon n'est pas en état d'écrire en latin; et c'est pour cela que j'ai toujours approuvé et soutenu Fusage des thèmes, que dans ces der* niers temps on s*^était aussi avisé de proscrire. Les maîtres de. FUniversité se moquèrent de cette= -pvoacriçûon philosophique , et eurent grande TSLi^ SQn.heaphilûsop^^ traitèrent leur expérience de pédantisaie^ et en* c«la<, comme eipi tout, ils-déraiv

l6o COURS DE UTTEKATURE.

sonnaient. JTai vu des gens du monde, et qui étaient

gens d'esprit y que la curiosité avait engagés à se

mettre à Tétude du latin , qu^ils avaient négligé

dans leurs classes, et qu'ils n avaient rappris qu'en

expliquant les auteurs : je puis affirmer qu'ils n'en

connaissaient tout au plus que le sens, surtout

dans les poëtes, et qu'un médiocre rkétoriden

voyait cent fois plus de choses dans vingt vers de

l'Enéide qu'ils n'en pouvaient voir dans le poème

entier. Pourquoi? c'est qu'il avait long-temps fait

des thèmes et des vers latins; et quand cela ne

lui aurait servi qu'à sentir ce qu'on ne saurait

sentir autreinei^t, dira-t-on que ce n'est rien?

Laissons donc les choses comme elles sont ; car elles sont généralement bien. Laissons à l'ignorance révobitionnaîre à pratiquer , et même exagérer, dans ce qu'elle appelle /7i^^n£C//o7ij92^&//^2^e, les rêveries de nos sophistes, cela est dans Y ordre du jour y et vous savez ce que signifie ce jargon et jusqu'où il ira. De pareils maîtres n'ont écrit que pour de pareils disciples , comme lès charlatans ne parlent que pour faire des dupes.

Dans la cinquième classe, de douze à treize ans , Diderot veut faire lire les Prophètes et tHiS" toire ecclésiastique. Ni l'un ni Tautre: c'est trop tôt. « On y verra , dit-il , avec admiration la su- » blimité des idées et l'exactitude des rapports , » fondemens sensibles de la religion. » Qui, l'on verra tout cela, quand on sera en état de le voir,.

DIDEBOT. DE l'eDUGATION. i6k

dans le cours de philosophie. Jusque-là quelques beaux morceaux des Prophètes pourront seulement être offerts aux rhétoridens , ou comme modèles de sublime , ou comme matières de composition en vers. C'est lorsqu'il s'agira d'appliquer la philosophie à la religion que Y Abrégé des An-nales ecclésiastiques doit venir à Tappui des deux Testamens , cosAme les faits à l'appui des dogmes^ et des prophéties. Mais, n'en déplaise à Diderot , jamais on ne mettra , entre les mains de la jeunesse étudiante , un livre aussi infidèle et aussi dangereux que Y Essai sur t Histoire générale de Voltaire. Jamais il ne conviendra de leur en parler que pour leur en faire voir les erreurs et les mensonges^ que ne saurait autoriser ni excuser le mérite du style ^ . D'ailleurs , Diderot n'a pas songé que de pareils abrégés , fussent-ils composés dans un bon esprit , ne sont vraiment utiles qu'après qu'on a lu chaque histoire particulière dans les auteurs qui les ont le mieux traitées , et dont même ces résumés rapides supposent la connaissance antécédente, sans quoi l'on n'en peut tirer qu'une instruction très-superficielle.

De quatorze à quinze ans, il veut faire argumenter sur les preuves métaphysiques de la reli-

^ L'auteur se proposait d'analyser cet ouvrage et d'en réfuter les principales erreurs à l'article Histoire ; mais il n'en eut pas le temps ; on a yu précédemment que ce chapitre manquait

xvra, 1 1

|62 GOXJES PK UTTÉBATUBI.

gion. Jaimerai toujours mieux que ce soit de dixsept à dix-huit. L'esprit sera plus mûr pour un examen de cette importance , et les fruits en seront meilleurs et plus durables. Enfin , cette exposition de la doctrine chrétienne^ dogmatique et morale, ^ue je place dans le cours de philosophie , Diderot la propose aussi dans sa dernière classe^ qui est de quinze à seize ans, et vous voyez que nous ne différons que d'époque. Il est d'ailleurs assez smgu- ' lier que je me sois rencontré avec Diderot, dans ce même projet, avant d'avoir lu son Traité de t éducation publique^ que je n'ai connu qu'au moment d'en rendre compte. « On suivra , dit^jl. Je » plan commun des écoles de théologie. » C'est du moins une preuve qu'il ne le trouvait pas mao- Tais ; mais je le crois beaucoup plus étendu , je dirai même plus vaste, que ne le comporte la nature, des études séculières. Peu de gens savent tout ce qu'embrassaient celles de la théologie; mais pour le plus grand nombre des étudians dont ce n'est pas la destination , je rénondrai à Diderot par un vers de Voltaire :

Et sojrons des chrétiens , et Bon pas des docteurs.

DIDXMT. CODE DE LA, KATOIIB. |63

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